Nguồn: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7009365k (OCR ALTO của BnF, chưa hiệu đính) Tải về: 2026-07-17 Tựa đề: Le Paria — septembre 1925 1925 Lưu ý: Văn bản OCR máy tự động từ Gallica; sai sót OCR chưa sửa — đối chiếu PDF ảnh cùng tên khi trích dẫn. ### [Trang 1] TROISIEME ANNEE. — N 08 36 et 37 Le Numéro: VINGT-CINQ centimes SEPTEMBRE-OCTOBRE 1925. ADMINISTRATION 3, Rue du Marché-des-Patriarches PARIS (5•) le Paria iis Paraissant mensuellement Organe des Peuples opprimés des Colonies Abonnement, Un an : 5 francs Chèque postal : Desprès 92-22-Paris En Afrique Occidentale frança se Le travail forcé pour les Indigènes Dans un article que la Dépêche Colo niale publie le 24 octobre dernier, sous ce titre : « Le Travail obligatoire pour les indigènes », M. Pierre Mille signale un programme de travail forcé qu'il dit : d'invention Angoulvant, ancien lieute nant gouverneur de la Côte d'Ivoire, le quel aurait forcé ses administrés à pro duire du cacao, en plus grande quantité qu'il ne l'eût jamais fait en se servant des chefs, de village ou des sorciers comme agents iniermédiaires de l'op pression contre leurs frères d race. L'ignoble journaliste poussa son igno minie jusqu'à comparer Angoulvant à Adpuléon ! « Chose curieuse ! écrit-il : Napo- « léon r avait la même idée qu'Angoul- « vaut dans les îles des Antilles et des « Mascareignes, lorsque, la production « des denrées coloniales était dimi- « nuée dans une forte proportion ; par- « ce que les Anglais arrêtaient les navi- « res qui « apportaient les esclaves dans « ces îles et en confisquaient la cargai- « son vivante. » Aussitôt après la publication de cet article — cuisiné avec la complicité des députés nègres de la Chambre, Diagne en tête — on lit dans le Journal Officiel un décret dit « de réglementation du travail indigène en A. O. F- ». Ce décret n'est, en réalité, qu'une façon de livrer les pauvres indigènes sans défense entre les mains des colons exploiteurs, de les attacher au cou avec la corde d'un con trat. Les malheureux ne pouront com- prer , à quoi le contrat les engage, nax '.impie raison " • ne savent ni lire ni écrire la langue en laquelle le contrat sera rédigé, le français naturel lement, et ils ne savent ni lire ni écrire le fiançais parce que ce n'est pas l'inté rêt du colonialisme d'instruire des hom mes qu'il veut exploiter jusqu'à la der nière goutte de leur sang. Mais ce qui caractérise le mieux ce décret, c'est qu'il prévoit des pénalités contre les malins qui mettraient leurs frères ou leurs amis en garde contre le système esclavagiste. Les indigènes tant soit peu instruits et les rares Européens encore honnêtes malgré leur séjour aux colonies, n'auront pas le droit d'aver tir les malheureux qui se seraient avisés de les consulter avant la signature du contrat. C'est ça la reconnaissance de « la Mère patrie » envers ses enfants « chai re à canon » de 1914 à 1918, ça, sous le règne Painlevé, en souvenir des 6 000 nègres sacrifiés en 3 jours ; les 16, 17 et 18 avril 1917 au Chemin des Dames ' C'est ça la réalisation des promesses prodiguées 'par les recruteurs Diagne et 4 vopmlvant en 1917-18 ? C'est cet hon- teux esclavage que l'on prépare pour récompenser ceux qui échapperont à la mort des boucheries du Riff et de la Syrie où l'armée française est composée de 75 0/0 de nègres ? Mon Dieu ! serait-ce qu'il n'y eût plus à la Chambre ui député nègre dont la conscience ne soit achetée ? La parole est aux parlementaires nègres ! Quant aux nègres tout court, ils sauront ce qu'ils ont à faire. Lamine SENGHOR. LA CIVILISATION FRANÇAISE A L’ŒUVRE Dans toutes les colonies, T impérialisme français se signale par ses crimes : en Chine, il mitraille ; au Maroc, il bombarade ; en Syrie, il pend ; en Algérie, il emprisonne l’Emir Khaled ; en Indochine, il écroue Pham-bci-Châu. Qu’attendent les peuples coloniaux pour s’organiser, afin de se libérer du jourg qui les écrase ? RF2 00. s . • 4.9 Algérie martyre Vive Pham-boi-ohau! Radical-Socialiste Les Indochinois, à l’unanimité, protes tent contre l’arrestation scandaleuse de leur vénéré compatriote et défenseur. « Ils ne sauraient se réjouir de la capture d’un patriote, qui est leur compatriote, et en vers lequel un grand nombre d’entre eux nour rissent une sympathie secrète. La preuve en est dans l’oppel à la clémence. de la France que le dernier courrier du Tonkin m’a apporté. Copié à la machine à écrire, conçu en termes émou vants, il fait appel précisément à la solidarité de race des annamites... » (L’Echo Annamite, journal indigène de Cochinchine.) « Plusieurs lecteurs indigènes nous ont écrit pour nous supplier d’user de nos colonnes en faveur d i. révolutionnaire Pham-Boï-Châu. ac- luellemml incarcéré à Hanoi, où s’instruit en grand secret son procès. ' « Vous n'en aurions probablement rien fait — pour l’instant du moins — si les lettres de nos correspondants ne reflétaient toutes les mêmes sentiments de vénération envers un compatriote malheureux et ne laissaient percer la crainte de troubles sanglants pour le cas où un verdict de mort serait rendu contre le cé lèbre « réformiste ». . (L’Argus Indochinois, journal français ou Tonkin.) Pareillement, l'Union intercoloniale et le Paria ont reçu plusieurs lettres et même des télégrammes, émanant de nos compa triotes de France, d’Indochine ou d’étran- ger. Ils nous conseillent tous de « faire quelque chose » pour Pham-Bor-Chau, de « venir à son secours » et de « forcer une bande de pirates coloniaux » qui souillent notre pays, à rendre leur « proie ». Nous nous sommes mis immédiatement à l’œuvre, d’autant plus que nous-mêmes nous avions décidé de mener une campagne de presse et d’organiser une série de mee tings pour dénoncer à l’opinion publique de la métropole ce nouveau crime du colo nialisme français en Indochine : L’arresta tion et l’incarcération de Pham Boï-Châu. Nos lecteurs trouveront plus loin le compte rendu du premier meeting que nous, avons organisé à cet effet, ainsi que la liste de souscription nationale, ouverte par nous en faveur de Pham. Qu’ils veuillent bien lire, dans les co lonnes qui suivent, la pétition qu’un grou pe « Jeune-Annam » nous a envoyée de Hanoï et que nous avons transmise, en l’appuyant d’une lettre d’introduction, à tous les membres du Parlement français, au président de la République, au ministre des Colonies, au gouverneur général de l’Indochine, à l’ambassadeur de Chine, à la Société des Nations, au Tribunal de la Haye et à la presse. UNION INTERCOLONIALE Association des Originaires \ de toutes les Colonies Siège social : 3, rue du Marché-des-Patriarches, Paris (5 e ) Paris, le 9 septembre 1925. Monsieur, Nous avons l’honneur de vous trans mettre la copie d’une pétition que nous avons reçue d’un groupe « Jeune Annam » de Hanoï, en Vous priant d’user de tous vos moyens d’action pour dénoncer à l’opi nion publique de la Métropole ce nouveau crime de l’administration coloniale en In dochine : l’arrestation de Pham-Boï-Chau condamné à mort par contumace, et pour demander aux gouvernements de France et d’Indochine la mise en liberté immédiate de ce dernier. La nouvelle de l’arrestation de Pham, « grand révolutionnaire annamite », selon l’expression des agences, des journaux, de M. Outrey lui-même (Débat parlementaire sur la Chine 7-7-25), a été répandue depuis un mois par les journaux de France, sur la foi d’un câblogramme de Hanoï. Mal heureusement, le câble es de source gou vernementale et, comme de coutume, le gouvernement indochinois cache la vérité à l’opinion publique de la Métropole : c’est ce qui apparaît clairement à la lecure de la pétition. Le câblogramme dit que Pham-Boï-Chan a été arrêté à Shanghaï, sur la concession française. En réalité, l’arrestation eut lieu en territoire chinois. Il y a là un mensonge destiné à cacher une atteinte au droit in ternational. Le câblogramme rappelle que Pham- Boï-Châu avait été accusé de tentative d’empoisonnement contre la garnison fran çaise de Hanoï, en 1908 : c’est inexact. Pham-Boï-Chau avait été condamné à mort par contumace, en 1913, à la suite de la bombe de Hanoï ; et, dit la pétition, la con damnation de 1913 constitue un défi à la justice ! Le gouvernement de l’Indochine a donc menti pour ne pas évoquer ce défi à la justice ? Et maintenant, que va-t-il faire de Pham- Boï-Châu ?... Nous estimons, pour notre part, que le moment n’est pas bien choisi pour mettre à exécution la condamnation de 1913. Car, à l’heure où le peuple indo- chinois opprimé, exploité, officiellement empoisonné d’opium et d’alcool, s'éveille, à l’exemple de la Chine, et déjà manifeste par des grèves, des attentats et des émeu tes de paysans, sa volonté d’émancipation : Condamner Pham-Boï-Chau, qui est vénéré par le peuple annamite, ce serait com mettre, de la part' du gouvernement fran çais lui-même, plus qu’un crime, une faute ! Libérer Pham-Boi-Chau, au con traire, ce serait faire un geste non seule ment d’humanité, mais d’intérêt bien com pris. Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de nos sentiments distingués. Pour la Section annamite de l’Union intercoloniale : Nguyen THE TRUYEN. Pétition adressée à « l'Union Inter coloniale », 3, rue du Marché-des- Patriarches (5 e ), par un groupe « Jeune-Annam » de Hanoi, le 23 juillet 1925. Mes chers Compatriotes, Un grand malheur vient de s’abattre sur notre pays ! Pham-Boï. Chau, l’un des re présentants les plus dignes de notre peu ple, a été arrêté en Chine et ramené à Ha noï. Un défi au droit international L'arrestation eut lieu à Shanghaï,' en plein territoire chinois, et ce Rit de la pari de l’Administration coloniale, un coup de force, renouvelé de celui qu’elle avait com mis en 1913 ; car, en 1913, Pham-Boï-Chau fut arrêté de même en territoire chinois, mais il réussit alors à s’échapper La Sûreté' indochinoise à l’œuvre L’arrestation de Pham-Boï-Châu avait élé opérée, cette fois, comme en 1913, par la Sûreté indochinoise. Celle-ci, créée par M. Albert Sarraut, alors gouverneur, est di rigée par le commandant Jeanbreau et par M. Marty. Le commandant Jeanbreau est le gendre de M. Sarraut !... Quant à M. Mar ty, c’est le chef du « Service politique » ; déjà, en 1917, il arrêta un révolutionnaire annamite réfugié en Chine ; mais ce der nier, ramené au Tonkin, puis enfermé au bagne de Thaï Nguyên, souleva les prison niers et la garnison annamite contre les au torités françaises. (Révolte de Thaï Nguyên, 1917). Un arrêt de mort scandaleux Pourquoi Pham-Boï-Châu a-t-il été arrê té ? Parce qu’il avait été condamne en 1913, ainsi que le prince Cuong-Dê, à la peine de mort, par contumace, et cela à la suite de la bombe de Hanoï. Mais la condamnation de 1913 n’est rien moins qu’un de ces « défis à la justice » que dénonçait Francis de Pressensé (Bulle tin de la Ligue des Droits de Homme, 31 octobre 1912). En effet, la bombe de Hanoï destinée à M. Sarraut, mais tuant deux commandants français, avait 1 our causes : le renouvellement du monopole de l’alcool, renouvellement arrêté par M. Sar raut — les fouilles pratiquées au tombeau de l’empereur Tu-Duc, par un résident su périeur de France en Annam, sous le pro consulat de M. Sarraut et avec l’espoir pué ril de découvrir un grand trésor — et, en fin, la création de la Sûreté générale en In dochine, œuvre de M. Sarraut encore. La « Commission criminelle » juge . Et cependant, c’est... Pham-Boï ( hau et Cuong-Dê que la Commission criminelle de Hanoï a condamnés à mort par contumace, non sans avoir guillotiné huit annnilles et envoyé plusieurs autres au bagne. Contre Pham, aucune preuve de culpabi lité n’a été relevée ; la Commission se ba sait uniqeument sur des rapports de po lice et elle jugeait à huis clos ! Tel est ce qu’on appelle la « justice fran çaise » en Indochine. D’autres fois, on em ploie un procédé retors : au lieu de faire juger les inculpés par des juges français, on les envoie à la justice des mandarins, créatures de l’Administration française. C'est ainsi que Phan-chu-Trinh a été con damné à mort. (11 fut amnistié à temps grâce à l’intervention de Fr. de Pressensé, cf. Bulletin précité.) Les mandarins à la rescousse ! En admettant que l’Administration n’ose pas aujourd’hui mettre à exécution la