Nguồn: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7009362b (OCR ALTO của BnF, chưa hiệu đính) Tải về: 2026-07-17 Tựa đề: Le Paria — avril 1925 1925 Lưu ý: Văn bản OCR máy tự động từ Gallica; sai sót OCR chưa sửa — đối chiếu PDF ảnh cùng tên khi trích dẫn. ### [Trang 1] TROISIEME ANNEE. — N° 33. Le Numéro: VINGT-CINQ centimes AVRIL-MAI 1925. ADMINISTRATION 3, Rue du Marché-des-Patriarches PARIS (5 e ) le Paria < > Paraissant mensuellement Tribune du Prolétariat Colonial Abonnement, Un an : 5 francs Chèque postal : Desprès 92-22-Paris DANS LE NORD A BAS L ’ ^DJQÉN AT ! AUX ANTILLES Un Congrès de Travailleurs noP-africains •-w9469 LeB.O.P. présente des Candidats coloniaux Organisations ouvrières, syndicales fl politiques Dimanche 26 avril s est tenu à Douai le premier Congrès des travailleurs nord-africains de la Région du Nord. Nombreux furent les délégués indigènes qui assistèrent à ce congrès pour établir leur pro gramme de revendications. Encore plus exploités que les ouvriers po lonais, italiens, belges ou espagnols, les Algé riens forment un pourcentage imposant de la main-d’œuvre employée dans les mines et les usines de la grande région industrielle. La discussion fut des plus laborieuses, et, fait remarquable, certains délégués, complète ment illettrés, montrèrent cependant un esprit critique et une conscience de classe telles, que les vues qu’ils apportaient au cours du débat furent d’un enseignement utile et contribuèrent A rétablissement et adoption de solutions pra tiques. Ils montrèrent une telle compréhension des problèmes économiques et politiques qu ils ont anéanti une fois de plus la légende imbécile qui veut que les coloniaux sont réfractaire à l'organiseation. Le congrès fut organisé sous l’égide du Parti communiste français et de la C.G.T.U., mais le bureau fut entièrement composé d'in- digènes. Les orateurs, délégués des divers centres miniers et industriels des départements du Nord et du Pas-de-Calais, furent brefs et « concrets ». Après avoir entendu l'exposé des délégués du P.C. et de la C.G.T.U. sur différentes questions politiques et économiques, et discus sion faite, le congrès adopta à l’unanimité le programme de revendications déjà établi par le premier congrès des travailleurs nord-afri- c;'^ die la Région Parisienne, à savoir : A travail égal, salaire égal ; Tournée de huit heures ; Suppression du « denier à Dieu » a i embauchage ; 4. Accession de l’ouvrier indigène à la qua lification ; 5. Droit à la titularisation ; 6. Indemnité pour la femme et les enfants ; cherté de vie, soins médicaux, indemnité de logement, hygiène de l'habitation ; 7. Suppression du contrat de travail imposé pour l’émigration ; 8. Liberté d’émigration pour la France et l’étranger ; 9. Application aux indigènes des lois ou vrières ; 10. Amélioration des conditions écono miques des jeunes (apprentissage, éducation, etc., etc.). A ce programme général viennent s’ajouter les revendications suivantes particulières aux exploités des mines : 1 0 Carte de réduction sur les chemins de fer pour les pères de famille ; 2° Garniture des habitations semblable à celle des ouvriers français et étrangers ; 3° Suppression des interprètes indigènes, imposés par les Compagnies ; 4° Leur remplacement par des interprètes syndiqués élus par les ouvriers ; 5° Election par les ouvriers des interprètes auprès du médecin de la caisse dé secours ; 6° Installation de lavabos et de bains dans toutes les mines et usines ; 7° Participation des coloniaux aux élec tions du délégué auprès de la caisse de se cours, de la caisse autonome et à celle du dé légué mineur. Avant de clore le congrès, les délégués ont tenu à témoigner leur sympathie et leur soli darité aux organisations révolutionnaires de classe, qui, rejetant les considérations de races prennent en main la défense des op primés et exploités quels que soient leurs pays te leur couleur. A ces organisations, les délégués adres sèrent 3 télégrammes de sympathie : le 1er pour féliciter le parti français pour la présen- i tation aux élections municipales dans le bloc ouvrier et paysan, des candidatures colonia les, le 2 e à la Fédération d Alger pour les candidatures de l’Emir Khaled et de Mah moud ben Lekhal, le 3 e à la C. G. T. Tu- nisienne, exprimant leur solidarité aux vail lants militants de cette organisation que l’impé- riansme français tient sous les verrous pour leur action syndicale. BOURAHLA >+•- En Cyrénaïque L’impérialisme italien achève la « con quête ». Depuis le 12 avril, la soldatesque de Mussolini s’est emparée