Nguồn: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7009351j (OCR ALTO của BnF, chưa hiệu đính) Tải về: 2026-07-17 Tựa đề: Le Paria — janvier 1924 1924 Lưu ý: Văn bản OCR máy tự động từ Gallica; sai sót OCR chưa sửa — đối chiếu PDF ảnh cùng tên khi trích dẫn. ### [Trang 1] TROISIEME ANNEE. — N' 22. Le Numéro: VINGT-CINQ centime» JANVIER 1924. LÉNINE Le Parti Communiste était réuni en Congrès à Lyon, le mardi 22 janvier, lorsqu’est parvenu en France la nou velle de la mort de Lénine.. Ce jour-là, venait précisément à 1,'ordre du jour du Congrès, la dis cussion sur la ques- tion coloniale. Etrange coïncidence qui a souligné à nos yeux toute immen- sité du vide que la masse exploitée des indigènes prolétaires des colonies allait éprouver. Lénine, dont Gorki a dit que le but fondamental de la vie était le bonheur de l’humanité, avait, lors de la constitution de l’Internationale Com- muniste, marqué l’importance du pro blème colonial. Dès le deuxième congrès mondial de la III e Internationale il pré sentait une thèse sur les questions co loniales ou il préconisait le rappro chement des prolétaires d des travail leurs. de tous les pays contre les possé- dants et la bourgeoisie. Il soulignait le groupement inévitable autour de la République des Soviets de tous les mou vements émancipateurs nationaux des colonies et des nationalités opprimées. « Il ne suffit pas, disait-il, de dénon- « cer inlassablement dans toute la pro- 4 pagande et l’agitation des partis com- « munistes — et du haut de la tribune « parlementaire comme en dehors « d’elle — les violations constantes du k principe de l’égalité des nationalités « et des droits des minorités nationa- s les, dans tous les États capitalistes « (et en dépit de leurs « constitutions « démocratiques) »; il faut aussi dé- « montrer sans cesse que le gouverne- « ment des soviets seul peut réaliser « l'égalité des nationalités en unissant « les prolétaires d'abord, l’ensemble « des travailleurs ensuite, dans la lutte onire la bourgeoisie , i fxat aassi, s de la pari des partis communistes, un « concours direct à tous les mouve- • ments révolutionnaires des pays dé- « pendants ou lésés dans leurs droits * (par exemple, en Irlande, parmi les « noirs d Amérique, etc.) et des colo- « nies. * C ~. oell volonté de0terminer ■ ins najionglo Dempmunve err et e Forgamsation et de 1 anchis- at des indigènes coloniaux qui a valu à Lénine toute l’admiration et tou- t i un flanc 6 des prolétaires asiati ¬ ques et africains. Voilà pourquoi, comme le rapporte Gorki, « des villages lointains de l’Inde, « parcourant des' centaines ue verstes « par des sentiers de montagne et à « travers des forêts, en cachette, ris- « quant leur vie, arrivaient à Caboul, à s la mission russe, des Hindous écrasés « sous le joug séculaire des fonction- « naires britanniques ; ils arrivaient '« et demandaient : —• Qui est-ce « Lénine ? ». C’est aussi parce que, à Moscou, au foyer même de la Révolution russe dont Lénine fut. la grande âme, a été créée cette merveilleuse Université des peu ples d’Orient dont nous avons parlé, qu’avec les ouvriers et paysans d’Eu rope, les prolétaires noirs et jaunes ont été douloureusement frappés et qu’ils garderont vivace la mémoire de Lénine qui n’est plus ! « LE PARIA ». INUTILE RÉPRESSION Décidément la France devient le pays le plus réactionnaire. A Lyon, trois étudian tes chinoises, qui avaient assisté à une séance au Congrès National du Parti Com muniste, furent arrêtées à la sortie par les sbires de Poincaroff. La répugnante police du gouvernement ne connaît plus de bornes, elle n’a même plus besoin de lettres de cachet. En s’abattant sur les jeunes on croit étouffer le