sen- tence de mort par contumace prononcée en 1913, il faut prévoir le cas où Phaio-Boï- Châu serait transféré en Annam, sous pré texte qu'il est né en Annam ; et puis, là, on le ferait juger par des mandarins de la Cour de Hué, on l’accuserait d’avoir com ploté non seulement contre la souveraineté française, mais encore contre le trône de l’Annam. Et même, on l’incriminerait peut- être de propagande bolchéviste, car il faut s’attendre à tout, avec le colonialisme. La vérité sur Pham-Boï-Châu, Phan-chu-Trinh, qui a connu Phau-Boi- Châu, raconte ceci, dans un mémoire pu blié par la Ligue des Droits de l’Homme (bulletin précité) : « Le fameux rebelle auquel fait allusion le juge sans oser le nommer, est le licencié « Pham-Boï-Châu, qui résidait dans la pro- « vince de Nghé-An, en 1903, et qui est allé « plus tard se réfugier à l’étranger à la « suite des tracasseries de l’Administration. « Il fut antérieurement boursier au collège « Quôc-Tu-Giam, à Hué. C’est aussi en 1903 « qu’il se présenta au concours du doctorat « et échoua. Le résident supérieur le fit « arrêter pour des motifs mystérieux, puis « lui rendit presque immédiatement la li- « berté, après un interrogatoire sommaire. « Cinq ou six mois après, ce haut fonction- « naire renouvela secrètement l’ordre, qu’il « transmit à toutes les provinces, d’arrêter « Pham-Boï-Châu. Celui-ci prit alors la fui- « te, et, au bout d’un an seulement on ap- « prit qu’il avait trouvé asile au Japon. » Nous ajouterons que Pham-Boï-Châu, de puis la guerre, avait trouvé asile en Chine, et que, d’autre part, ce n’est pas seulement les «>tracasseries » de l’Administration co loniale à son égard, mais aussi les crimes du colonialisme à l’égard de ses compatrio tes, que Pham Boï-Châu avait fuis en aban donnant depuis plus de vingt ans sa famil le et son pays, alors que tant d’autres, ser viles ou traîtres, s’accommodent aisément d’une administration tracassière et crimi nelle. C’est à cause de son attitude si di gne, aussi bien que de son talent de lettré, que Pham-Boï-Châu jouit d’un très grand prestige dans l’élite et la masse du peuple annamite. Mais l’Administration, elle, ne pardonne pas à Pham de l’avoir « dédai gnée », et c’est pourquoi elle le condamne à mort. Conclusion Nous, « Jeune Annam », nous sommes dé cidés à faire tout pour empêcher l’Admi nistration coloniale de perpétrer ce nouveau crime. Nous jurons de donner toutes nos forces, et notre vie s’il le faut, pour sauver Pham-Boï-Châu ; nous lançons un appel de solidarité aux forces vives de France et d’Occident ; et nous comptons sur vous, compatriotes de « l’Union Intercoloniale », pour nous aider dans notre tâche. Vous avez fait en Syrie une poli tique imbécile! Vous avez bombar dé Damas! Vous avez fait plus de 6.000 victimes!... Ah! vous brandis sez l’accord de Locarno? Je vous dis : « Quand oh veut apporter la paix au monde, il conviendrait de ne pas avoir deux guerres sur les bras! » Marcel CACHIN, débat par lementaire du 3/11/25. Encore un tableau édifiant de la « civilisation » dans les colonies françaises : Des chefs syriens, qui n'avaient commis que le crime de demander leur « droit de dispo ser d eux-mêmes », ont été pendus par la nation mandataire. Violfetteàl’œuvre Après les déclarations qu’il fit aux mem bres de la presse capitaliste, conviés dans son palais d’Eté de Mustapha, le vice-roi d’Algérie, le radical-socialiste Viollette, nous montre qu’il n’a rien à envier à son acolyte de Tunisie le frère Saint et à tous les potentats qu’on envoie gouverner des colonies. A cette conférence d’Alger, où Viollette avait dressé, devant les valets de la plu me le traditionnel épouvantail bolcheviste, il se glorifia des mesures de terreur qu’il avait employées pour enrayer la propa gande communiste parmi les masses indi gènes. Pour lui, son régime de terreur avait assuré (sic) les indigènes. Il se vantait aussi d’avoir embastillé une quantité d’ou vriers français qui s’étaient rangés aux cô tés des opprimés Nord-Africains, ou s’étaient élevés contre le carnage marocain. Il avait pensé étouffer la voix des indi gènes nord-africains ; il en était tellement sûr que le mois dernier, à une réunion élec torale tenue à Alger, 3.000 indigènes ré pondirent à l’appel de ce Parti communis te qu il croyait avoir anéanti. Alors, la rage du proconsul fut sans bornes. A l'issue de ce meeting imposant, il ar rêta notre camarade indigène Youbi. Youbi était visé depuis longtemps parce que mi- lilunt actif et courageux et on ne pouvait tolérer à un Arabe, même s’il s’exprimait dans des termes les plus modérés, le droit de prendre la parole. Ce droit, la France impérialiste le refuse aux indigènes algériens depuis un siècle ; Viollette le libéral sait faire respecter les volontés des impérialistes qui l’emploient.' Aussi, sauvagement, à la sortie du mee ting où fut arrêté Youbi, il fit charger par sa flicaille et par les soldats sénégalais la foule paisible des indigènes. Ces procédés barbares montrent une fois de plus lai fa çon dont la France colonialiste entend con céder des réformes aux indigènes et Adige. ront les travailleurs Tra ïçais . . xole des colonies dans le 1 égime capitaliste. • Dès leur conquête, ies oolonien ; -umnem des réservoirs pour l’armée Ces soldats sénégalais envoyés contre leurs frères al gériens, voilà un fai pii démontre toutes les manœuvres criminelles du capitalisme et les buts réels des conquête « civilisa trices ». Plus que jamais, les trava 1rs fran çais et les opprimés des colonie. doivent s’unir et se dresser contre les gu rres coloniales ; ils doivent mener l’action la plus énergique pour soutenir des militants indigènes qui, comme Youbi, symbolisent le réveil des masses opprimées coloniales. Les négriers coloniaux frappent, assas sinent, mais pour un militant emprisonné ou tué, des centaines d'autres se lèvent. De tous les coins de la terre, les esclaves se dressent pour lutter contré l’impéria- Usine meurtrier. Aucune réaction ne les arrêtera dans leur voie libératrice. Que l’esclavagiste Viollette se le tienne pour dit. EL-DJAZAIRI. >+•-< L’Insurrection de la Syrie Des choses graves se passent actuelle ment en Syrie. Ce pays asiatique, subju gué par l’impérialisme français, est en pleine insurrection contre ses oppresseurs. Les impéralistes se trouvent en face de tel les difficultés que pour remédier à l’état des choses créé, le gouvernement français se vit dans la nécessité de révoquer le chef suprême de ses troupes en Syrie, le haut-commissaire général Sarrail. On sait comment les choses se sont dé veloppées. Il y a deux mois et demi, le gouverne- monne ### [Trang 2] ment français, administrant la Syrie de puis 1920, entra en conflit avec les Dru- ses habitant la partie méridionale du pays (Djebel-Druse). 11 s agissait du g°U verneur Carbillet qui, envoyé chez les Druses, les avait traités d’une façon inouïe ce qui avait obligé les Druses à réclamer auprès de Sarrail la révocation de Car- billet- Le général Sarrail ,non seulement n’a pas entendu les délégués des Druses, mais encore a procédé à de nombreuses arrestations et déportations parmi les Druses. Ces mesures arbitraires, nullement jus tifiées. ont été la cause immédiate de 1 in- surrection de la Syrie. Mais cette insurrection a des causes plus profondes. C’est que la population syrien ne, sans distinction de race et religion, n’a jamais reconnu le joug de l'impéria- lisme français. Cinq insurrections syrien nes dans la période de 1920-1924 en sont la preuve décisive. Jusqu’à 1919, la Syrie était sous la do mination turque. Mais l'abolition de cette domination ne veut pas dire que les Sy riens désirent 'être gouvernés par 11mz périalisme français C'est pourquoi maigre les défaites successives, la population sy rienne n’a pas renoncé à la lutte pour sa libération complète. La Syrie, peuplée en majorité d’Ara bes, est un pays d’ouvriers et de paysans. Les classes possédantes y sont peu nom breuses. Plus des trois quarts sont de petits agriculteurs, des ouvriers agricoles, des ouvriers des plantations ou bien des travailleurs employés dans l’industrie, dans le commerce et dans les transports. Pour ce peuple de travailleurs, la do mination fi ançaise fut un désastre. Les paysans, qu’un travail pénible sur les ter res peu fertiles, ne suffit pas à nourrir, se virent accablés d'impôts, allant a 1.000 francs par tête et par an, alors que sous la domination turque, ils ne payaient pres que pas de taxes. Les ouvriers agricoles et industriels su birent une exploitation terrible qui s c primait dans un travail de 10 à 12 heures par jour, dans un salaire maximum de 2 francs, dans le manque absolu des lois protectrices, etc. En un mot, la domination française, ser vant aux intérêts du groupe financier Lou- cheur, qui possède la majorité des enre prises en Syrie, est devenue insupportable pour les masses paysannes et ouvrières de la Svrie Cela nous explique pourquoi la révolte dans le Djebel-Druse, dans une partie du pays assez isolée du reste, s e- tend maintenant sur toute la Syrie. Les masses syriennes ne sont pas orga nisées Leurs organisations et leur pres- se avaient été étouffées par le gouverne ment français lors de leurs premiers pas. C’est pourquoi la lutte actuelle en Syrie se poursuit non sous la direction d'un par- fi ouvrier ou paysan, mais sousTinfluen ce des éléments nationalistes-démocre.t1 ques. Cela ne doit nullement aliéner notre sympathie pour le mouvement libérateur syrien : car, avant tout, ce mouvement c'est la lutte contre- l’impérialisme fran çais. contre le capitalisme français, gu exploite et opprim les millions d'hahitans •’ -nea pu Atrique, en Asie , et la dé faite des exploiteurs français en Syrie, affaiblira ces exploiteurs partout, aidera les masses des autres colonies et de France même dans la lutte Libératrice. A l’heure qu'il est, la révolte gagne tou Le pays et ce qui a beaucoup contribue à l’élargissement de l’insurrection, ce sont les atrocités du gouvernement français envers les chefs indigènes et c est ensuite le bombardement de Damas. Les autorités françaises ont pendu quel ques insurgés arabes et promène leurs corps à travers la ville. Alors ce fut comme un signal Le désespoir des indigènes, bri més depuis longtemps par la soldatesque de Sarrail éclate. Les luttes de rues com- mencèrent. Les troupes françaises se reti rèrent de la ville en emmenant avec eux. les habitants français. Puis, sans préve nir même les étrangers anglais, améri cains le commandement français ordonna le bombardement de Damas. Pendant 04 heures la ville fut la cible d’obus incen diaires de grand calibre. Près de 30. habitants, hommes, femmes et . entants, furent tués ; près de 120.000 habitants vi rent leurs maisons détruites ou rendues inhabitables. Ce bombardement barbare a provoque les protestations et les demandes de dom mages-intérêts de la part des consuls an glais et américains eux-mêmes. L’impérialisme français a donné aux Sy- rie ns une telle illustration de sa politique coloniale que maintenant toute la popula tion se soulève et lutte pour son indépen- dance. Et il n’est pas dit que les Syriens qui ont à leur côté le prolétariat révolutionnaire mondial, n’obtiendront pas bientôt leur libération du joug impérialiste. M. LAL. — -=< Pensées d'Anatole France Vous connaissez. la politique euro péenne en Chine. Les nations chrétien nes ont pris l’habitude d’envoyer en semble ou séparément dans ce grand empire, quand l’ordre y était troublé, des soldats qui le rétablissaient par le vol, le viol, le pillage, le meurtre et l’in cendie, et de procéder à courts interval les, au moyen de fusils et de canons, à la pénétration pacifique du pays. Ws Ce ne sont pas les Jaunes qui sont venus chercher les Blancs. Nous décou vrons à cette heure le péril jaune. Il y a bien des années que les Asiatiques connaissent le péril blanc. Ws Ceux-là rêvent, ceux-là s’abusent qui, parce qu’ils vivent du militarisme et de colonisation brutale, croient que l'ordre actuel ou plutôt le désordre actuel du- fera toujours. L’ARRESTATION DE L’EMIR KHALED | L’Emir Khaled arrêté ! La nouvelle en ! fut effarante et montra jus.' 1 1 iuel point | l'impérialisme français est brutal et inso lent. La presse prostituée, dans