de 6.000 cha meaux, 14.000 têtes de bétail et elle a brûlé 600 tentes. Rien que dans la journée du 17 avril, elle a capturé 600 chameaux, 4.000 têtes de bétail, détruit une centaine de tentes, tué 300 indigènes, emprisonné 100. Commentant ces « opérations » italien nes, la Dépêche Coloniale, organe du colo nialisme français, les trouve « brillantes ». Comme ça se retrouve ! Au fait, le colo nialisme français vaut bien le 'Colonialisme italien et même le dépasse. L’impérialisme français n’est pas à son aise. Toute sa presse colonialiste, le prouve par des vociférations à l’encontre du com- munisme. Mais, diable, pourquoi, cet épou vantable et sanguinaire communisme, com battu par le capitalisme avec tant de rage, attire quand même à lui les masses indigè nes? Pourquoi ces masses lui sacrifient-elles les « bienfaits » apportés par la colonisation et pourquoi fuient-elles les ce bras mater nels » de la nation dominante ? Il doit y avoir une raison majeure, qui, malgré M. Pierre Mille, M. de Pouvourvil- le, M. Outrey ou autres stratèges politiques | de la colonisation poussent les parias colo- I ni aux à embrasser ce spectre dont on les ef i fraye ? Et la raison est simple ; les indigè nes, si ignorants soient-ils, se réveillent à la lutte les classes. Trompés par les divers gouvernement bourgeois qui se succédèrent en France, ils ne veulent plus se laisser endormir par les mensonges de la bourgeoi sie française. Lors de la dernière guerre, ils virent des centaines de mille de leurs frères assassinés sur le charnier capitaliste. Ce sacrifice de vait être compensé par des réformes : aboli tion des lois d’exception qui les maintien nent au niveau des bêtes, amélioration de leurs conditions économiques, extension de leurs droits politiques. Mais, tout cela, c’est pure hypocrisie ! Et les indigènes se sont vi te édifiés sur tant de promesses fallacieuses ; les engagements les plus solennels reniés, les quelques libertés acquises violées, le Co de de l’indigénat devenir plus écrasant. Las de souffrir de,l’état d’infériorité socia le où ils s’étouffent, ils veulent leur place à la lumière, et une part égale des droits dont jouissent d’autres hommes. Or, cette égalité un seul parti la réclame pour les indigènes, un seul parti l’exige en luttant ferme et sans se soucier des hurle- ments ni de la répression gouvernementale esclavagiste. Et la lutta que mène le parti communiste n’est pas seulement verbale. Par des actes concrets dont les indigènes ont pu voir maints exemples et apprécier l’inten tion hautement désintéressée, le parti rallie dans son sein la masse des exploités et op primés coloniaux. * * Parmi les réformes promises, la représen tation des indigènes au Parlement était une de celles qui devaient soulager leurs maux. Elle fut piétinée sans pudeur. Le Parti fran çais répondit en mai dernier à cette fourbe rie du capitalisme en présentant aux élec tions législatives la candidature de notre ca marade algérien Hajali Abdel Kader. Plus de 40.000 ouvriers français ont voté pour le candidat indigène et ont par cela meme con damné toute la politique coloniale de la France en portant leurs voix sur cette can didature. Le capitalisme en frémit, le souf flet fut magistral. A MADAGASCAR Le Bloc national est mort, dit-on, et les démagogues du Cartel des Gauches doivent réaliser en France, un programme socia liste. Pourtant, dans le colonialisme, pha se aiguë de l’oppression bourgeoise, le gouvernement démocrate de M. Herriot s’est montré aussi férocement impérialiste sinon plus, que les autres. Avec lui, la vo racité de la Banque de Paris, ce syndicat des appétits colonisateurs, s’est dévelop pée librement à Madagascar. Sous forme du monopole, cette firme va s’accaparer de toutes les richesses de la grande île. Tous les moyens sont mis à sa disposition. Et voici une ère qui s’ouvre pour la grande île, d’esclavage, de vol et de crimes. De puis la révélation de ses gisements de graphites, le sous-sol du pays, a été sé rieusement prospecté, et vu l’abondance du cuivre, du charbon et autres minéraux qu’il recèle, alors que l’Océanie est dépour vue de métallurgie, on cherche à faire de Madagascar, un grand centre industriel. Aussi MM. Finaly-Loucheur et autres forbans de la douce France se sont-ils assurés les positions stratégiques de l’éco- nomie malgache : contrôle de la Banque d’Etat, suzeraineté des entreprises indus trielles et financières de la localité et concessions à leurs filiales des grands tra vaux et des mines. Pour produire la va leur et la plus-value, il faut