mouvement ré- volutionnaire qui se propage. La société capitaliste s’effraie de voir jusqu’à ses esclaves se réveiller de l'obscu- rantisme où elle les a toujours tenus. Dans les spasmes de l’agonie, elle frappe comme une insensée ; mais l’idée grandit ; malgré la répression, elle envahit le monde et avec elle le châtiment sera inévitable. : ,=*=-< ALGER Une section de l’Ustica, c’.est-à-dire ae l'Union Syndicale des Techniciens de l'In- dustrie . du Commerce et de l’Agriculture fonctionne depuis peu à Alger. Les ingénieurs, les chimistes, les prati ciens du droit, de la banque, des assuran ces, les agents de maîtrise qui étaient souvent, avant la grande guerre, des sala riés privilégiés, ont vu leur situation rela tive réduite (parfois de moitié) par l'éléva- tion du prix de la vie. Cette élévation di minue aussi et chaque jour davantage les avantages que ces gens de la classe moyen ne tiraient de leurs économies ou des ré- srves patiemment constituées en vue de leur vieillesse. Ils se groupent, à présent, à Alger com me partout ailleurs, sur le terrain syndi cal. NOUVELLE ANNÉE Le Paria rentre dans sa troisième année d existence. Ainsi se trouvent définitivement anéanties les illusions de ceux qui pensaient que notre journal constituait une tentative iné vitablement vouée à 1 échec. Notre position s est consolidée de telle sorte que nous pouvons envisager maintenant une augmentation de no tre tirage. La réorganisation de l'administra- tion du journal va désormais assurer son expé dition régulière et rapide. Si tous les concours que nous escomptons répondent à notre appel, nos camarades ne tardèrent pas à constater l’al lure vigoureusement accentuée de la lutte que nous entendons mener contre l'impérialisme, contre le capitalisme, contre la politique d'ex- ploitation, le régime d'oppression dont souf frent nos frères, la masse des prolétaires indi gènes des colonies. Le P aria est tout entier consacré à ceux-ci, il est créé pour eux. Qu’ils n'hésitent pas à entrer en relation avec: nous. Que chacun prenne à cœur dé nous documenter sur les faits dont il est le témoin. Que chaque cour ner, de partout, nous apporte à foison la subs tance qui coit alimenter notre action- Les actes qui démontrent l’odieux du régime capitaliste aux colonies se reproduisent chaque jour ; il faut inlassablement nous les signaler. A cote de cette collaboration, nos camarades auront à cœur de contribuer par la propagande à la divulgation du Paria. Il faut en faciliter la distribution, en recommander la lecture. Que nos camarades abonnés s empressent d’acquitter le montant échu de leurs abonnements. Que chacun nous envoie sa souscription. Que tous se mettent immédiatement en campagne pour provoquer, et recueillir de nouveaux abonne- ments. C’est par la conjugaison et la versis- tance des efforts que notre œuvre grandira au service des opprimés. LE PARIA. 14631924 Le Recul de l’Occident Le 1 * l'empire chrétien de Byzan déifiai i ivement. Cons- iniino, ‘x mains ’lex T1A • jut. ins .. Lgy[ te, k s parti a enlevaient les neuf ges. Ces deux dates ont une importance égale, elles terminent l’une et l’autre une époque. La prise de Constantinople fut le dernier acte d'expansion des peuples de l’Orient. Depuis lors, tandis que l’Occident crois sait sans discontinug, an force et en puis- sance, l’Orient enregistrait défaites sur dé- faites. Tous les pays d’Orie it étaient. les uns auprès les autres, obligés de se sou mettre. L’histoire des temps modernes est celle de rétablissement d’une double do mination : celle de la bourgeoisie sur le prolétariat et celle de l’Occident sur l’Orient. Novembre 1917 a clos cette période en ce qui concerne la domination