d hypo crites entrefilets, a publié la nouvelle un mois après que ce nouveau crime du colo nialisme fut perpétré ; car le gouverne- ment du Bloc des Gauches, qui l avait nerpétré avait tenu à garder le silence comme un vil malfaiteur. Ayant ose arrê ter le descendant du Grand Abd el Naden, il n’avait pas osé le dire, et il avait fallu au’un député communiste, Berthon, inter- rogeât Painlevé, pour que le gouverne ment sortit de son mutisme et avouât son ignominie. . . C’est que le Parti Communiste veillait, et tant qu’il est là, on ne peut défier les masses coloniales sans qu il ne prenne immédiatement leur défense. Il invita les opprimés coloniaux a un meeting de protestation contre 1 empr sonnement de leur héros national. L ar milliers ils répondirent à cet appel, et leur protestation fut puissante, si puis sante que le colonialisme en tremble en Relatons les faits : l’Emir Khaled, sym bole du mouvement d'émancipation des masses opprimées algériennes, avait été, à cause de son activité politique, dépos sédé de ses biens, puis exile en Egypte par le gouvernement français- 11 va quelques mois, pour des raisons de sanie il fut obligé de se rendre en Italie. Mais la France impérialiste, qui massacre des Riffains et des Syriens, s'épouvante des au’un chef musulman se déplacé. L Emir Khaled est un de ceux que Ion craint Aussi le consul de France à Alexandrie, le gâteux M. Gaillard organisa-t-il au tour de lui tout un service de basse police et evion ornent où YEmir s’embarquait pour l’Italie, il fut arrêté par les sbires du consulat et brutalement ligote. Il fal lut l’intervention des autorités égvptien- nés pour qu’on le traitât avec moi us de "ig"embastilla ensuite à la prison européenne d’Alexandrie et, entre temps, on perquisitionna chez lui ; toute une 8 gion de drogmans, revolver au poing, avant à leur tête le premier chancelier du consulat,bousculant les femmes sans voi le, chambardèrent la maison de —EmI Ils se retirèrent bredouilles, mais il fa lait quand même échafauder une accusa- lion, et pour cela, la France colonialise s’y connaît à merveille. En ellet, quel unes jours après le coup de force il y eut un simulacre de jugement. Le tribu nal se tenait dans un bureau du consu lat ; le consul, flanqué de ses deux gratte- papier formait tout 1 appareil de justi ce (sic) ; on s’était, au préalable, assure que les abords du consulat fussent de- Sert, pour amener l'Emir, car les mus" mans égyptiens auraient pu assister a cette honteuse « justice » et n auraient pas manqué de ma i sterle ur ' mpat ie à l’Emir, leur frere musulman. Aussi, “bie ne fut-il compose que des deux h S de l’Emir. La sentence fut prononce pa ce même consul qui avait ordonne 1 arres tation. : 5 mois de prison pour avoir essayé de quitter la territoire égyptien sans l’autorisation de la France . —e sans-gêne alla jusqu’à 1 extradition Khaled, d’Egypte (paysétranger) pour, le rejuger en France ; le tribunal d An, paraît-il, est seul compétent danses affaires judiciaires concernant les —oh 1en“Meh faut pas davantage, je pense, pour édifier les Musulmans nordaafris cains qui se feraient encore des illusions sur la « civilisation » et la « générosité " d L’Emù^haled, l’ex-capitaine réforme ne 1 et chevalier de la Légion dChopner . celui-là même qui avait servi la Fiance au Maroc et pendant la grande guerre, e voilà traité comme un vulgaire nalta teyr gouvernement l’avait destitué de ses mandats de conseiller générale t de de- gué financier ; mais la masse le réélut en Sre il y a quelques mois pour prolester contmpérnarfsne poursuit cet homme d une haine implacable. Pourquoi ! Parce u défend ses frères opprimes , parce qu 1 avait cru à la loyauté de la France capila: liste. Confiant dans les promesses fallaciqu, ses qu’elle fit aux indigènes quand elle les envoya au massacre, l’émir Khaled lui rap pelle ses promesses ; alors, le masque loin be la canaillerie apparaît, renouvelée de celle dont fut déjà victime le grand-père de Khaled, Abd el Khader, qui lui aussi Jour s’être fié à la parole d’honneur de la France, fut emprisonné a Pau pendant sixrmnsen; matière de canaillerie la 3 Ré publique dépasse l’Empire, car, °ut en tant avec l’Islam, elle massacre les Riffair S “frappe les chefs qui luttent pour l’eman- cination des opprimés musulmans. Mais quelle folie que cette violence L On dirait les spasmes de l agonie d un impc rialisme voué à la mort. La politique bru tale destinée à terroriser les masses colo niales les réveille, au contraire, de leui Le colonialisme a pu le constater i ien que dans ce meeting que le Parti comm: niste avait organisé pour protester contre l’emprisonnement de Khaled. Là des milliers d’indigènes algériens, unis aux travailleurs français et aux op primés d’autres colonies, ont montré (US ne sont plus résignés à leur sort, et toutes les mouches franco-indigènes envoyées par le ministère des Colonies et disséminées dans la salle ont dû l’informer sur l état d’esprit des indigènes à l’égard d un ré gime abominable. Leur colère notait meme pas dissimulée, elle débordait, farouche, tant elle s’était amassée, depuis un siècle d’esclavage. Tous sont décidés à rejeter le joug im périaliste, à conquérir leur indépendance. S’ils enxigeaient la liberté de Khaled, c’est que celui-ci symbolise leur lutte émancipatrice. . _ . . L’impérialisme le comprit. Tout pileux, il s’empressa de libérer l’Emir, en s excu sant et en se condamnant aux dépens. Cette victoire rapide doit être un ensei gnement précieux pour les peuples colo- Les Travailleurs coloniaux Alix Antilles Heureux Malgaches’ dans la grève de 24 heures Après l’attentat contre le gouverneur Ricnard, la clique coloniale reaoute une nouvelle ettervescence des masses indigè nes. Nous préférons laisser la parole à un torchon colonialiste. En effet, voici ce que dit le « Courrier colonial ». ,« Est-il impossible au Departement des colonies d’enlever à la Cour d’assises de la Martinique 1 affaire de 1 attentat contre le gouverneur Richard ? M. Anaré Hesse doit cependant se rendre compte que dans cette lie aux passions politiques si arden tes qu’elles vont fréquemment jusqu au crime, il n'est pas possible d’obtenir du junry l’impartialité nécessaire. Suivant 'e parti auquel appartient chacun des jurés, la peine de mort ou l’acquittement sera proposé., à moins que d’autres arguments, pas plus honorables, mais fort séduisants, ne modifient T avis de certains jurés. Si le criminel malgré tout est jugé à la Martinique, l’arrêt ne pourra qu’être cassé et des Etages renvoyé devant une Cour d’assises métropolitaine. Ne vaut-il pas mieux cent fois l’y faire comparaître dès maintenant ? Il faut bien penser que ce jugement va encore provoquer une énorme agitation à la Martinique, Pour quoi ne pas l’éviter à ce malheureux pays ? Le chef du secrétariat particulier du ministre des travaux publics, M. Robert Lazurick, qui a accepté de défendre des Etages, a compris qu’il ne pouvait conser ver ses fonctions et a donné sa démission. » Quelles que soient les procédures de a justice (d’ailleurs irrémi ssiblement carica turale) ce n’est pas ça qui changera ‘a situation révoltante que le colonialisme français impose depuis des siècles aux An tillais. Seule la révolution sauvera les Indigè nes aux Antilles, comme ailleurs ; et la révolution est en marche partout : la cli que n’y peut rien ! mma =e =mnn? « Le parti socialiste est la dernière carte que la démocratie ait à jouer », disait Compère-Morel. Avec Varenne en Indochine, le colonialisme français y joue sa der nière carte. > • + •<— Apres le procès des Chinois de Paris On sait que nos camarades chinois, au nombre de quatre, avaient été emprison nés à la Santé, à la suite de la mémora ble manifestation à l’ambassade de Chine. Dernièrement ces camarades furent traînés devant le jury de la II e Chambre correctionnelle et, après avoir subi un si mulacre de justice, iis furent acquittés, et les justiciers de Painlevé s’en retour nèrent bredouilles. Mais nos camarades ont été expulsés le lendemain même du territoire de la dé mocratie. Voici la lettre que la Section française du Secours Rouge International vient de recevoir d’un camarade chinois expulsé. (Lettre significative). Berlin, le 25. « Mon cher camarade, « Comme tu le connais, après notre acquittement, nous avons été expulsés im médiatement. Donc, je n’ai pas pu venir te remercier et te saluer avant notre dé part « Aussitôt arrivés à Berlin, nous avons été pris par toutes sortes de réunions, de visites, etc... Tu voudras bien m'excuser d’avoir tardé à t’écrire jusqu’à présent. « J’ai raconté dans nos réunions, tant du Parti que du Comingtang, de quelle façon nous avons été soutenu, matériel lement et moralement, par la Section Française du Secours Rouge et par le Parti français. « Tous les camarades, et notamment les camardes sans-parti, talent tout à fait émus, car ils ont eu une confirma tion de la sympathie et du soutien effec tif de la classe ouvrière européenne pour les peuples opprimés. Leur sentiment de classe sest affirmé. « Quand je serai en Chine, j’apporterai également aux camarades l'assurance de la solidarité internationale à l’égard du peuple chinois opprimé. « Quant à notre séjour ici, nous avons tout "le nécessaire. La Section allemande du Secours Rouge International nous a fourni les vêtements pour remplacer les nôtres déjà usés, ainsi que de l’argent pour acheter les objets nécessaires. « La semaine prochaine, nous partirons d’ici. Je ne pense rester en Russie sovié tique que quelques jours, car j ai hâte de participer au travail en Chine. Les trois autres camarades resteront à Mos cou pour apprendre la science révolution naire à l'Université de l’Orient. « Je t’écris toujours. Après mon départ, c’est ma première lettre, et lu poux être certain que ce n’est pas la dernière. « Tu sais que nous sommes quatre ca marades : un sympathisant, deux des Jeu nesses et moi — communiste. Il est cu rieux de voir quel effet a produit sur ce camarade sympathisant l'arrestation, l’emprisonnement et l’expulsion. Tous ces faits l’ont beaucoup influencé et il a com pris qu’il n’est plus possible de rester en dehors des 'organisations, révolutionnai res. C’est un cas tout à fait significatif : l’oppression et les persécutions impéria listes ne font que préciser et développer notre action. « Cette fois, je n’ai pas assez de temps pour écrire une lettre au Parti français pour lui exprimer mes remerciements. « Mais je vous envooie à tous mon sa lut fraternel. . YEN TCHO SIUEN. » Les travailleurs nord-africains nont pas démenti nos prévisions pour le mouvement de grève de 24 heures, contre la guerre du Maroc. En effet, malgré les manœuvres des « syndicalistes » réformistes, aidés par la police indigène, nos camarades ont ré pondu à l’appel des organisations révolu tionnaires. Dans les meetings qui ont été organisés, nous en avons vus beaucoup qui sont ve nus là rejoindre leurs frères européens pour affirmer leur volonté d’affranchisse- nient du joug capitaliste. Au gaz de Gennevilliers, de Landy ; chez Citroën, à Javel et à Saint-Ouen ; aux compteurs d’eau, rue de Lourmel ; à la raffinerie Say, boulevard de la Gare ; à Aulnay-sous-Bois, chez Renault ; à Saint- Denis, dans les produits chimiques, et dans bien d’autres usines, tant à Paris qu’en banlieue, nous pouvons dire que les tra vailleurs coloniaux ont fait leur devoir. — , : — André SABATIER L’ouvrier français et le jeune héros qui, pour s’être élevé contre le carnage maro cain, fut assassiné par le capitalisme, le jour de ht grève de 24 heures. Ce succès est, certes, encourageant. C’est pourquoi les ouvriers français doivent re doubler d’efforts pour l’organisation des travailleurs de l’Afrique du Nord et d’au» très colonies- La participation des colo niaux à la grève générale preuve une fois de plus que la masse des opprimés colo niaux est avec le prolétariat révolution naire en France. Il faut que la minorité (qui comprend des jeunes) des travailleurs nord-africains séjournant en France) se mette au travail dans le mouvement ou vrier. Nous connaissons beaucoup de ca marades qui sont susceptibles de guider leurs frères dans les batailles que le pro létariat livre au patronat pour