un prolétariat important. Madagascar étant surtout habité par des classes paysannes, on enlève les cultivateurs à leurs terres pour les remet tre aux colons en quête de main-d’œuvre. L’indigène, lui, ne doit connaître le progrès que pour mieux souffrir. de l’im- périalisme. Il est refoulé, en partie, vers les nouveaux centres industriels. Et c’est toute l’odyssée des travailleurs de l’indus- trie coloniale qui se répète : salaires déri soires, alcool à profusion, logements insa lubres, oppression criminelle d’une admi nistration pourrie. C. SAINT JACQUES. Le prolétariat français montra que malgré la perfidie de la grosse banque et de la grande industrie, l’Union des exploités mé tropolitains et coloniaux ne fut plus in my the, elle devint effective et efficace. Les indigènes, eux, ne doutant plus de la sincé rité du Parti Communiste, se rallient à lui en grand nombre. Cette année, c'est aux élections municipa les de la Ville de Paris, que le Bloc ouvrier- paysan, présente deux coloniaux, Hadjali (Al gérien), dans le cinquième arrondissement, et Seinghor (Sénégalais), dans le treizième. Les ouvriers parisiens sauront, une fois de plus flétrir la politique gouvernementale en déléguant à l’Hôtel de Ville, deux représen tants d’un prolétariat qui, quoique français (c’est le boucher Mangin, qui l’affirme), n’a pas le droit de vote. * * * La candidature de Seinghor, ce sera une protestation vivante de centaines de milliers d’Africains, que Diagne, pourvoyeur de chair noire, a vendu aux bouchers de 1914. Mutilé de la guerre du « Droit », Seinghor, mieux que tout autre, saura dénoncer les in fâmies d’un gouvernement esclavagiste qui veut rétablir le travai forcé, en militarisant tous les nègres afin de parer à la pénurie de main-d’œuvre qui sévit dans les exploitations cotonnières. Quant à la candidature de Hadjali, dans le quartier du Jardin des Plantes, elle n’est pas moins symbolique. C’est une réplique cinglante à cette combine capitaliste qui en gloutit plus de dix millions, prélevés sur le sang et la sueur des NordAfricains, et desti nés à construire la mosquée-réclame de la rue Linné. L’impérialisme français veut capter à des fins ignobles la puissance idéo logique de l’Islam pour consolider son rè gne déjà chancelant. Il flirte avec la reli gion pendant que ses sbires, par des ukases diaconniennes interdisent l’immigration aux musulmans en France afin de maintenir Dans les Colonies hollandaises AUX INDES NÉERLANDAISES Depuis que la lutte de classes s’est précisée aux Indes Néerlandaises, les autorités s’achar nent contre les communistes de la colonie. En janvier, c’est l’agression policière contre un meeting communiste de Bandoeng, auquel assistaient’ 1.500 ouvriers et paysans commu nistes. La police fait usage des armes. Il y a des blessés de part et autre. La fermeture des écoles communistes, ordon née par le gouvernement, provoque un mou vement de protestation. La répression s inten sifie. A Ngavi, un meeting auquel assistaient 2.000 ouvriers et paysans indigènes est dissous de force par la police. 2 camarades sont tués, nous avons 30 blessés. La police en a plusieurs. Des incidents analogues se sont produits dans diverses localités Le mouvement révolutionnaire, guidé / ar les communistes, est en voie de progression. Le mouvement syndical aussi. En décembre 1924 s'est fondée une vaste orga nisation des ouvriers des transports, marins et dockers. Plus de 5.000 ouvriers étaient présents au congrès de fondation de Soeracaya. L’Union des gens de mer d’Amsterdam, qui compte 1.3oû adhérents s’est fédérée avec la nouvelle orga nisation coloniale. La plupart des syndicats indigènes < l diri gée par des communistes. Notre ami Gonhdo- îoevono, qui vient de purger 4 ans de prison, a élé élu président de la nouvelle organisation des transports. Il est de nouveau arreté. , La nervosité de la bourgeoisie coloniale et des autorités se traduit par des tracasseries po licières incessantes. Aux dernières nouvelles, des mesures seraient prises équivalant prati quement à la suppression de la liberté des réu nions. L'accès des réunions publiques serait in terdit aux jeunes gens de moins de 18 ans. L'Etat civil étant encore à peu près inconnu dans les colonies de la Hollande, cette mesure du gouvernement ouvre de larges possibilités à l'arbitraire policier. P. BERGSMA (Java) ceux-ci dans leur pays sous l'exploitation éhontée des requins coloniaux. A l’Hôtel de Ville, la voix des indigènes s’élèvera con tre les machinations du négrier Godin et consorts, qui osèrent prélever 600.000 