sur le pro létariat ; 1924 vient de la clore en ce qui concerne la domination sur l’Orient : la Révolution russe marque le début du recul pour la domination de la bourgeoise ; les élections d’Egypte marquent le début du recul pour la domination de l'Occident. On se rappelle qui est Zagloul. Zagloul est le chef du parti national égyptien, re- vendiquant l'indépendance totale de l’Egyp- te, indépendance de droit et de fait, vis-à- vis de ‘Angleterre. Il y a deux ans, l’An- glelerre crut mettre fin à la lutte pour l’indépendance en arrêtant Zagloul et en le déportant, sans jugement, sous l’Equa- leur, aux Seychelles, où on espérait bien qu’il mourrait rapidement. Mais l’arresta- tion de Zagloul ne fit qu’intensifier l’agita- tion antibritannique. Sous la pression de celle-ci, l’Angleterre dut d’abord ramener Zagloul sous un climat plus tempéré, à Gibraltar, puis, au printemps dernier, le remettre en liberté. C'est celui qu’a proscrit l’Angleterre qui, aujourd’hui, est le maitre de l’Egypte. L’Égypte, pays d’Orient que l’Angleterre avait réduit à un vasselage complet, de fait et de droit, a secoué le joug britan nique. Le protectorat britannique sur l’Egypte était déjà aboli en droit ; aujour d’hui, par l’arrivée au pouvoir de Zagloul, il est aboli en fait. C’est la première fois, depuis le début de s temps modernes, qu’une puissance ca pitaliste occidentale est obligée, sous la seule pression de la population indigène, sans l’intervention d’une puissance occi dentale rivale, d’abandonner des territoi res où elle s’était installée, de reconnaî tre l’indépendance de peuples qu’elle avait soumis. C’est la première fois, depuis 1453, que lOccident recule devant l’Orient À ce titre, quoi que représente Zaglou] au point de vue classe, quoi qu’il soit le re présentant de la bourgeoisie égyptienne et non des travailleurs, bien que demain il traitera, sans doute avec l’Angleterre, mais traitera avec elle en égal et non en vassal, la victoire de Zagloul est une date aussi importante que celle de la prise de Constantinople. Elle est le prélude d’un recul général de la domination de l’Europe sur les peuples d’Asie et d’Afrique. R. LOUZON. De l'exil au ministère Le Caire, 27 janvier. — (Havas). — Za gloul pacha a' accepté les fonctions de premier ministre égyptien. PARIS... Ville lumière! J’ai souvent entendu commenter les beautés de la Ville Lumière par des bour geois algériens ou p< r des indigènes qui, comme la grenouille de la fable, singeaient les bourgeois. Avec quels transports d'ad- miration ils vous décrivaient à leur retour de Paris toutes les merveilles de la Ca pitale ! Avec extase. ils vous parlaient des Champs-Elysées, des grands boulevards, de Montmartre, des cabarets à la mode, des prostituées de luxe. Cei tains ont visité des monuments, des musées ; d'autres ont as sisté aux courses, aux exhibitions de cuis ses des Folies-Bergère, ou aux orgies des gens bien élevés où on se saoule avec du champagne et où on pris, la « coco ». Pas un n’a rendu visite à ses nationaux, ceux qu’on appelle en France comme par dé- rision, les sidis (les messieurs). Et pour tant, il y en a, des Algériens, à Paris. Ils sont des dizaines et des dizaines de mil liers qui se tuent dans les usines, qui dé périssent dans les quartiers de Grenelle, dans les bouges du boulevard de la Gare, de la. Villette. Ils les auraient complètement oubliés si une presse servile ne s'était ameutée con tre ces damnés du régime capitaliste, pour le crime qu’un des leurs, un fou, a com mis. Là seulement, ils protestèrent contre les ordures dont on gratijnit leurs frères et dont ils recevaient aboussures. Ils virent que les sidis, « héros de Char- leroi », ceux