l’améliora- lion de leurs conditions de vie. Que ces camarades se mettent au tra vail, chacun dans son syndicat ; les por tes des syndicats révolutionnaires leur sont grandement ouvertes. La grève générale de 24 heures a reçu l’adhésion de tous les travailleurs colo niaux, parce que le prolétariat européen élevait sa protestation contre le massacre des soldats français et indigènes et celui des esclaves syriens et riffains. C’était la réplique des coloniaux aux impérialistes, qui prétendent que les musulmans de Tu nisie, d’Algérie ou d’ailleurs sont hostiles au mouvement de libération riffaine. L’impérialisme français a commis trop de crimes dans les colonies. Il doit des comptes aux musulmans qu’il opprime de puis longtemps. Avec le prolétariat de France, les esclaves du colonialisme ven geront toutes les victimes de la féroce ci vilisation occidentale. Ahmed. Rpèression ignoble Après le meeting sino-indochinois du 9 octobre, notre camarade Van Thu, qui avait pris la parole au nom des travail leurs indochinois de province et qui était retourné au Havre où il demeure, reçut la visite de sept bourriques. Ces messieurs sont venus perquisitionner chez Van Thu et, n’ayant découvert aucune trace de « complot contre la France », ils se fâ chèrent. Le chef de la bande apostropha notre camarade : « Pourquoi avez-vous assisté à un m ting communiste ? Vous savez bien que vous n’en avez pas le droit, parce que vous êtes sujet et non pas citoyen fran çais. Faites attention à vous. Si vous êtes communiste, on vous boucle et on vous f... dans votre pays. » Toute la bande décampe ensuite, en em portant tous les numéros du Paria, des lettres privées et même les papiers d’iden tité de noire camarade. Ignoble ! Ignoble ! Mais qui ne reconnaît dans ce coup de force la main de Josselme, le flic « contrôleur général des troupes de l’Indochine », le zélé serviteur du gouver nement de l’Indochine et l’exécuteur à ga ges du ministère des Colonies ? susecaomastasnnazeacnrnesereuArERAcTaNcRESR niaux opprimés. Elle leur prouve que cest seulement par leur union et leur action organisée, intransigeante, qu’ils peuvent faire fléchir le colonialisme. La politique de « compromis » des Za- ghloul et des Ghandi a abouti à la faillite, tandis que celle de Kemal pacha et de Sun-Yat-Sen a mené les peuples opprimés à la victoire. Aux parias nord-africains de choisir ! Le prolétariat révolutionnaire de France sera toujours à leurs côtés pour les soutenir dans leur lutte pour l’indépendance. El. Djazaïri. Comme on les adore en France ceux d’entre uex notamment qui sont venus se faire trouer la peau pendant la boucherie mondiale pour la mère-patrie d’un tas de gredins qui gueulèrent et qui gueulent en- core à la « mission civilisatrice ». Voici qu’au matin du 22 octobre 1925, un monument élevé à la mémoire des ti railleurs malgaches morts pour la France (sic) a été inauguré, sous les yeux atten dris de M. André Hesse, ministre des Co lonies, d’une baderne nommée Charpy, ad joint au gouverneur militaire de Paris, d’un certain Gaston Joseph, gouverneur des colonies, d’un nommé Le Cesne... et que sais-je encore ! Etes-vous curieux de contempler, braves gens de Madagascar, le monument élève aux vôtres. Le Temps va le mettre sous vos yeux : « Ce monument s’élève dans le jardin colonial de Nogent-sur-Marne ; il est l’œu vre des sculpteurs André Le Roy (?) et Sanchez (?) et figure une stèle sommée (sic) d’un aigle aux ailes déployées. » Etes-vous curieux aussi d’entendre les panégyriques à la gloire de vos morts ? Ecoutez le ministre des Colonies « Actuellement, dans l’œuvre réparatrice de la paix, la France n'oublie pas la soli darité qui, durant les heures cruelles de la guerre, s’est scellée entre elle et ses pro tégés indigènes. » Ohé, les gars ! La France n’oublie pas, entendez-vous bien, elle n’oublie pas les promesses qu’elle vous a faites durant les heures cruelles de la guerre et c’est pour cela que la guerre finie vous êtes rentrés dans votre pays, gros Jean comme devant. Donc, revenez-y à la prochaine dernière. En attendant, la Mère-Patrie vous appelle en Syrie et dans le Riff pour tuer et con quérir des hommes qui sont vos frères en malheur, mais qui ont le courage de re jeter la tutelle d’une mère-patrie de ban que. Un Malgache. >=*=- Les soi-disant propositions de paix aux Riffains Ces derniers mois, les armées française s et espagnoles ont mené une offensive acharnée contre les Riffains en défense. Il est clair que les impérialistes vou laient finir avec les Riffains avant l’hiver de crainte que la prolongation de la guerre ne provoque un mécontentement ré volutionnaire chez les travailleurs et les soldats français et espagnols. On fait parler les armes, on laisse dé cider la chose par des canons, des mitrail leuses, des baïonnettes. En même temps, on ne cesse pas de discréditer Abd-el- Krim el le peuple riffain vis-à-vis de l’opi nion publique du monde, en soute nt la thèse que le gouvernement riffam y vaut pas, lui-même, la paix, qu’il repousse les propositions pacifiques de la France et de i’Espagne. Toute la presse impérialiste française et espagnole ne cesse pas de bourrer les crâ nes par ses affirmations qu’au mois de juillet dernier les gouvernements français et espagnol auraient adressé directement à, Abd-el-Krim les propositions libérales de paix et que le chef riffain les aurait repoussées. Où est la vérité ? Le collaborateur du journal parisien Le Matin qui, le 27 août dernier, avait eu la possibilité de s’entretenir, avec le frère d’Abd-el-Krira, et le secrétaire de ce der nier, Ben Hadj Hatm, raconte dans son journal (3 septembre 1925) : « Je lui posai enfin ma première ques tion : •— Pourquoi n avez-vous pas répondu aux offres qui vous ont été faites ? Je lui montre les propositions publiées par le Matin, dont j’avais fait taper un exemplaire en espagnol, sachant qu Abd el-Krim connaît cette langue. Réponse : Nous n avons reçu aucune pro position. Vous pouvez donc démentir. Nous avons eu connaissance de ces conditions par les journaux. Ben Hadj Hatm ajouta : — Après la publication par la presse de ces conditions, nous avions reçu d'AlliU' C mas une note espagnole nous demandant si les envoyés français et espagnols pourraient venir nous en entretenir. Cette demande resta sans réponse, parce que, dans celle noie, l'Espagne réclamait trois points es sentiels ; le cap Kelates, le cap Moro-Nue- vo et un autre point situé entre Kelates et Moro-Nuevo, points qu'elle n'avait jamais réclamés. Lui ayant fait remarquer que cela n'était pas une raison pour ne pas entrer en pour parlers, le caïd me répondit : « Nous avons été trompés trop souvent ». C’est ainsi que se présente la vérité au sujet des fameuses propositions franco-es pagnoles. Il en ressort que : 1° les gouvernements français et espagnol n'oni jamais commu niqué au gouvernement riffain leurs pro positions dont les journaux parlaient au début du mois d’août ; 2° l’Espagne a envoyé' une note au Riff en exigeant de u- des choses qui ne figuraient pas dans 'es conditions publiées dans la presse. Le susdit suffit pour comprendre que la mystification avec les soi-disant proposi tions de paix n est qu’un moyen démago gique des impérialistes s’efforçant de tenir à leurs côtés les masses travailleuses. Aujourd’hui au Maroc, en Syrie, en Chine, dans les Balkans, hier en Egypte, demain en Indochine et dans les Indes, la guerre est à l’or dre du jour. Gabriel PERL >*•-< COLONIAUX 1 « LE PARIA » EST VOTRE JOURNAL LISEZ-LE ET FAITES-LE LIRE. ### [Trang 3] A nos camarades instituteurs indigènes | la répression colonialiste Comment 01 colonise « pacifiquement » tous 11 E. F. • qu'elle fait, au nom de la civilisation et des banques, la guerre au Maroc et en Syrie, M. Briand Aristide rappelait qu'en 1916 « pour gagne)- à la France, « en guerre, des sympathies musulma- « nés, il avait organisé un pèlerinage à « la Mecque ! » En notre Bulletin, à la Tribune ou verte à nos camarades instituteurs in digènes, prolétaires que le capitalisme s'efforce d'asservir à ses fins, notre ca marade Jérémie, (instituteur d’Egypte), a fait entendre, le premier, sa plainte et sa revendication. Jérémie, c'est le misérable fekhi qui, loyer payé, dispose de 150 à 175 piastres (de 37 à 42 francs-or) par mois ; c'est le surveillant, le répétiteur qui cumule les fonctions de maître d'école et de cheikh, de prêtre ou mieux de sacristain et qui « travaille pour avoir tout juste de quoi mourir de faim ! » A Vienne (1814-1815), Lord Caslle- reagh déclarait que « toute position pla cée sur la route des Indes est anglaise ou doit être anglaise ! » Lord Castlereagh ne pouvait prévoir que sur la route des Indes, en Égypte par exemple, ceux « qui travaillent pour avoir juste de quoi mourir de faim » auxiliaires et victimes des Impérialis mes en conflit, appartiendraient à l'In- ternationale des Travailleurs de l’Ensei gnement dont la raison d'être est de prendre, chaque jour, line plus claire conscience de la lutte de classes, une plus claire conscience du but à attein dre. Notre Camarade Akli déclare que T Amicale des instituteurs indigènes re joindra un jour notre internationale, mais que lui saura, en attendant, « nous « trouver des camarades, militants, « prêts à donner main-forte au proléta- « tariat international contre les bour- « geois de tous les pays. » Camarades du Paria, T Internationale des Travailleurs de l'Enseignement vous appelle à trouver des Camarades Insti tuteurs indigènes qui, avec nous, parti ciperont à la même bataille. Elle sait que les Travailleurs de l'Enseignement, les instituteurs indigènes, sont et seront les meilleurs agents de la propagande révolutionnaire aux Colonies, en les Do minions, en les pays asservis au capita lisme international. Qu'ils nous écrivent ! Qu ils rejoignent notre Internationale ! Sur le terrain de classe, l'Internationale des Travailleurs de l'Enseignement est l'Internationale de tous les Instituteurs du Monde, de tous ceux qui savent que la libération de l'Ecole n'est possible que par la libé ration du prolétariat international. Léon VERNOCHET. Secrétaire général de l'L T. E. L’INDOCHINE DANS LES CONGRES INTERNATIONAUX >+ L'Internationale des Travailleurs de l'Enseignement a tenu, en août dernier, à Paris et à Bruxelles, son III e Congrès. Que des camarades, délégués de tous les pays d'Europe {Angleterre, Allema gne, Autriche, Belgique, Bulgarie, France, Italie, Luxembourg, Portugal, Boumanie, Union des Républiques So cialistes Soviétiques, Yougo - Slavie) aient participé à notre III e Congrès, ce n'est que la preuve tangible que notre Internationale est, à tout le moins... une Internationale européenne ! Par delà quelques années d'efforts, c'est déjà un résultat : notre ambition ne s'arrête point là ! Il y a de par le monde quelque 5 millions d'institu teurs, prolétaires « élevés » par la classe au pouvoir, et investis de la charge « d’élever » les fils de prolétaires. Nous ne savons que trop qu’en pays capita listes, l'Ecole neutre, c'est le mensonge bourgeois et qu'en réalité « l'Ecole n'est et ne peut être que l'arme par excellence de la domination capitaliste. Notre Internationale ne se propose rien de moins que l'organisation de l'immense armée des prolétaires de l'Enseignement : Son Appel aux insti tuteurs du monde, peu à peu, est en tendu de tous. C'est pourquoi, à notre IIP Congrès, Akli parlait au nom des instituteurs indigènes de l'Afrique du Nord ; c’est pourquoi notre camarade Genoud avait mandat de parler au nom des instituteurs tunisiens ; c'est pour quoi le délégué de nos collègues Anna mites était là ; c'est pourquoi Jérémie nous écrivait d'Egypte, Malacca. des Indes Néerlandaises, et quelques autres de Chine et d’ailleurs... Le stade de l'organisation... euro- périmé est dépci sé. Notre Congrès a montré que notre Internationale est d'ores et déjà, celle des travailleurs de l'Enseignement du monde. En les pays capitalistes, l'instituteur peut garder le naïf orgueil de n'être que l'employé de sa propre bourgeoisie, de sa bourgeoisie nationale. En les Dominions, dans les colonies, dans les, protectorats, dans les pays sous mandats, partout, enfin, où le capita lisme se rue à l’exploitation des prolé- yih