francs sur les contribuables ouvriers français pour instaurer tout un appareil de répression contre les militants indigènes. Hadjali exigera pour les travailleurs co loniaux non point des monuments où sous le couvert de la religion, on célébrera des cé rémonies patriotardes, mais des habitations hygiéniques, des conditions de vie et de tra vail égales à celles de leurs frères ouvriers français. * * * A Alger, le Parti Communiste, pour mar quer la solidarité entre ouvriers arabes et ouvriers français, présente deux candidats indigènes non citoyens sur la liste frança'se tandis que sur la liste indigène il présente deux ouvriers français. L’union des deux ra ces est parfaite. En tête de cette dernière liste figure l’Emir Khaled. Il est inutile de rappeler la vie et l’œuvre du grand défenseur des Musulmans d’Algérie ; sa popularité parmi ses frères est si grande que l’Impérialisme français l’a exilé, espérant étouffer ainsi la voix des pa rias nord-africains qu’il opprime. Au 3 mai, les électeurs indigènes feront retentir leur protestation contre cet acte ar bitraire, machiné par l'administration colo niale despotique. Sur la même liste figure le hé- 10s indigène de Mayence, celui-là même qui, biavant les baïonnettes de 'Dégoutté, alla prêcher la fraternisation des soldats indigè nes avec les ouvriers allemands, que les sbi res de Poincaré avaient réduits à la famine. Mahmond ben Lekhal, pour son action su blime, fut condamné à cinq années d’empri- sonnement. Mars, comme Marty, il fut arra ché des griffes de la bourgeoisie par la vo- leste imp iouse du prolétariat de France. Au sein de la municipalité d’Alger, Ben Lekhal mènera une lutte implacable contre l’administration et ses valets indigènes. Les musulmans d’Alger, pour protester contre les exactions dont ils sont victimes, à l’instar des 40.000 ouvriers parisiens qui votèrent en mai dernier pour Hadjali, don neront tout leur appui pour élire l’émir Kha led et Mahmoud ben Lekhal. * * * Nous ne doutons pas du succès de ces can didatures coloniales, et nous espérons que les aveugles comprendront maintenant pour quoi le communisme épouvante le capitalis me français. Le capitalisme, comme un vo leur, entrevoit avec terreur, le jour où il lui faudra rendre des comptes à ses victi mes. Ce jour approche, le capitalisme use de tous les expédients pour l’éloigner. Mais le Communisme vaincra ! EL DJAZAIRI. AU SENEGAL LA SOLIDARITE PROLETARIENNE ENTRE EUROPEENS ET INDIGENES Le capitalisme colonial a subi un échec qui lui a été infligé par le personnel de la ligne de chemin de fer Dakar-Saint-Louis, sous la forme d’une magnifique grève de quatre jours. Depuis le mois dé décembre 1924, le person nel de cette compagnie demandait une aug mentation de salaire en rapport avec le coût de la vie, soit une augmentation de 450 francs par mois pour les Européens et les quelques indi gènes privilégiés qui occupent des postes im portants. Pour les autres catégories d’ouvriers indigènes, les grévistes demandaient une aug mentation de 250 francs par mois. La compagnie résistait à toutes les démar ches que la délégation du personnel faisait au près delle. Le conflit devint aigu et la grève allait éclater quand le gouverneur intervînt. Il proposa une augmentation mensuelle de 250 francs pour les Européens, mais en revan che il proposa un tarif de compensation per mettant de récupérer ce qu’elle donnait aux Européens et cela au détriment des indigènes. Par une conscience admirable de classe, les Européens refusèrent et, se solidarisant avec l’élément indigène, ils décidèrent la grève gé nérale sur toute la ligne. La grève dura quatre jours. La compagnie, soutenue par le gouvernement, fut obligée de donner entière satisfaction aux grévistes, soit 450 francs par mois aux Européens, 250 à 0 francs aux indigènes, suivant l’importance des postes occupés par ceux-ci. Nous tenons à signaler ce fait particulier, car c’est la première fois que nous voyons les ex ploités européens des colonies se solidariser d’une façon admirable avec les indigènes des pays opprimés. SEINGHOR. *e- PERMANENCES (( Union Intercoloniale », chaque diman che matin, de 10 heures à midi, au siège, 3, rue du Marché-des-Patriarohes. ♦ * * Le « Paria », chaque dimanche matin, au siège, 3, rue du Marché-des-Patriar- ches (5 e ). Les dernières nouvelles qui nous sont parvenues des Antilles révèlent une recru descence de l’organisation syndicale et de l’organisation politique de la classe ouvrière et paysanne à la Martinique. Au point de vue syndical. nos camarades ont créé