qu’on avai encensés de louan ges, ceux qu’on avait couverts de fleurs pour leur bravoure ou [ lutôt pour la doci lité avec laquelle ils te laissaient massa crer sur les champs de carnage de la Mar ne et de l'Yser, ne lurent plus que des vulgaires bicots, la vermine qu’on exploi te, les pestiférés qu. contaminaient la grande ville, la ville -u plaisir et de la débauche, la ville des touristes et.... de la grande armée prolétarenne. J’aurais voulu que toute cette « Elite » algérienne qui se pâme d’extase devant la Ville Lumière se hasarde, si elle ne croit pas à la honte, et rende visite à ses na tionaux, ses frères miséreux. Elle verra, place, d’Italie, rue NVati ‘Ale ou de la Croi-Nivenf comm race ' abyl sain ‘ yarv/ Ur . O . C, - "H* t * - industriel. Ils n’ont plus que des mines terreuses, pâles ; le geste las, le corps abattu de l’ou vrier fourbu qui s’use graduellement dans la fabrique. En effet, ils sont devenus les syphilitiques, les chiens malades qu’il faut chasser à coups de trique ; ils n’ont pour tant e chance ‘S- tantinople, car le caitalisme a besoin d’eux. Il faut les fain crever sous la be sogne. Pour les récomenser, on leur élè ve (à leurs frais) une nosquée (qui vaudra le prix de dix maison ouvrières), où ils pourront remercier ce Leu musulman que l’impérialisme européen exécrait tant et qu’aujourd’hui il cajol Et avec lui ils loueront la France et Bu Ghabrit. Le soir, comme des chiens errnts, ils iront men dier un logis dans ui hôtel borgne ou, pour trois francs par été et par nuit, ils coucheront six dans me chambre nau séabonde et reprendron le lendemain leur place au timon du cha capitaliste. J’en ai vu qui, leur tuvail fini, viennent s’attabler dans les nbreuses gargotes tout autour des usines. Iis sont là, assis devant un verre de th, une ratatouille, reposant leurs muscles meurtris, essayant de refaire cette force c travail qui rem plit les coffres capitalises. H y en a plus de quarante, dans une ièce grande com me la main, passant les moments de répit que leur laisse la fabique pendant leur exil. Ils vivent seuls, sms femme, imbus de leurs mœurs patrie cales. Ils ne peu vent amener celles qu‘‘s ont laissées là- bas. Ils préfèrent vivre dans l’abstinence, rogner sur le nécessaire pour envoyer à leurs enfants, aux vieux parents qu’ils ont laissés sous la botte dl colonialisme. Ils préfèrent cette misère, Atte privation d’un foyer, cette vie précaire et jouir d’une li berté factice. Si l’un d\ux sent ses désirs de la chair devenir impérieux, il fera cette folie, il fera le sacrifice le plusieurs heures de travail, il rôdera dan* ces ruelles obscu res de la rue Nationale ou de la Cité Do- ré. Là, la société bourgeoise qui trafique même de l’amour le poirvoira de prosti tuées. Une fille en savaes, fortement far dée, une déclassée, victin du régime pour ri, satisfera son besoit naturel. Comme tous les malheureux, il e contentera, com me lorsqu’il va chez le boucher, des vian des de dernier choix, des morceaux dou teux et .à la portée de sa bourse. Bien d’étonnant qu’il ne devenne le syphiliti que ; il aurait peut-être moins de risques avec les « poules » de luxe, mais celles- là sont exclusivement pour les vicieux bourgeois. Inévitablement, un jour viendra où les plus" jeunes, par besoin, piétineront les tra ditions, feront venir leu’s épouses. Alors, ce sera la fin, les Algériens seront, au grand effroi des colois, complètement émancipés (quelle ironie!) ; la femme mu sulmane, que la religior avait laissée jus que-là réfractaire, sera fatalement jetée dans l’enfer des usines de la société capi taliste moderne. Ali BABA. COLONIAUX ! « LE PARIA » EST VOTRE JOURNAL. LISEZ-LE ET FAITES-LE LIRE. M. Albert