es jaunes ou noirs, l'instituteur indi gène auxiliaire et victime des impéria lismes en conflit est contraint à pren- d-e conscience de son asservissement au c ipitalisme international. S'il est vrai que peut naître et grandir chaque jour, en Orient, ainsi que le dit 1 and Mdner (rapport sur l'Egypte, 1921) « un patriotisme de religion, sentiment « pl’ts essentiel encore que ne l'est le « patriotisme envers le pays et la tra- « dit ion ! » il n'est pas moins légitime que notre Internationale dès la première heure, ait fait appel à nos camarades, < dura leurs des indigènes asservis ceux divers impérialismes, à quelques ban ques deux douzaines au plus, et qu'elle les ait incités, par delà ce stade de libé ration, à leur libération sur le terrain de classe. Nous avons ouvert, en notre Bulletin, édité en quatre langues (allemand, an- dhus français et russe), et qui, sous peu, paraîtra enfin espagnol, une Tri bune Coloniale . Naguère, à la tribune de la Chambre des députés de France (J. O. du 23-1- 1925), M. Aristide Briand, ministre d'une République qui négocie à Lo- curno la paix capitaliste cependant tu A. 0. F. ( n nous apprend de Bomako (Soudan), de Konakry (Guinée), de Kaolack et de Thiès (Sénégal), ainsi que de toutes les grandes villes de l’A.O.F., que la guerre est déclarée contre toute personne soup çonnée d’être communiste ou membre de l'Union Intercoloniale. Pour ne citer qu’un exemple entre mille, nous allons rappeler l’expédition policière de Bambey, petite gare située à 50 kilomètres environ de Thiès (Sénégal). Il y a environ quatre mois et demi (juillet 1925), une descente de police fut ef fectuée à Bambey, sous la direction du commissaire Joly, fils d’un vieux militant connu à Saint-Denis. Alors, on fit venir tous les noirs soupçonnés d’avoir des sym pathies pour le communisme, et on leur demanda quels étaient les militants noirs qu’ils connaissaient en France, quels étaient les Européens avec lesquels ils entretenaient des relations à Bambey, quels journaux et quelles brochures ils re cevaient d’eux. Malheureusement pour les policiers, aucun des noirs interrogés n’avait jamais reçu ni journaux, ni bro chures de la main d’aucun Européen, m connu personnellement des militants révo lutionnaires indigènes en France. Et le résultat de l’enquête fut, pour les policiers, un fiasco complet. Un Européen de l’escale et sa femme, étant des plus estimés par les indigènes de Bambey, étaient les plus soupçonnés. On racontait même qu’ils étaient les fonda teurs d’un foyer communiste dans le pays. Aussi, le commissaire Joly — ce fils qui oubliait le passé ré dutionnaire de son père — avait poussé la goujaterie jusqu’à demander au receveur des P. T. T. de Bambey de violer la correspondance du ménagé français souçonné de communis me. Le receveur des P.T.T. s’y étant re fusé, Joly profita du congé de celui-ci en France (fin septembre 1925) pour deman der son remplacement définitif. Ce qui est curieux et regrettable, pour nous, dans cette affaire, c’est que le Fran çais et sa femme qu’on disait communistes ne le sont pas du tout, sans cela nous aurions été plus tôt renseignés sur cette scandaleuse histoire. 1° Que les indigènes reconnaissent au jourd’hui ce que c’est que le Communisme, qu’ils se rappellent du Dahoméen Inkaran et du Sénégalais Sénou Cissé, condamnés a perpétuité parce que Cissé avait rap pelé aux indigènes musulmans du Sénégal leur devoir, d’après le Coran, envers les musulmans arabes que l’impérialisme fran çais leur commande de tuer, et parce que Inkaran avait été trop éveillé, jusqu’à vouloir organiser ses frères pour la lutte ; 2o Que les indigènes savent aussi que le Bloc les Gaucher amnistie les moyens français qui avaient deserté j ndant la guerre pendant que les Sénégalais étaient forcés de se faire tuer à leur place, et que le même Bloc refuse de libérer les con damnés militaires indigènes, qui devraient bénéficier de l’amnistie, tout comme les déserteur s français ; Si la clique coloniale savait que, pour ces deux raisons, on compte aujourd’hui des centaines de sympathisants au com munisme dans les champs de coton du Niger, et par milliers dans les ateliers et magasins de cacahouettes du Sénégal, de la Guinée française et de la Côte d’Ivoire ; Si les agents du -colonialisme savaient tout cela, ils feraient K. K. dans leur cu lotte. Signé : N. Goro N. Dendraye. *0- — PERMANENCES Au Congrès international des travailleurs de l'Enseignement, qui s’est tenu à Paris, puis à Bruxelles, Ng 0 Phap dénonce l’obs curantisme colonial en Indochine et le sorl misérable des instituteurs et des étudiants indigènes. Au Congrès international de la Paix, tenu au Luxembourg, Bui-Quand-Chieu signale le danger de guerre que la colonisation française crée, par ses absurdités et ses crimes, en Indochine. L’ « Union Intercoloniale » et le « Paria » tous les dimanches matin, de 10 heures à midi, au siège, 3, rue du Marché-des-Pa- triarches. Nous avions mU)itré, dans un numéro dé cèdent, comment la France impérialiste « en rôla » les indigènes des colonies po ur l es j e t er dans la charnier de la guerre du « Droit ». Aucun des esclavagistes coloniaux n'a pu démentir les faits accablants que nofis dénon cions. Nous soumettons aujoiird'hui à nos lecteurs d'autres documents édifiants sur les atrocités commises Prcr la clique coloniale. Ils ont été publiés, d'ailleurs, par M. /. M. Renaitour dans une feuille capitaliste Personne ne pourra nous taxér d'exagération, pas même les torchons coloniaux, tels la Dé pêche Coloniale et consorts qui, cyniquement, étaient des colonnes de miensonges et ne taris- snt pas de gueuler les biénfaits apportés par. la canalisation française dans les territoires à mandat. Rapport d'un administrateur colonial . « J’accuse M. Hutin, jadis colonel, aujourd’hui général, commandeur de la Légion d’honneur, d’avoir ordonné le pillage de la [e.ctorerie de Molanda et d’avoir participé à ce pillage. » (Et les objets volés sont énumérés : boîtes de fruits au jus conservées pour son usage per sonnel. tableaux, cartouches de chasse, cara bine de tir browning, étoffes précieuses, etc. Il paraît qu’on s’enrichissait facilement là-bas.) « J’accuse l'officier gestionnaire du magasin de Ouesso d’avoir, en février 1915, commis un crime, pour faire avouer un vol de cinq cents francs. Il accusait son planton — un tirailleur — d’avoir dérobé cette somme. Pour savoir où l’argent avait été caché, il le fit déculotter, il lui fit poser les testicules sur une table, et avec un marteau il lui écrasa un testicule. Le tirail- l leur s’évanouit. On le fit revenir à lui et on le menaça de lui écraser le deuxième testicule s’il ne révélait pas où se trouvait la somme ». (On frémit à la pensée que des Français au vingtième siècle commettent encore de telles horreurs, dignes du plus féroce moyen âge. Qu’on m’excuse de citer des faits semblables, mais ils sont en toutes lettres dans le rapport que j’ai entre les mains, et il faut que la vérité se sache, si crue qu’elle soit, et je m’en vou drais de changer une ligne à ce rapport.) « J’accuse l’adjudant-chef Ju poste de Bania d’avoir fait ammer à lui le chef de tribu Gana, qui refusait d’indiquer où se trouvaient des fusils Mauser enlevés par ses hommes à des déserteurs allemands. Et j'accuse cet adjudant d’avoir écrasé entre les plateaux d’une presse à copier une des mains du chef Gana, de l’avoir fait « chicoter » (flageller avec des lanières à couteaux), d'avoir enduit ses blessures de miel et de l’avoir exposé au soleil à la piqûre des abeilles. « Il est facile, ajoute le rédacteur du rapport, d’établir la preuve des faits que j’avance en envoyant, sur place un magistrat, investi de pouvoirs suffisants pour enquêter (les témoins seront nombreux). Il y a deux ans que ce cri d’alarme a été jeté, que ces indications pré cises ont été données, et aucune enquête, que je sache, n’a été entreprise, aucune sanction n’a été prise. Mais ce n’est pas tout. Après une énuméra- tion, trop longue pour que je la. transcrive inté gralement ici, des crimes de 1915. le courageux délateur fiasse à ceux de 1916, la liste en est plus longue encore, puis à beux de 1917 : cela ne tarit pas... « J’accuse l’adjudant indigène du poste de Nola d’avoir, au su du lieutenant-colonel Finet, commandant militaire, présent alors à Nola, coupé et fait couper des oreilles qu’il enfilait en colliers et qu’il envoyait au dit colonel pour prouver qu’il avait exécuté les répressions ordon nées par celui-ci. » Et ce colonel est en liberté, et les jeunes recrues vont être appelées à le saluer avec déférence, et le hasard peut nous mettre en sa présence et nous lui faire serrer la main ? Il n’y a donc plus de tribunaux que pour les innocents ? Si l’on n’est pas suffisamment édifié, j’y reviendrai. J’apporterai encore d’autres faits, d'autres exemples, et des preuves à l’appui. Cet administrateur n'a pas mâché ses mots,- il a été écœuré par les agissements criminels du pays de'la civilisation. Son rapport fut adressé par lui : d’abord « au Procureui de la RépuoliqiDe, à Brazza ville » ; ensuite au « -Gouverneur des colonies, secrétaire général chargé de l'expédition des affaires courantes du gouvernement général d l'Afrique Équatoriale française »; troisiè mement « à l'Inspecteur des Colonies, en mis sion en Afrique Équatoriale française »; et enfin, en désespoir d^ cause « au Ministre des Colonies » lui-même. Naturellement, ses révélations furent étouf fées. Ce fonchoiinaire anormal, trop bavard et trop généreux, fut relevé de ses fonctions et mis en disponibilité. Dans un gouvernement impérialiste, la chose est logique. Logiques aussi, les mœurs barbares dont cet administrateur a été le té moin dans T Oubanghi, la Sangha et les ré gions avoisinantes du Cameroun; elles sont d'ailleurs pratiquées dans tout l'empire colo nial français. C'est « Vart d'administrer » en seigné par un Etat impérialiste pour conser ver sa toute puissance. Mais si ces « douées pratiqués » ne nous étonnent pas, nous trouvons logique, co^nme Va dit du haut de la tribime de la Chambre le député communiste Doriot : si ces peuples qu'on ùpprime et exploite conquièrent leur in dépendance avec les armes à la main. EL. DJ. *0- LA DEPOPULATION DE L’AFRIQUE NOIRE Quelles sont les causes fondamentales de cette dépopulation ? 1° Les rescapés de la guerre de 1914 sont revenus dans leur pays avec des maladies contagieuses et incurables. Le gouverne ment français n’a créé aucun sanatorium pour sauver ces malheureux victimes de « la guerre du 1 droit ». Ceux d’entre eux qui touchent une pension, comme mu tilés ou atteints d’une maladie incurable (tuberculose, intoxication par les gaz asphyxiants au cours du service), ne re çoivent que le quart de la pension corres pondante au degré de leur invalidité. Ré- sultat : aggravation des maladies, faute de soins et par suite de privation. C’est la contamination et la mortalité fatales dans un pays qui n’a qu'un médecin sur 300 ki lomètres carrés ; 2° L’émigration continuelle des indigènes dans les colonies anglaises avoisinantes. Les indigènes sont écrasés par les impôts personnels de 12 fr. 50 à 15 francs, sui vant les régions. Les chefs de famille doi vent payer pour tous les membres, jus qu’aux bébés âgés de moins d’un an. L’im- pôt sur les bœufs, moutons, ânes, cha meaux, etc., s’ajoute à la ruine des indi gènes. Sans compter les travaux forcés, les réquisitions de la main-d’œuvre indigène pour les travaux des chemins de fer, de la culture de coton dans la vallée du Niger, pour les exploitations forestières de la Gui née française et des territoires sous mandat du Cameroun et du Togo. Tous ces tra vaux dits : prestations ne laissent pas le temps nécessaire à l’indigène pour s’oc- cuper de ses cultures, et cependant il faut qu’il trouve, au moment du recouvrement des impôts, l’argent nécessaire pour s’ac- quiller devant les sbires de l’administration (les chefs indigènes de province ou de can ton) et il est obligé de vendre ses bœufs ou ses moutons suivant sa fortune, pour payer les impôts. Dans les colonies anglaises, au contraire, les indigènes ne payent qu’une livre sterling par maison ou 4 shillings par case. Comme travaux de prestation, il n’y a que