un bulletin syndical et institué des syndicats qui méritent plus particulière ment de retenir l'attention : Un syndicat des inscrits maritimes, un syndicat des Employés de commerce, un syndicat des ouvriers en Bâtiment, un syn dicat des Métallurgistes et Mécaniciens, un syndicat des instituteurs et Institutrices. Ces syndicats sont réunis en une bourse du travail. La volonté des éléments syndi calistes de la colonie promet l'extension prochaine du mouvement. La besogne ne leur manquera pas, si on songe que les ven deurs de magasins touchent un salaire de 75 à 100 francs par mois, mm la loi sur les accidents du travail n'est point ap pliquée, que le repos hebdomadaire et ta loi de huit heures y sont totalement in connus. A côté de l’organisation du prolétariat in dustriel il y a l’élaboration d'un mouve ment de revendications des petits fonction naires, postiers, sous-agents des P.T.T., personnel des ports et rades, dont les trai tements, après 15 ans de service, n'arri vent pas à 300 francs par mois. Et le coût de la vie est, dans le pays, sensiblement aussi élevé qu'en France. Quant au prolétariat agricole, sa situa tion est encore plus misérable, les salaires les plus élevés ne dépassant pas 6 francs par four. Aussi, les enfants au-dessous de 13 ans sont-ils déjà obligés de travailler sur les terres dont la totalité appartient à 30 ou 40 familles sur une population de 200.000 habitants. A côté de l’organisation syndicale, il faut rappeler l'existence d'un groupe commu niste Jean Jaurès, affilié à la. S.F.I.C., avec un journal, Justice, organe du Bloc ouvrier et paysan. Aèresi ^uiic, ies bases d'une organisation de classe du prolétariat martiniquais exis tent. Que le Parti et la C.G.T.U. aident et soutiennent ce mouvement, et bientôt les ouvriers et paysans de là-bas seront r au- nis de leurs instruments de libération. A la Guadeloupe, la situation des organi sations n'est pas aussi favorable. Mais les prolétaires ont subi un te] dégoût des po liticiens qui les ont éternellement trahis, que tout appui qui leur sera donné doit aboutir à de rapides résultats et de réels progrès. Nous pouvons espére r qu’avant longtemps les travailleurs antillais se réveilleront à la conscience de classe et seront prêts à ren trer dans l e mouvement qui dresse tes ex ploités de toutes races et de tous les pays dans la lutte contre le capitalisme et l'im périalisme qui les exploitent * * * Un fournal du soir affirme, sur un câ blogramme de M. Frossard, que le gouver neur de la Martinique projette de faire ar rêter les candidats Lagrosillière et Séjour né, sous le prétexte qu'ils auraient pro noncé, au cours de la campagne électorale, un discours « d excitations ». Nous protes tons naturellement contre ces procédés ré- sariens, bien dignes de l'administration co loniale d'un grand Etat civilisé. Cependant, nous ne pouvons manquer d'observer aae le gouverneur de la Martinique n’est, après tout, que le représentant de ce cabinet CaÙ- laux-Painlevé-Briand, qu’on a appelé « ]e ministère de Paris-Soir ». Max. CLAINVILLE-BLONCOURT. MEETINGS COLONIAUX Au cours de l’année dernière, et au début de cette année même, l’Union Intercolonia- le a organisé de nombreux meetings où F s orateurs de diverses colonies vinrent dénon cer Jes méfaits du colonialisme français et flétrir l’impérialisme mondial qui se montre partout assassin et voleur. Nos meetings eurent tous un succès com plet. Chaque fois, ce fut une énorme affluen ce d Antillais, de Sénégalais, de Tunisiens, de Marocains, de Chinois. d’Indochinois, d’Hindous et d’Algériens. Les sympathisants français ne furent pas moins nombreux et les députés communistes Cachin, Berthon, Doriot, Vaillant-Couturier, ne manquèrent jamais de venir prendre la parole pour tracer le programme anti-colo- nialiste de l’Internationale Communiste, et pour exhorter les peuples coloniaux à s’orga niser, à s’unir au prolétariat de la Métropole afin d’abattre l’ennemi commun : l’impéria lisme français et mondial. Le dernier meeting que nous avons orga nisé fut consacré à Sun-Yat-Sen. Il eut lieu, au numéro 94 du boulevard Auguste-Blan- qui, le 14 avril. Le camarade Voline, atta ché à l’ambassade russe, est venu nous ap porter le salut du peuple russe, ami de tous les peuples opprimés, coloniaux ou mi-colo niaux. L’allocution du représentant de l’U nion des Républiques Socialistes, Soviéti ques de Russie fut accueillie par des accents de l'Internationale que l’auditoire, debout, entonna à plusieurs reprises. ### [Trang 2] LA RÉVOLTE DES ESCLAVES Un grand Révolu ionnaire hindou M.