Sarraut et la Déclaration des Droits de l’Homme C était pour le droit que des millions d’êtres humains ont été tués pendant la grande guerre. En même temps que leurs pauvres cadavres, le droit, pour lequel ils se sont sacrifiés, est enterré dans le plus profond oubli. Plus fort que les canons, les hommes dEtat gueulaient aux quatre coins du monde : droit ! droit ! droit ! Mais aussitôt que la tuerie a cessé, aussitôt que le dan ger est passé, on n’entend plus parler de cet animal. A Versailles comme à Genève, à Boulogne comme à Washington, le droit est remplacé par le charbon, la houille, le pétrole, les colonies. Un autre droit est né, sous une autre forme, plus hideuse et plus infâme : le droit du plus fort. C’est par ce droit qu’on a voulu assassiner la Russie révolutionnai re. C’est par ce droit quon veut faire de l’Allemagne un cimetière et un champ de ruines. C est par ce droit quon cherche à se partager la Chine. C’est enfin par ce droit que l’on plonge le plus profondément dans l’esclavage les peuples des colonies ; ces colonies qui ont donné, pour la défense du droit. 978.000 de leurs enfants, dont 340.000 ont laissé leur peau sur les champs de bataille J ces colonies dont on compte sucer jusqu’à la moelle des os, pour « res taurer la prospérité de la mère Patrie », ces colonies qu’on prive aujourd'hui des 300.000 des plus jeunes et des plus vigou reux soutiens, pour en faire la chair, en réserve, à canon, pour la prochaine guerre du droit. Malgré cette triste vérité, le monde s’y serait habitué avec la philosophie et l’iner tie qui lui sont habituelles, si l'on venait chatouiller son fatalisme. Or, ,M. Albert Sarraut, ministre des Colonies et cham pion du droit des indigènes des colonies, vient, avec sa langue incorrigible, d'égra- tigner le fanatisme de ses « nègres ». Pour donner plus de relief à son discours a l’Ecole Coloniale, il a — après avoir dé bité les mêmes gestes théâtraux, le même style ronflant et ride, les mêmes clichés usés et retapés qui finissent - ' ner ses clients -- parlé de la l’Hor Non 1 loque ISqL tes exploiteurs et Up. Droits de o gr -ane, - . de futurs colonies, la Déclaration des Droits ue l’Homme, cet acrobate de rhétorique avait probablement perdu tout son équilibre mental ce jour-là ! On a bien, avant lui et comme lui, cou vert les crimes, les filouteries, les massa- cres sous Le-manteau de la civilisation ou au nom du Droit, mais on a toujours fait cela avec une certaine mesure de réserve et de pudeur. Tandis que c'est avec une superbe effronterie que cet homme d'al- cool et d’opium, ce protecteur des bandes de Fourn et de Beaudoin, a parié de l’acte le plus sacré, le plus noble de la Grande Révolution Française. Ce n’est plus une hypocrisie. C’est un sacrilège. A bien réfléchir, j’ai peut-être eu tort de méconnaître le grand cœur et l’esprit gé néreux de notre ministre. Qui sait si, en évoquant la Déclaration qui a rendu, im mortelle la Révolution Française, M. Albert Sarraut n’a pas voulu employer une tac tique tournante pour rappeler les peuples des colonies à leurs véritables devoirs ? De l’avenue de l’Observatoire, il avait pro bablement l'intention, par sa voix puis sante, d’inviter ces peuples à suivre la glorieuse trace de ses ancêtres et à lutter, comme ceux-ci ont fait, pour leur éman cipation et pour leur droit. « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits... Ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’op pression. » Liberté, résistance à l'oppression. Voilà ce que le ministre voulait faire compren dre à « ses frères de couleur » qui, bien que abominablement opprimés par le plus révoltant impérialisme, ne continuent pas moins à ronfler dans la plus profonde lé thargie. Nous, enfants des colonies, nous serions de véritables lâches si, à l’appel de notre « grand frère », nous ne répondions unani- ment : présent ! N... Entre Profiteurs On lit dans les journaux : CREDIT FONCIER D’ALGERIE ET DE TUNISIE. — Le Conseil d'administration du Crédit Foncier d'Algérie et de. Tunisie, pour -comLlci' une oacuïtee qui s'étale ptu- duite a Alger parmi ses membres, vient de désigner comme administrateur Si Moha med El Guebbas, Grand Vizir honoraire de Sa Majesté Chérifienne, président du Conseil Supérieur de T enseignement^ mu sulman, Grand Officier de la L'egion d'Honneur. > El Guebbas a servi successivement le sultan marocain Mouley Aziz, puis Mou- ley Halid qui détrôna le premier, puis le proconsul Liautey. C’est un grand pro priétaire de terres, de maisons ; fi sait faire « suer le burnous. » Les profiteurs musulmans ou chrétiens s'entendent à merveille ; ils se partagent les honneurs, les prébendes, 1 s jetons de présence des entreprises capital J st 33. HOME RULE POUR L’AFRIQUE Nous recevons de notre camarade Ngu yen Aï Ouâc la traduction suivante du Manchester Guardian : L© Comité Exécutif du 3 e Congrès Pan- Africain, réuni à Londres et à Lisbonne, considère les points suivants comme les besoins légitimes et immédiats pour le peu pie africain : 1. La possibilité de faire entendre k ur voix dans les affaires du gouvernement colonial. 2. Le droit d’exploiter la terre et ses ressources. 3. Le droit d’être jugé par le jury et les élus dans les formes établies par la loi. 4. Education élémentaire gratuite pour tous, enseignement professionnel dans la technique industrielle moderne, éducation supérieure pour les plus capables. 5. Développement de l’Afrique au profit des Africains et non pas exclusivement au profit des Blancs. 6. Abolition du trafic d’esclaves et de la vente de liqueurs. 7. Désarmement général et abolition de la guerre ; mais, si cela n’est pas possible et que si les Blancs continuent à s’armer contre les Noirs, ceux-ci doivent avoir le droit de porter les armes pour se défen dre. 8. L’organisation du commerce et de l‘in dustrie afin de servir le bien-être de tous au lieu de l’enrichissement de quelques- uns. Ce sont, dit le Comité, les huit reven dications générales et irréductibles de no tre peuple. Nous demandons, en particu lier, pour les sujets de la Grande-Breta gne en Afrique., ‘institution du Home Rule et d’un gouvernement responsable, sans distinction de race et de couleur.. Nous demandons que, dans les pays tels que la Nigéria du Nord, l’Uganda' et la Basutoland, l’éducation, ‘industrie et la loi indigène soient développées afin de mener les masses au Home Rule, à l’indépend in- ce économique et à la participation éve n tuelle au gouvernement général du pays. Nous demandons, pour l’Afrique frai so, l’extension du droil de citoyen et de vote, la représentation au Parler * Pou, ' 'H, Rhodésia je prupniele iciere aux mdr 18 participation au gouvernement, r abolition de la prétention d’une minorité de Blancs de dominer sur la majorité des Noirs, et même d’empêcher ces derniers de faire appel au monde civilisé. Pour les nations indépendantes d’Abys- sinie, de Haïti et de Liberia, nous deman dons non seulement l’intégrité politique, mais encore ï émancipation eccnomique des monopoles et de l’usure des argentiers in ternationaux. Nous demandons, pour les Noirs d’Amé rique, l’abolition de la « justice populai re » et du lynchage, l’abolition des castes, le plein droit de citoyen pour tous sans distinction de race et de couleur. Nous demandons la restitution du Sou dan égyptien à une Egypte indépendante. Nous demandons, pour l’Afrinue portu