le débroussement de route, une fois par an. Alors, les indigènes, voyant leur temps moins pris par les Anglais, l'impôt moins cher de ce côté-là et surtout le service mi litaire point obligatoire, y courent avec leur famille pour y vivre plus tranquille- ment que chez les Français. La dépopulation de l'Afrique noire fran çaise atteint aujourd'hui la proportion de 65 %. Et comme le gouvernement français ne modifiera pas son appareil d'oppression administrative, cette dépopulation dépas sera sous peu ce pourcentage. SAMADIOU. TUIIIUPINADHSOUVAMHNNEETPMIAIF-DOFCIIII Sous la pression de l’opinion publique en France et en Indochine, M. Varenne a pro- mis, orficieusement, de s’occuper de l’affaire Pham-boï-Châu. C’est une promesse ; et en admettant qu’un gouverneur général de l’Indo chine tienne sa promesse, il est permis de se demander quand et comment le Gouverneur Varenne va « s’occuper » de l’affaire. Tout d’abord, il ne voudra s’en occuper que du jour où il sera bien installé là-bas. Or, il vient seulement de s’embarquer, et la traversée de Marseille à Saigon dure environ quatre semaines. C’est dire que pendant ces quatre semaines, Pham-Boï-Chau sera maintenu en prison, • * * Arrivé à Saïgon, M. Varenne, comme bien l’on pense, sera enveloppé, entraîné, tiraillé, bercé, dorloté dans un labyrinthe de récep fions, de salamalechs et de palabres. Il y aura ensuite une tournée triomphale dans la cité indigène, parmi des millers de Jaunes que la France avait soumis par la force des baïon- nettes, et dont elle remet la destinée entre les mains du Gouverneur. Et c’est alors que pour la première lois de sa vie, les deux yeux de M. Varenne verront s’accomplir le mys tère d’une ville indochinoise, dans les rues, sur les trottoirs, dans les échopes. Des coo- lies- xe emportent à toute allure leur pousse- pi us e, en claquant sur la chaussée brûlante, la plante de leurs pieds nus ; des pastèques i y entrées saignent ; des chapelets de saucis- ses pendent sous l’auvent des gargotes ; le nombril l’un Chinois s’exhibe en plein air ; un mandarin passe, nonchalamment, avec un éventail à la main et avec la croix de la Légion d’Honneur sur la poitrine... Quel bazar ! Quel tohu-bohu ! Brusquement tout s’arrête, sous le coup d’une baguette magique, ou plutôt d’un nerf de bœuf qu’un brigadier européen branle en vociférant « sale race ! Et allez donc, sale race ! » Et la multitude grouillante vient se ranger, 'immo bile et muette, le long des trottoirs. Quest-ce donc ? L’auto de M. le Gouverneur va passer. La voilà ! Voici le Gouverneur lui-même ! — Il a un bicorne sur le crâne ! chuchote un bé-con.— Oh ! ]a belle tunique ! s’exclame une C D gaï..— Il va faire un discours ! s’écrie un étudiant. — n a des bottes autour des mol lets ! soupire un coolie-xe. — Dâm dâu sâu mat ! (I) murmure un lettré. — Et l’auto de M. Varenne passe entre les deux haies d’etres humains, qui se plient à son approche. Au même moment, une clameur s’élève : « Lay Quan lon ! Bâm lay quan lon a ! » (Salut à toi, grand Mandarin ! O salut ! ») Pendant ce temps-là, Pham-Boï-Châu est en prison. De Saigon à Hanoï, M. Varenne s’arrêtera à Hué. La cour d’Annam, précédée de l’Empe reur ou de son ombre, se précipitera au-devant de l’auguste incarnation de la France. Sa Majesté Khaï-Dinh invitera M. Varenne dans son palais, et M. Varenne y entrera. S. M. Khaï-Dinh invitera M. Varenne à sa table, et M. Varenne y mangera. Au dessert, S. M. se leve et, majestueusement, Elle s’approche du gouverneur ; avec ses doigts longs et déliés, sur lesquels le rubis et l’émeraude étincellent, S. M. épingle sur la poitrine de M. Varenne, la plus haute distinction honorifique de l’Em pire : le Dragon d’Annam ; et M. Varenne‘est décoré. Pendant ce temps-là, Pham-Boï-Châu est en prison. ** Mais suivons, suivons avec les ailes de la pensée, les turlupinades officielles de M. Va- renne. Suivons-le jusqu’à Hanoï, jusqu’à la porte de la prison centrale, jusqu’à la cellule où gémit notre vénéré compatriote. O spectacle ! O confrontation ! L’homme qui a trahi le prolétariat de France, le politi cien que ses acolytes ont chassé de leur assem blée, celui qui a renié son passé, sa foi et sa classe : le voilà face à face avec l’Autre, qui a sacrifié sa famille et sa fortune pour fuir la vue des envahisseurs de son pays, pour vivre loin du sol natal, traqué par ceux-là, attiré par eux dans de multiples guets-apens, condamné à mort par contumace et traînant à cette heure même, toujours à cause d’eux, le carcan dans la prison, avec le spectre de la guillotine nuit et joui’ devant le cou. Entre le renégat honni, et le héros, l’apôtre, le martyr de l’indépendance, que 20 millions (1) « La barbe touffue, les yeux enfoncés » : dicton annamite ; indice de la canaillerie. d’esclaves vénèrent, qu’est-ce qu’il va se pas ser ? « — Je viens vous apporter la liberté ! déclare Varenne, en tendant à Pham-Boï-Châu la main droite et en soulevant avec la main gauche, l’énorme carcan qui rive Boï-Châu au lugubre cachot. « Mais, en échange, je demande votre parole d’honneur de rester fidèle à la France, en colla borant avec elle, en vous associant à elle, pour entreprendre en Indochine une œuvre de civi lisation et de justice. « Je connais, M. Pham-Boï-Chau, votre gran deur d’âme et votre vie pleine d’abnégation et de péril, et je suis le premier, moi, Gouverneur Général de l’Indochine, à vous tenir en haute estime. Mais les idées les plus généreuses sont- elles toujours les meilleures ? Sont-elles tou jours réalisables ? Non, hélas ! Et puis, mon Dieu, pourquoi persister à nous quereller, alors que vous et moi, la main dans la main, nous pourrions faire de si belles choses pour l’Indo ¬ chine ? Nous pourrions ensemble transformer votre pays en une grande nation moderne, un dominion, une France d’Asie ! « Ah ! croyez-moi, M. Pham-Boï-Chau, lais- sez-là vos idées de revanche, abandonnez vos projets d’antan et ne cherchez plus à soulever vos compatriotes contre nous : mais dites-leur au contraire de collaborer avec les Français et, le faisant, vous aurez tout à gagner, pour votre pays, pour vous-même ! « Je pourrais, à ce sujet, vous citer l’exemple d’un de vos anciens lieutenants, M. Ng. Ba Trac, qui s’esl assagi comme vous le savez et qui est maintenant des nôtres. Mais si l’exem- pie de votre compatriote ne vous siffisait pas, je vous citerais celui de mes compatriotes a moi, de mes camarades de collège, de mes amis de lutte. Gustave, Alexandre, Aristide, Albert, Paul et Léon (2) ; tous ces hommes, aujour d’hui célèbres, ont tour à tour brûlé ce qu’ils avaient adoré et adorent ce qu’ils ont brûlé. . moins 'du monde. Notre démocratie, Dieu merci, est bonne ! Oui, la vaillante démocratie fran çaise, que j’ai l'honneur de représenter aujour d’hui parmi vous, est indulgente pour les hom mes, qui, comme moi, ont rompu avec les er reurs de leur jeunesse. « Mais quoi, regardez-moi, M. Pham-Boï- Châu, moi qui fut socialiste et qui suis Gouver neur ! ... » Et Pham-Boï-Chau regardait Varenne. Mais, chose étrange, les paroles de Varenne sem blaient couler dans les oreilles de Boï-Châu, comme « l’eau sur les feuilles de patate » (3) et le silence impassible que Boï-Châu avait toujours observé au cours de l’entretien sem blait abasourdir Varenne . Ce n’est pas que l’un parlait l’annamite et l’autre le français : un mandarin était là pour leur servir d'interprète. Mais c'est simplement, selon toute apparence, que Boï-Châu n'avait pas compris Varenne, comme Varenne n'avait pas compris Boï-Châu. L’entretien en fut là ; ou du moins, personne n’en a su davantage. Seul, un milicien anna mite qui présentait les armes au seuil du ca chot ,prétend avoir aperçu a travers la grille, un léger déplacement des lignes sur le visage du fameux détenu. Il affirme, ce malin, avoir vu les deux pointes de Sa moustache, se sou lever un tout petit peu pour retomber aussi tôt, et cela, rien qu’une fois . S’il en était ainsi, il se pourrait que Boï- Châu, à ce moment-là, souriât, et que la chose fut discrète, invisible et silencieuse comme le vol d’une mouche (4). NGUYEN-ALQUC. p. S. — Un deuxième témoin de l’entrevue Varenne-Pham-Boï-Châu, (et nous nous gar dons bien de nommer ce témoin), affirme que Boï-Châu avait craché sur le visage de Va renne ; c’est encore possible. (2) Gustave Hervé, Alexandre Millerand, Aristide Briand, Albert Thomas, Paul-Boncour, Léon Jouhaux. (3) Autre dicton, cher aux paysans du Ton- kin. Les feuilles de patate sont lisses et imper méables ; l’eau qu’on verse dessus, glisse im médiatement. « Ça ne mord pas », dirait un paysan de France. ’ (4) « Rire-mouche » : comparaison familière aux Annamites et qui s’emploie pour dépeindre le sourire énigmatique des Jaunes. En fran çais, on dit : « poids-mouche », « oiseau-mou- olie », bateau-mouche ». ### [Trang 4] lu grand meeting sur Ilndochine et la (line >*=< Le 9 oelübre 1925, la section indochinoise de l'Lnion inlercolonialc a organisé, dans la grande salle de l'Hôtel des Sociétés Sa vantes, un meeting sur la situation en In dochine et en Chine, qui a réuni un grand nombre d’Indochinois. de Chinois, ainsi que des Français et des indigènes de différen- tes colonies. M. Varenne, invité, a envoyé son chef de cabinet, M. Trillal On remarquait dans l'assistance M. René Maran et plusieurs dé légués de la presse. Pour convoquer au meeting, l’appel sui vant avait été affiché dans plusieurs ar rondissements de Paris : APPEL au peuple français ! aux opprimés d’Orient ! aux Iravailleui s d'Occident ! EN CHINE. — Les sanglants événements qui se sont déroulés pendant ces derniers mois à Shanghai, à Canton el dans toute la Chine, ont failli- déclancher une nou velle boucherie mondiale dont, seules, les masses laborieuses de la métropole et les peuples opprimes des colonies eussent fait les frais. , j A l’heure qu’il est. de gros nuages pla- I lient encore sur le Pacifique et la situation en Extrême-Orient est toujours grave. Peuples opprimés, ouvriers paysans ae France et d'Occident, tenez-vous sur vos gardes ! EN INDOCHINE. — Ces masses indige- nes gui sont assujetties au régime abomi- nable de l'obscurantisme des capitations, des concessions, des monopoles, de la ga- belle, de l’empoisonnement officiel pai l’opium et l’alcool, et qui se souviennent de leur civilisation inspirée de la morale la plus pure, scellée par des siècles de paix et de démocratie véritable, bouillonnent maintenant de colère et, à l'exemple de Chine, s éveillent à la mile contre l'impé- rialisme. Déjà le mouvement de protestation gré viste est apparu en Indochine, à ta fila ture française de Namdinh (Tonkin), aux magasins Charrier et à l’arsenal de Saigon (Cochinchine). Les paysans indochinois, eux aussi, lut tent avec acharnement contre l’oppression nationale ; grave émeute . à Kompong- Chnang (Cambodge) ; manifestation aux « concessions » de Quât-Lam (Tonkin). Pour briser ce mouvement de libération nationale, l'impérialisme français, au mé pris de toute légalité, arrête et jette dans un cachot Pham-boï-Châu, le plus vaillant défenseur des opprimés indochinois, le plus vénéré par eux tous. Bien plus, le même impérialisme, non content d’écraser sous sa' botte les vingt millions d’indigènes, les excite contre leurs frères de Chine. Mais les esclaves Indochi nois ont montré qu’ils ne veulent pas se laisser entraîner dans une guerre fratricide (événements sanglants à la frontière sino- indochinoise). De cette « effervescence » de l’Orient, seuls les vampires coloniaux, financiers, industriels, colons, administrateurs, gou- verneurs, trafiquants d’opium, trafiquants d’évangiie, bacernes gaillardes, sont res ponsables ! Seule, l’union des travailleurs d’Occident et des peuples coloniaux fera la paix du monde i LE MEETING Ng-the-Truyèn, au nom du Comité sino- indochinois, remercie les compatriotes qui avaient souscrit en masse pour Pham-boï- Chau, « il y a là un petit geste de solida rité nationale qui promet de grandes cho ses ! C’est aussi un avertissement à la cli- que des bandits coloniaux. » " Truyèn annonce ensuite que le meeting est placé sous la présidence d’honneur de Pham-boï-Chau. Vernochet, secrétaire de l’Internationale de l’Enseignement, présidait, assisté d’une