-N. ROY TRIBUNE DE L INDOCHINE —— e*= — En Indochine M. Bardez, administrateur des services ci vils au Cambodge, a été assassiné par des indigènes, au cours d’une « tournée d’inspec tion » qu’il fit dans la province de Kom- pong-Chnang. Deux hommes de son escorte eurent le même sort. Les émeutiers étaient conduits par un Cambodgien nommé Néoli. Ils avaient été jetés en prison, récemment par l’adminis trateur Bardez. Tout ceci rappelé étrangement la grande révolte de Thaï-Nguyen (Tonkin), qui éclata en 1917 ; on sait que cette dernière révolte avait été provoquée par l’administrateur tor tionnaire Darles, et que les « rebelles » n’é taient autres que les indigènes innocents que M. Darles avait mis en cellule, et qui ont réussi à forcer les portes de la prison et attaquer plusieurs provinces. A la Réunion Un groupe d’indigènes armés ont attaqué deux gendarmes. Les agresseurs menaient l’attaque en criant : « Il faut en finir avec ces sales Zoreils ». Les zoreils, ce sont les F rançais de la Mé- tropole. Au Maroc Casablanca 20 avril. — « Le poste fran çais d'Ouled-Kacem est encerclé par des Riffains. « Au cours d'un conseil qui se tint aussi tôt à l’état-major, les décisions nécessaires furent prises. Des renforts ont été dirigés sur le front nord. « De son côté, le gouverneur de l’Algé rie a envoyé quatre bataillons dans la ré gion troublée. Est-ce enfin le prétexte tant désiré par les traîneurs de sabre de Lyautey pour ouvrir les hostilités contre la République du Rif ? En Tunisie Le 21 mars, pour protester contre les pre mieres décisions de la Commission des Ré formes, les indigènes ont observé une jour- née de deuil. A Bizerte, à Soda El Khemis, à Tunis, les magasins, les ateliers et les échopes ont été fermés. Dans les colonies portugaises Lisbonne, 22 avril. - Le ministre des co- lonies vient d’être informé par le gouverneur de l’Afrique Occidentale Portugaise que les indigènes de Galahad, de Chamhabenquo et de Bolima se sont révoltés. Des troupes et un avion de bombardement ont été envoyés sur les lieux. Dans les colonies anglaises On annonce de Bloemfontein que lundi deinier des troubles sérieux ont éclaté dans les quartiers indigènes. La police a tiré sur une foule de 4.000 hommes. Selon les derniers renseignements officiels Manœuvres indigénophobes À la suite des bagarres électorales qui se sont produites le 23 avril, rue Dramré- mont, dans le 18 e arrondissement, entre fascistes et communistes, et qui avaient été provoquées par les premiers, M. P. Taittinger, un des chefs fascistes, monte à la tribune de la Chambre et s’écrie : « Les assassins étaient encadrés par des étrangers, des Kabyles, des Annamites ar més ! » Et puis, d’un air mystérieux, n | raconte que le courrier de la Ligue des • Patriotes était volé chaque jour par un jeune Annamite logé chez la concierge, qui portait les lettres à ['Humanité et faisait ; de l’argent on ne sait quoi. M. Vbamégoray, lui, insulte les Aigé- | riens, les Tunisiens et les Marocains. Enfin, un journal policier qui s'intitule la Liberté, et qui compte parmi ses plu- i mitifs le pirate Outrey, publie ceci . « Parmi ces bandes, un ne compte d'ail- | leurs qu’une minorité de Français : la plu part sont des anarchistes italiens ou espa gnols, des Russes en grand nombre, des Bulgares, des Allemands, enfin des Kaby- | les, des Chinois, des Annamites, écume de toutes les nations et de toutes les émeutes. Depuis des mois et des mois, le Parti communiste français, grâce aux subsides de Moscou, entretient en une sorte de de mi-solde tous ces volontaires de la guerre ' civile et du pillage. Ils vivent dans des bou- ; ges de la banlieue, parqués comme des bêtes, des bêtes de proie, toutes prêtes à se lancer à l'assaut des riches quartiers de Paris, pour le viol (sic), le sac et la tuerie. » Nous voilà bien fixes sur les sentiments qu’on éprouve à notre égard. Annamites et Kabyles sont des bêtes d’étrangers, non plus des« protégés » français, des « Fran çais » d’outre-Mer, comme on nous avait fait croire de tout temps et notamment pen dant la guerre où nous avons été appelés en France, en masse et de force, pour dé fendre une mère-patrie qui n’est point la nôtre, puisqu’il est dit que nous ne sommes pas Français. Jésuites ! Ji s’appelle le Nouveau Siècle — et il prétend nous attaquer. Ecoutez-le : « Le secrétaire général du Secours interna tional ouvrier, nommé Mountzenhorg, a récem ment transmis aux communistes français des sommés importantes « destinées, dit le journal danois lixira liladel, à développer la propa