gaise, l’abolition du monopole de l’escla- vage. financé en Angleterre et en France, qui réduit à néant le code libéral que le Portugal a introduit dans le Mozambique. Nous demandons que le Brésil et l’Amé rique ne résolvent pas le problème des descendants des Africains en se bornant simplement à une politique d’absorption sans accorder aux Noirs le droit plein et entier. Nous demandons, enfin, au monde en tier. que les Noirs soient traités comme des hommes. Nous ne voyons, pour la paix et pour le progrès, d’autre chemin. Quelle est la figure la plus paradoxale que fasse le monde aujourd’hui, que celle d’un chef d’un grand État africain qui, tout en cher chant aveuglément à reconstruire la paix et la concorde en Europe, écrase impitoya blement sous ses bottes des millions de Noirs du continent africain ? The Manchester Guardian. • Tribune de F Indochine 1 SOUVENONS-NOUS ! Ils sont deux frères et deux condamnés politiques et ils rentrent au pays natal après dix ans de bagne. L’un s’appelle Phan-tien-Phong et l’autre, Phan-trong- Kiên. Leur crime ? Personne ne le sait, mais le fait est que la France protectrice les a gratifiés en même temps, le premier . de cinq ans de bannissement ; le second, de dix ans de déportation. Tous nos- compatriotes, je l’espère du moins, ont gravé dans leur mémoire, les circonstances stupides de l’arrestation des deux frères et les attendus criminels de la Commission d’Hanoï, improvisée- en 1913 sous le proconsulat de M. Sarraut, et pais aussi, je pense, la froide dignité avec la quelle M. Phong et M. Kiên ont répondu aux tortionnaires. Détail à se rappeler : M. Phong n’avait pas voulu laisser son frè re s’ennuyer seul à la Nouvelle-Calédonie et tous deux sont partis ensemble pour la même destination et tous deux ont emme né. dans leur exil, les enfants. Et voici que, après dix années d’absen ce, 1924 les rend à leur pays. Hélas ! des centaines d’autres, condamnés politiques comme eux, sont restés là-bas, à la Non- ### [Trang 2] velle-Calédonie, à la Guyane, à Poulo-Con- I dore tu Dia Ngue pour toujours ' On dit que le got ornement colonial, imitant la générosi d‘a près-guerre du gouverne- ment métr polilain, a accordé à MM. Phan ur , larme d’amnistie. Mais pourquoi un demi-geste ? Pourquoi retirer d’une main ce que l’on offre de l’autre main ?.Allons, mes bons Messieurs les coloniaux, mettez-y au moins la forme et que l’amnistie soit intégrale et générale s’il en est temps en core. Et vous qui revenez parmi nous,Monsieur Phong et Monsieur Kien, permettez-moi de vous rappeler, discrètement, à la mémoire des hommes .de ma génération qui est celle de vos fils : M - amis, souvenons-nous et que nos pot il s-enfants se souviennent. Il TELLE MERE, TEL FILS « L’abominable vénalité de la presse fran çaise ! » Sous ce titre, VHumande stigma tise. avec des preuves irréfutables prove nant des archives tsaristes, une foule de grands journaux métropolitains... « bien pensants ». Concluez de là tout ce que vous voudrez ; pour moi, mon impression est bien simple : à part l’élément peuple, tra vailleur, honnête et malheureux comme partout, la Mère-Patrie, hélas ! ne vaut pas cher. Cela dit, j’arrive aux bâtards que la ma râtre destine aux colonies. A tout seigneur, tout honneur. 