femme annamite et des camarades chinois, indochinois, coréens, arabes, sénégalais et antillais. Vernochet dénonce l’obscurantisme colo nial dans lequel sont plongés les 20 mil lions d’Indochinois, eux qui avaient une ci vilisation raffinée et qui jouissaient, avant la conquête française, de l’instruction gra tuite à tous les degrés. L'obscurantisme est une -des hontes du colonialisme ! La Russie ouvrière, au contraire, a remis Tin- demnité des Boxers aux Chinois pour qu’ils la consacrent aux œuvres d’éducation. Un appel en faveur de l’Internationale de ‘Enseignement fut vivement applaudi. HouTeng, délégué du Komintang, dit que les peuples de l’Extrême-Orient, à l’exem ple de la Chine et de la Russie ouvrière, s’éveillent à la lutte et que, dans celle lutte, Canton est leur centre de ralliement. Les peuples chinois et indochinois, en par ticulier, doivent s’unir pour se libérer en semble. Hoang-Ngoc-Itaï, président de l'Associa tion des travailleurs manuels Indochinois, retrace la vie de Pham-boï-Chau et rap pelle son amitié avec Sun-Yat-Sen. Haï proteste avec véhémence contre l'arresta- tion arbitraire de Boi-Chau et son incarcé ration. C’est la rage de la clique, au len demain de la bombe de Canton, qui a dicté ce coup de force, et c’est aussi une infamie à l’actif de la Sûreté générale, œuvre de Sarraut et de son gendre. Vanthu, délégué des travailleurs mariti mes indochinois, décrit les brimades dont ceux-ci sont victimes, à Marseille, de la part d’un prétendu contrôleur général des troupes de l’Indochine et l’exploitation fe- roce que la Compagnie des Messageries Maritimes fait subir aux travailleurs indo- chinois. Or, si en France même les travail leurs indochinois sont maltraités, que pen ser de ceux qui sont là-bas ? Seule l'orga- nisation politique et syndicale, modelée sur la Fédération des travailleurs chinois, pourra sauver les Indochinois. Long, mutilé de guerre et membre de l’Association Républicaine des Anciens Combattants, lit la lettre qu’un groupe de soldats indochinois en France avait en voyée à l’Union Intercoloniale pour pro- tester contre l’arrestation de Pham-boï- Châu, que le gouvernement indochinois avait accusé de tentative d'empoisonne- ment contre les officiers français de la gar nison de Hanoï. Long, en son nom person nel, évoque la « civilisation » de 1914-1918 et rappelle certaines promesses politiques que la France avait faites pendant la guer re à ses enfants coloniaux appelés à la dé fendre, promesses que ladite France a oom- plètement oubliées depuis... Eldan, secrétaire du groupe des étudiants communistes, évoque le beau rôle que les étudiants chinois avaient joué pendant la grève de Shanghaï, et il exhorte les Indu- chinois à s’organiser comme leurs frères de Chine. Charles Bellan, Antillais, ancien résident de France au Cambodge, dénonce la jus tice caricaturale de l'administration et rap pelle, à titre d'exemple, le cas de Phan- ChauTrinh, qui avait été condamné à mort simplement parce qu’il avait écrit une let tre au gouverneur Beau. L’allusion à la condamnation de Pham-boï-Chau est trans parente... HadjaR (Algérien) salue Pahm-boï-Châu et, à travers Boï-Chau, le peuple indochi nois. Le colonialisme français se montre partout abominable : il arrête Boï-Chau en Indochine comme il arrête Khaled en Afri que du Nord. Senghor (Afrique noire) cite son propre exemple : il sortait de prison, en France même. Le colonialisme poursuit les hom mes de couleur jusque sur le territoire de la République. Bourrhala (Syrien) apporte le salut de la Confédération Générale du Travail Unitai re. La C.G.T.U. affirme sa solidarité aux travailleurs chinois et indochinois et elle invite ceux d’entre eux qui triment en France, à répondre à l’appel de grève. Dutilleul, secrétaire du S.O.I., démontre la portée mondiale des événements de Chi- ne et dit que le prolétariat français aurait tort de se désintéresser du grave problème de l’Extrême-Orient. Après un court exposé historique sur les expéditions impérialistes en Chine, y com pris la guerre du Tonkin entreprise’par la France, Dutilleul dépeint le sort lamenta ble des ouvriers chinois, des enfants et des femmes. « Le S.O.L, conclue l’orateur, est venu en aide aux travailleurs chinos, comme il viendra en aide aux paysans in dochinois. » Le capitaine Monet rend hommage aux dispositions « généreuses » de nos mili tants. Mais il a commis l’erreur de traiter les Chinois de xénophobes et d’affirmer que les Annamites n’ont pas une éducation suffisante pour faire la révolution qui, seu le, pourra les délivrer du joug colonial. Ils ont besoin de capitaux, ajoute M. Monet ! (Cf l’article : Réponse à M. Monet, en 49 page.) Avant de lever la séance, Ng-the-Truyèn propose à l’assemblée d’envoyer les deux télégrammes suivants qui sont approuvés à l’unanimité et qui constituent l’ordre du jour : TELEGRAMME A PHAM-BOl-CHAU « Prison centrale, Hanoï. « Un grand nombre de vos compatrio tes, réunis à côté de leurs frères de Chi ne, de France et de différentes colonies, après avoir dénoncé les crimes du colonia lisme, vous envoient l’expression de leur sympathie et vous promettent de faire tout leur possible pour vous arracher à la tor ture et à la mort. « Meeting sino-indochinois, Paris, 9 octobre1925. » TELEGRAMME AU COMITE CENTRAL EXECUTIF DU KOMINTANG, CANTON « Les Indochinois, réunis à côté de louis frères de Chine, de rance et de différen- les colonies, vous saluent. « En attirant votre attention rien que sur trois faits récents : « 1° La grève des 800 ouvriers annami tes de T arsenal de Saigon, grève survenue au moment même où ils devaient réparer un croiseur français destiné à aller bom barder la Chine ; « 2° Les intrigues que l’impérialisme français trame à la frontière sino-indochi- noise auprès du gouverneur du Yunnan, no tamment en fournissant à celui-ci des ar mes — reconnues de marque française — pour renverser le gouvernement révolution naire de Canton : « 3° L’arrestation de Pham-boï-Chau, le vaillant défenseur du peuple indochinois, arrestation qui fut opérée en plein terri toire chinois ; « Nous, Indochinois, nous vous disons : il est nécessaire et il est possible d’établir, entre le peuple d’Indochine et le peuple de Chine, le front unique contre l’impéria- usine. « Meeting sino-indochinois, Paris, 9 octobre 1925. » Voici la lettre d’un groupe de soldats indochinois encasernés en France ; « Mes chers compatriotes, « Ayant appris que vous organisez un grand meeting pour dénoncer à l’opinion publique de la métropole l'arrestation arbi- traire de notre vaillant compatriote Pham- boï-Chau, nous vous écrivons pour vous dire que nous sommes avec vous, de tout cœur. « Nous aurions bien voulu participer à votre meeting, mais il y a l’uniforme que nous sommes obligés de traîner partout : il y a des numéros matricules qu’on nous ap plique sur le cou... et tout cela, vous com prenez, nous prive du plaisir d’aller vous entendre. « Mais, par delà les murailles de la ca serne, notre pensée vole vers vous et nous vous crions : Courage ! Vive la libération de l’Indochine ! Vive Pham-boï-Chau ! A bas les oppresseurs ! « P. S., — Quand le gouvernement indo- chinois dit que Pham-boï-Chau avait été ac cusé de tentative d’empoisonnement con tre les officiers français de la garnison de Hanoï, le gouvernement indochinois ment ; mais il n’aurait pas menti s’il savait que ce mensonge allait réveiller dans nos cœurs un souvenir douloureux, une indignation inexprimable. » UN 2 MEETING INDOCHINOIS Il a eu lieu aux Sociétés Savantes, le 21 oC- tobre, sous la présidence de Bui-Quang-Chieu, chef du Parti Constitution aliste indo-chinois. Ont pris la parole : MM. Duong-van-0 Dieu Van Ky, Grandjean, René Maran Monet. Avant de lever la séance, Bui" Revue de la Presse Tribune Libre Après la déposition du Shah de Perse Les Izvestia de Moscou : Dans un éditorial les Izvestia considèrent la déchéance de la dynastie des Kadjar en Perse comme un événement qui va ouvrir à la Perse une voie libre pour son développement na tional. Dans la suite de la lutte politique intérieure, le régime républicain augmentera sa force de résistance à toute intervention étrangère et il contribuera à la démocratisation du pays. La dynastie des Kadjar entravait le dévelop- pement national de la Perse, notamment par sa politique étrangère. Le coup d’Etat marque la victoire de la classe bourgeoise nationale sur la réaction féodale, laquelle était appuyée par l’Angle- terre. Le journal souligne que la Russie soviétique, renonçant en 1921 à toutes les concessions ac cordées au gouvernement tsariste en Perse, a écarté de la voie du développement de ce pays les obstacles immenses dont la présence aurait rendu impossible le mouvement ayant abouti à la déposition du shah. Le fait que le gouvernement soviétique a renoncé à l’accord anglo-I isse de 1907 relatif à la délimitation des sphères d’influence en Perse a affranchi les forces nationales de ce pays et contribué à leur triomphe actuel. Ajoutons que le représentant les Soviets a reçu de Moscou la lettre par laquelle la Répu blique soviétique a reconnu le nouveau gou vernement. La politique française en Syrie jugée par les Allemands Le Lokal Anzeiger, de Berlin : Le général von Cramon, ex-représentant mi- litaire du Reich auprès de la commission mili taire interalliée, établit un parallèle entre les cruautés commises à Dac; par le général Sar- rail, et la conduite humaine de von Moltke qui eut soin de prévenir, au moyen d’un parlemen taire, l'e commandant militaire de la place d’Anvers que la ville allait être bombardée. « On nous a traités de barbares de la guerre, dit-il, mais cela n’empêche pas nos bons amis de Locarno de prononcer encore contre des officiers allemands des condamnations à mort. » Après le pacte de Locarno 'L'Humanité : Trêve occidentale ! Etats-Unis d’Europe ; Tous ces grands mots ne nous cachent pas le ca ractère du Pacte de Locarno. Celui-ci repré sente très exactement une alliance offensive et défensive en vue des guerres coloniales d’abord, d’une guerre contre la Russie ouvrière demain, et éventuellement d’une lutte du bloc des cré- diteurs contre les Etats-Unis. Aujourd’hui au Maroc, en Syrie, en Chine, dans les Balkans, hier en Egypte, demain en Tndo-Chine-et dans les Indes, la guerre est à l’ordre du jour. A l’intérieur même du système des pactes, les germes de conflits subsistent. Ils subsiste ront tant que les travailleurs, les peuples op primés rassemblés en un seul bloc ne s’enga geront pas dans la lutte victorieuse contre leur oppresseur commun, l’impérialisme. Le prestige européen ! Le prestige européen est ébranlé, écrit le Daily Mail à propos de l’insurrection des Syriens.. Le prestige européen est par terre, avoue le Gaulois, à propos des événements de Chine. « Diviser pour régner » Du Courrier Colonial : u Faire l’unité indochinoise ?... Combien sommes-nous de Français dans cette vaste In dochine, peuplée de plus de 20 millions d’ha bitants ? A peine 45.000 ! En face d’eux, nous n’existons donc pas au point de vue du nom bre. Notre faiblesse numérique nous oblige là- bas à ne pas hâter une union dont nous se rions les mauvais marchands. » Et la même feuille préconise d’opposer aussi les Indochinois aux Chinois. Ce sont là, affirme-t-elle, « les bonnes idées de M. Varenne » ! ! Une arme à deux tranchants « Allons-nous perdre la Syrie? », s’écrie la Liberté, et le journal policier se lamente sur le piètre résultat qu’a donné la politique de la « Division » que le colonialisme français pratique en Syrie comme dans les autres colo nies. Et voilà” que cette politique se retourne contre ses promoteurs ! Où l’on voit que la clique coloniale française, quand elle s’essaie au machiavélisme, tombe dans le ridicule et le désastre. Mais oyez les lamentations de la Liberté : « Les résultats de la politique Sarrail sont faciles à constater. D’abord, il a cherché à diviser les partis du. pays. Il y a partiellement réussi. Et puis, tous les partis s’insurgent con tre son autorité. Lorsque des émeutes éclatent, de lourds tributs sont exigés. Qui les paie ? Les amis de la France, les notables. A leur tour, ceux-ci se détachent de ceux qui les oppri ment. » Souscription nationale en faveur de Pham-Boï-Châu Étudiants indochinois de Paris. 