gande communiste aux colonies ». Un rapport officiel du gouvernement des So- viets constate que « le mouvement s’étend peu à peu du Maroc aux possessions françaises en Algérie, où la lutte sera longue et pénible ? » On dit que « la propagande a eu un réel succès parmi les garnisons, dont la résistance aux ac tions révolutionnaires sera ainsi moins grande? » et que la propagande communiste dans les co lonies françaises est confiée à un comité spécial dirigée par Doriot, Treint et Lounion ? Enfin, de l’argent étranger est versé à ce comité. » (Nouveau Siècle, 23-4-25.) il y a eu cinq indigènes tués et seize blessés, dont cinq grièvement. Dix agents de police européens ont été également blessés. Les chefs des révoltés ont été arrêtés et les li gues civiques ont été mobilisées pour main- tenir le calme dans la ville. Dans l’Irak Dans l’Irak, la tribu de chef Yesido ayant refusé par trois fois d’assister à une confé rence en vue de régler un différend régional, les autorités militaires de l’impérialisme an glais ont eu recours au bombardement des habitations de la tribu par des avions. Les indigènes ont répondu à cette métho de « d’arbitrage » par des coups de fusil et ont abattu un avion. Les deux aviateurs, dont un officier, ont été tués. Les nègres de l’Afrique du Sud réclament l’indépendance Johannesburg, 12 avril. — Au cours de la séance du congrès national africain tenu hier dans cette ville,, le président du Congrès dé clara : « Un jour viendra où nous serons en po sition de voter telles résolutions qu’il nous conviendra, qu’elles plaisent ou non aux blancs. Le soleil brille pour tout le monde et personne ne peut l’arrêter ! Ne vous en dormez pas par conséquent et ditesvous bien que si l’on prétend que ce pays est pour les blancs, la chose ne sera jamais. Ce pays est un pays de noirs et il le restera ! » — Rappelons qu’au début du mois, la tri bu nègre des Rahobots s’est révoltée, armée de fusils de guerre et de munitions. Aux Antilles On sait que les ouvriers et les planteurs de la Guadeloupe se sont révoltés au mois de février, au cours d'une grève. Voici quelques détails complémentaires : Dans les communes de Port-Louis, du Morne-à-l’Eau et du Petit-Canal, l’agita- tion fut particulièrement grave. A Morne- à-l’Eau, M. Adam, directeur de l'usine de la Société Marseillaise, fut cerné chez lui. Il fallut faire appel à la force armée pour le dégager. Le gouverneur de la colonie et le pro cureur général se rendirent sur place. Le calme se rétablit, mais tandis qu’ils étaient devant l’usine du Morne-à-l’Eau, ils apprirent que le gros des manifestants se serait porté au Petit-Canal, à l’usine Duval. Les manifestants, au nombre de 500, avaient mis le feu aux champs de cannes, puis ils avaient fait un vaste bûcher avec tout le bois qu’ils avaient trouvé. Tandis que quelques employés essayaient d’étein dre l’incenaie, ils donnèrent l’assaut à la maison du directeur. La police fit feu. Onze manifestants furent tués et plu sieurs blessés. Deux ont été retrouvés carbonisés. Cependant M. Ballet, directeur de l’usi- ne, a reçu une balle dans la cuisse. NGUYEN-O PHAP. DANS L’AFRIQUE DU SUD On annonce qu’après les incidents sanglants, à Bloemfontein, de nouveaux troubles ont eu lieu. Tous les ouvriers indigènes, au nombre de 22.000, sont entrés en grève. Dans toute la région règne un fort courant anglophobe. Depuis quelque temps des milliers de tracts ont été répanaus invitant la popula tion à recevoir le prince de Galles de la meme façon que les Arabes de Palestine ont reçu lord Baudur. Les tracts disent en outre que les indi gènes sont exploités honteusement par les An glais, afin de rapporter aux représentants de l’impérialisme britannique des benétices énor mes. « Rule Britannia » CHINE INDE — SOUDAN Lé retour des conservateurs au pouvoir à ren du a l'mpérialisme britannique une vigueui nouvelle. Il entend faire en Chine, une politique active et « forte ». Il lut, pour commencer, pro posé à la conférence de Londres du 24 novem- ure dernier, que les chemins de fer chinois lussent contrôles et surveilles par les forces mi litaires de l'Amérique, du Japon, de la Belgi que, de la France et de l’Angleterre. La Granue- Bretagne, ayant le plus de capitaux placés dans ces cnemms de 1er, jouerait le rôle décisif dans le contrôle et l'occuption des reseaux. — Ce beau projet n’a pas encore prévalu. Au début de cette année, la capitale officielle de l'Inde anglaise s’est brusquement vue ap pliquer le « Dejense 0/ India Act » de 1918 — loi extraordinaire instituant un état de siège renforcé. Sous ce régime, tous les fonctionnai res et policiers anglais, a partir du grade d’ils- pecteur, jouissent du droit de procéder à des arrestations et à des emprisonnements des hin dous suspects, sans procès ni jugement. Des colleges, des maisons d'étudiants et une cen taine d’édifices étaient .perquisitionnés en une seule matinée. Une centaine d’arrestations avaient lieu. Nous mentionnerons parmi les personnes détenues : S. Chunder Rose, leader du Comité Exécutif du Congrès N ational hin dou ; Baran Roy, le secrétaire provincial du même congrès ; S. Mitter, le secrétaire du pér il Swarajiste , et bien d’autres swarajistes con nus et respectés. Les bureaux des sociétés hin doues étaient occupés par la troupe et la police. Les autorités britanniques du Bengale tentaient de nouveau de résoudre par la force toutes les difficultés politiques. Nous ne rappellerons pas ici les événements du Japon et d’Egypte encore présents à toutes ies mémoires. Ce que l’on sait moins c’est que depuis fort longtemps, les industriels anglais caressaient le rêve d’une « politique cotonniè re » en Afrique, à suivre avec énergie. Il s’agi rait de transformer le Soudan en une vaste plantation et de détourner à celte fin le cours du Haut Nil. La plantation ainsi irriguée pour rait être d’un rendement merveilleux ; mais... l’agriculture du Bas Nil pâtirait gravement de la modification du cours des eaux fécondantes. Aussi les Egyptiens sontlils opposés à l’exécu tion de ce plan. L’assassinat du sirdar sir Lee Stack, a fourni aux Britanniques le prétexte de se délier complètement les mains au Soudan , ils y sont désormais les seuls maîtres. Le sang versé au Soudan et en Egypte ne leur servira peut-être qu’à engraisser le sol de la plantation soudanaise... NG. Al-QUAC. Il fut expulsé de France, au début de cette année, par le gouvernement Herriot, sous l’or dre de l’Angleterre, pendant que deux de ses compatriotes, réfugiés politiques, furent chas sés de Pondichéry. Nous publions aujourd’hui quelques ex traits d’un article que Fouladi Ali Kémal a consacré à ManabendrarNath Roy. Roy fut jeté en prison, il y a longtemps, en 1915, quand, encore très jeune, il pre nait une part active de révolutionnaire ardent dans le mouvement pour la libération politique de l’Inde. Dans tous les pays que Roy a parcourus dans sa vie mouvementée de mili tant de grande envergure — les pays de l’Ex- trente-Orient, l Amérique, le Mexique, et en suite l Allemagne, la Suisse, et maintenant la France — l’impérialisme anglo-saxon l’a poursuivi obstinément pas à pas, tantôt en voyant à ses trousses une misérable bande d espions et d’agents provocateurs, tantôt cherchant son expulsion ou son emprisonnement par une pression politique — tout ceci rap pelle les plus odieuses méthodes de l’OEhra- na tsariste dans sa persécution des révolution- naires russes. MANABENDRA-NATH ROY Ce fût Roy qui a donné pour la première fois une expression politique — et, en l’oc currence drdmatique — aux forces objectives de révolte dans l’Inde, quand.. en 1922, il intervint au Congrès National Hindou en un manifeste révolutionnaire qui était une mise au point marxiste de la lutte historique des pcttpl— ♦ •< EN PALESTINE Un des plus grands commis -voyageurs de l'impérialisme anglais, lord Balfour, s’il faut l’appeler par son nom, s’était avisé de faire une tournée de réclame en Palestine. Mal lui en prit ! Son arrivée à Damas provoqua une émeute formidable. Dans les journées du 8 et du 9 avril, plus de 6.000 musulmans huèrent et sifflèrent le pau vre lord. Une véritable bataille s’engagea alors, entre la foule des manifestants et la flicaillerie française qui mil tout zèle a délendre l’hôte anglais et qui fut secondée par des pompiers, par 2 compagnies de chasseurs à pied, 2 pelo tons de spahis et 8 auto-mitrailleuses. Et même, des avions survolèrent la ville et des tanks parcoururent les rues. Coups de poing, coups de crosse ; des pierres, des balles ; des cris, du sang. Un spahi fut arraché de son cheval et assommé à coups de matraque. Un cocher fut abattu par une balle... Au total : 3 tués dont 1 officier. 30 blessés dont 2 officiers et 8 soldats. Quant à lord Balfour, il s’était enfermé dans une chambre de l’Hôtel Victoria avec sa femme, pendant les deux jours d’émeute ; au troisième jour, tous' deux quittèrent Damas, dès l’aube et incognito. >40-< — uiggrin Travall ixôcuté par des ouvriers syndiqués imprimerie Française (Maison J. Dangon) 123, rue Montmartre, Paris (2 e ) Georges DANGON, imprimeur. Le Gérant : Léopold MESNARD.