445 » — — de province. 660 » Travailleurs indochinois de Paris 1.081 » — --de province 1.330 » Soldats annamites 100 Petits commerçants de Hanoï-... 100 » Un Cambodgien . 50 » Un Coréen 50 Plusieurs Chinois 27 50 Un employé annamite 5 ' — 10 » Internationale des Travailleurs de l’enseignement 50 » Total 3.863 50 (A suivre.) Les fonds recueillis serviront à payer les frais des meetings, à publier des numéros spéciaux du Paria à quatre pages, à édi ter une série de brochures intitulées : « Le Procès de la Colonisation française », et à. développer la section indochinoise de l’Union Intercoloniale. Adresser mandats et correspondances à Ng. the Truyèn, 6, rue Saint-Louis-en l’Ile, à Paris (4 e ). apporta une conclusion qui synthétise la pen sée de divers orateurs : « Si, malgré les appels affectueux et loyaux des Indochinois, aucune modification n’est ap- 6o à l’état de choses actuel, il ne leur res- ' attendre des événements la satisfac- es hommes auront été incapables de T. » Sous cette rubrique, le Paria, tant qu’u paraîtra sur quatre pages, réservera deux colonnes de chaque numéro à tous, ceux qui désireraient discuter librement, à nos adversaires aussi bien qu'à nos sympathi sants. Nous publierons tous leurs arti cles, à la condition, bien entendu, que ces articles soient lisibles et qu'ils dénotent un esprit sincère, loyal et courtois. N. D. L. R. REPONSE AU CAPITAINE MONET Au cours du meeting sino-indochinois du 9 octobre, vous avez prononcé le mot de « xénophobie » à l’endroit des Chinois. Permettez. En fait, c’étaient des Français qui ont tué 30 Chinois et blessé 70, à Can ton, au mois de juin. Les Annamites n’ont pas assez d’éduca tion politique, disiez-vous ? Pourtant, re gardez seulement les grévistes de l’Arse- nd de Saigon et les paysans de Kompong- Chnang... Oh ! bien sûr, ces coolies et ces nha-quê ne professent pas à l’école des Hautes Eludes et ils n’écrivent pas des bouquins politico-sociaux, mais ils ont agi, Monsieur Monet, agi en révolutionnaires, mieux que tous les théoriciens, genre Au- lard. Et, ma foi, lorsque des voleurs s’in troduisent dans ma maison et qu’ils s'em parent de ma bourse, de ma vaisselle et de mes hardes, et que par dessus le mar ché, ils me commandent de cirer leurs bottes, il n’est pas nécessaire, ni suffisant, que je sois un clerc de Sorbonne pour comprendre sur le champ que je dois sai sir un bâton et chasser les voleurs. Les Annamites, disiez-vous, ne sauraient se gouverner, quand bien même ils arri veraient à se débarrasser des Français ? A cela je vous réponds : voyez le Siam. Voilà un peuple qui n’est nas plus avancé que nous (que je sache) et, cependant, il a un gouvernement stable : chez lui, pas de crise ministérielle, ni financière, et il possède une voie ferrée qui traverse son territoire du Nord au Sud. Alors ?... Savez-vous, maintenant, à quoi nous amè nerait votre argument de l'insuffisance d’éducation politique ? A ceci : 1° Les An namites devraient s’instruire d’abord pour reconquérir leur -liberté ensuite ! Mais c’est l’inverse qui est vrai. Il faut recon quérir notre indépendance ci abord, pour avoir ensuite la liberté de nous instruire ; mais tant que nous sommes asservis, nos maîtres se garderont bien de nous donner la possibilité de nous instruire ; 2° Puis que les Annamites n’ont pas une édu cation politique suffisante, ils ne sauront faire un bon usage de la liberté d’ensei gnement, de presse, etc. Donc, pas d’éco les, pas de journaux, etc... C'est l'argu- ment-massue des Outrey et des Merlin eux- mêmes et c’est pourquoi je dis que les réformistes font le jeu des réactionnaires. Un dernier mot. Vous prétendiez que les Indochinois ont besoin de capitaux. Mais alors, je vous le demande un peu, pour quoi nous vole-t-on ? Pourquoi prelève-t-on chaque année 100.000 piastres sur la sueur de nos nha-quê pour entretenir un tas de flics, Jeanbrau et Marty en tête ? Et puis, prenez garde aux monopolards ! Ils sont suffisamment nombreux chez nous pour qu’il faille encore les encourager à y venir. Ils y viendront d’eux-mêmes ; ils ne de- mandent que ça. NG. VAN XICH. LETTRE OUVERTE AU CITOYEN ALEXANDRE VARENNE Citoyen, Vous vous relirez du Parti socialiste au moment où j’ai failli y entrer. Mais ce n'est pas là, n‘est-ce pas, une raison pour que je vous donne maintenant le titre de Monsieur ou celui d’Excellence, comme c'est l’usage chez les bourgeois. Son Ex cellence Alexandre Varenne ! Avouez que ce serait bien drôle. Vous allez vous embarquer — le 25, je crois —- pour l’Indochine où la confiance du gouvernement vous à placé au plus haut poste, ce poste qui est pour bon nom bre de vos collègues un rêve irréalisable. Je ne vais pas perdre mon temps à entrer dans des querelles de principe, chercher à vous absoudre ou persister à vous con- damner. Je me placerai devant le fait ac compli et c’est aussi bien au gouverneur de l’Indochine qu’au citoyen Alexandre Varenne, ancien membre du Parti socia liste, que je m’adresse. Vous n’ignorez pas que le Tonkin et l’An- nam sont perpétuellement sous la menace des inondations. Chaque année, pendant la période des hautes eaux, des provinces en tières vivent dans cette angoisse. Qu’une digue cède et c’en est fait de toute une année de labeur. L’eau envahit les champs, submerge tout, ravage tout et alors c’est un sauve-qui-peut général. Des Nhaqués, ces pauvres Nhaqués que vos fonctionnai res et vos colons ne nomment jamais sans mépris errent à l’aventure, mènent la vie au grand air. se contentent, pour toute nourriture, de racines qui, le plus souvent leur font défaut, regrettant leur récolte, leurs provisions, leur bétail, leur maison nette qui sont sous l’eau et se demandant anxieusement ce qu’ils feraient maintenant pour payer les impôts qui frappent leurs champs noyés. Devant ces cataclysmes on ouvre des souscriptions, on prononce des discours, on distribue les sommes recueillies au pe tit diable et les gens de se frotter les mains avec la satisfaction du devoir accompli. Eh bien, non ! Cela n’a que trop duré. Assez de secours ridicules ! Assez de pitié intéressée et démagogique. 1° Il faut et il suffit que les sinistrés soient exemptés d’impôts ; 2° le gouvernement doit aussi leur allouer des indemnités en rapport avec les perles subies. Ce n'est pas là une idée nouvelle que j’avance. Elle a trouvé son application au Japon et dans certains pays de l'Améri- que du Sud. En France, où vous servez une pension à ceux qui reviennent muti lés de la guerre, vous ne faites que sui vre la même voie. Pour l’évaluation des perles et la distri- billion des indemnités, vous auriez soin de nommer une Commission composée de membres ayant satisfait à l’épreuve du « Corridor de la Tentation ». 3° Créez une société nationale d'assu- rance, contrôlée et gérée par des corps élus indigènes, par des notables, par des paysans eux-mêmes, puisque ce sont eux les victimes de l’inondation. ERNEST ET LE BOLCHEVISME COLONIAL Depuis quelque temps, Ernest est atteint d un mal terrible, « mal capable l'enri chir en un jour l’Achéron » et dont toutes les sciences ne peuvent venir à bout : la Bolchevikomanie. Les grands magnats du commerce et de industrie d'Indochine, appelés en toute ndle au chevet du moribond, s'empresse- reut de lui administrer, qui une poli n ] quatre grains d ellébore, qui une pil . dorée diluée dans un verre de choum- choum, sorti de la Distillerie Fontaine et Cie (label délivré par le gouvernement complice de l'Indochine pour empoison ner un peuple de 20 millions d'habi- tants). Malgré les soins énergiques de ces ma nitous, le député de 2.000 fonctionnaires français, 800 Indous, Malabars, Arabes, Nègres du Tchad, du Congo, de l'Ouba . ghi, et d’une centaine d'Annamites natu ralisés vendant leur concours pour un bout de ruban ou une licence d’alcool — moins 2.997.100 Cochinchinois taillables et corvéables à merci — est dans un état désespéré. Dans ses délires, il vit à travers son monocle que les Annamites s'amusaient à barbouiller d’un rouge vif, des disciples jaunes de Lénine danser en rond avec un « gâteau » entre les dents et se mit à crier à tue-tête : « Au secours ! au secours - A moi le pot aux roses, à moi le château de la Mayenne ! » Un ancien ministre passa comme par hasard par là et, voyant notre député se livrer à des gestes épileptiques, essaya, en vain, de le calmer : « Le communisme, c’est de la rigolade ! » Ernest, qui avait l’idée fixe, ne voul . point rigoler. Tous les jours, les feuille de choux de la clique à Mandrin abondent de ses arti clos, d’un succès de fou rire, sur les me nées communistes en Indochine où il a de puissants intérêts. Ce fut pour les spécialistes des mala dies mentales une bonne occasion d’ache- ter ces feuilles pour les hypocondriaques que leur science n’arrive pas à guérir. Et la fortune d’Ernest se vit centuplée tout d’un coup. Quel sacré veinard ! Il paraît que la cure est radicale et merveilleuse. Le ssavants aliénistes ne manqueront pas, je l'espère, de soumettre à l’Acadé- mie de Médecine, ce miracle qui fit révo lution dans la psychiatrie. A la Chambre, l’intervention du député de la Cochinchine attiré toujours un pu blic clairsemé. C’est un spectacle réjouis sant et vraiment comique de voir l’« honorable » agiter son dada favori l'é- pouvantail bolchevique, et réclamer pour ses électeurs hétéroclites : solde, abonde- ient, pensions, indemnités , indermee, pensions, abondement, solde... Et, lorsque Doriot ou Berthon lui lan cèrent des flèches moscovites, Ernest, per- dant tout contrôle, tournoya pendant des heures d’horloge devant les députés, amu sés : on eût dit une tête de Turc à Maure. En effet, n’est il pas né à Constantinople, en 1853, et ne fut-il pas, chose extraordi naire, député du Danube en 1830 ? Du 1er janvier au 31 décembre, il ne cesse de multiplier ses interventionsi que ses chevaliers servants s’empressent de reproduire intégralement dans leur presse stipendiée, si bien que l’Indochine, qui pos sédait jadis une caisse de réserve de plu sieurs milliards de francs, est à la veille d’une crise financière des plus graves. La « Vache à lait », saignée à blanc, n est plus en état de payer ses innombra- bips amants (lisez : fonctionnaires colo niaux), dont le plus modeste gagne de 4.000 à 5.000 francs par mois. _ Lors de la récente grève de T arsenal le Saigon, le nom de l’ineffable Outrey a été mis en vedette. Toute la presse reaction naire s’accorde à reconnaître en lui un bon prophète de malheur et voit dans ce mouvement gréviste un commencement d’exécution du programme de la III e Inter nationale dp Moscou. Ça y est : les Indochinois vont jeter to les Français habitant Saigon dans le ’ ! • kong ! Français de la Métropole, mes fre vous êtes édifiés aujourd’hui sur le péril jaune. Ne vous laissez pas bourrer le crân par ceux de vos mauvais compatriotes qui veulent nous maintenir dans un perpétuel état de sujétion pour mieux nous exploiter. Pour eux, est communiste celui qui ose dénoncer les abus et les crimes comn is au nom de la France républicaine par ses ressortissants; celui qui réclame la liberté de penser, d’écrire, d’aller et venir sans porter atteinte à autrui. Est communiste également l’Indochine is qui réclame sa part légitime dans la go s- tion des affaires de son pays. Jusqu’ici, pour les besoins électoraux et pour la défense des égoïsmes sacrés, on dénonce le mouvement des mécontents comme un péril pour la colonisation fran çaise, eR par un silence volontaire, on ca che soigneusement la cause qui produit cet effet. Le public métropolitain, qui ignore tout de ce qui se passe dans les colonies, prête à ces arguments de réunion publique une oreille attentive. Il importe plus que jamais de le tirer de ces pontes démagogiques et de lui dire tout haut que les bolcheviks, ce sont ces mauvais bergers qui, par leurs procédés vexatoires, soulèvent les peuples opprimés et déshonorent la France, dont ils détien nent momentanément les pouvoirs outre mer. L‘Homme-aux-gâteaux-entre- les dents. Le Gérant : Léopold MESNARD. mion Travail exécuté par des ouvriers syndiqués Imprimerie Française (Maison J. Dangon), 123, rue Montmartre, Paris (2%) Georges DANGON, imprimeur, 3