1° M. Doumer, ancien gouverneur de l’In dochine est un énergique patriote ; il vou lait, au temps de son proconsulat, conqué rir pour la Franco, qu’il aime par-dessus tout, le Yunam et même la Chine entiè re ; d’ailleurs, M. Doumer est bien connu des Annamites, mais M. Doumer est aussi un maître-chanteur. L’UNIVERSITE DES PEUPLES D’ORIENT 5 février 1914. Monsieur le Président, ... A cette conférence, il y avait M. Doumer, qui a parlé des journaux de province qu’il pa tronne et dont l’agent m’avait demandé 15.000 francs par journal, soit 90.000 francs an. J’ai dit à cet agent et à M. Doumer que c’était impossible, que le budget total ne dépassait pas 160.000 francs et que jamais on ne trou verait à demander 90.000 francs pour cette pu- blicité à la Douma. A grand’peine, on aurait 3 ou 4.000 francs par journal, et encore je n’en répondrais pas. Cette défense minutieuse des intérêts du Trésor n’augmente pas ma popu larité. Votre très obéissant serviteur, A. Raffalovitch. 2° Où il est question de MM. Sarraut frè res, dont l’un (Albert), est ancien et futur gouverneur de l’Indochine et ministre ac tuel des Colonies, c’est lorsque la Dépêche de Toulouse montre son beat d’oreille : Paris, le 2 juillet 1910. Monsieur le Ministre, ...J’ai eu ce malin la visite du représentant de la Dépêche de Toulouse, le grand journal radical qui paraît dais le sud et le sud-ouest de la France et qui a un tirage de 300.000 exem- plaires À la tête se trouve le frère du sous- secrétaire d’Etat à la Guerre, Sarraut. C’est un journal le couleur radicale que M. Lelcassé pf ege aussi m’a affirmé son rédaccur. J’ai répondu à M. Cesvet qui voulait les tirages d’amortissement, que cela ne dépendait en au cune f ‘a moi, que depuis que la Douma for - dits étaient ir- mprimés a Unarenere < red "a. yle l’on se faisait des illusions sur . les journaux en retiraient, quelques milliers G. irancs à peine. Valait-il la peine de remuer ciel et terre, le mettre en mouvement M. Louis Del- (Suite) quel ordre et quel intérêt ils suivent les conférences éducatives qui leur sont faites par les meilleurs philosophes et savants russes ! Parfois, ils vont au théâtre ou sont invités aux soirées données par leurs ca marades de la fameuse Université de Sverd- lov ou de celle des peuples d’Occident. A l’université les élèves sont nourris, logés, habillés, blanchis aux frais du com missariat de l’Instruction publique. On les pourvoit des fournitures scolaires et du nécessaire de toilette ; ils reçoivent en plus un traitement mensuel comme argent de poche. Ils ne sont pas astreints à de stupides règlements comme dans les insti tutions bourgeoises. Avec leurs camarades féminins ils sont d’une conduite parfaite et d’une moralité au-dessus de tout re proche. Dans l’immense monastère de Strasnoï qui, sous le régime tsariste, abritait une multitude de moines improductifs, et au jourd’hui transformé en infirmerie de l’université, les étudiants reçoivent les soins médicaux. Dans chacune des petites chambres où logeaient autrefois des nones inutiles sont rangés aujourd’hui deux pe tits lits blancs avec des draps immaculés, où les malades se reposent, soignés par des médecins émérites et d’une camara derie touchante, par des infirmières d’une bonté exquise. L’été, les étudiants passent leurs vacan ces dans les maisons de campagne. Cer tains vont en Crimée ou au Caucase, d’au tres préfèrent entrer dans les usines ou les administrations soviétiques. Dans les usines ils sont en contact avec les ou vriers, acquièrent des connaissances pra tiques sur l’organisation des syndicats, sur l’amélioration apportée à la vie ou vrière et de plus apprennent un métier qui leur servira dans la vie. J’ai visité une de leurs maisons de re pos, à 80 kilomètres de Moscou. Un grand domaine, jadis propriété d’un grand-duc. Dans le magnifique palais du seigneur ex proprié, deux cents ouvriers et paysans orientaux passaient leurs trois mois de villégiature. Sur les pelouses d’un merveil leux jardin anglais, artistiquement entre tenu, des Arabes, des Chinois, des Turcs, des Annamites, des Persans prenaient leurs ébats. Sous les bouleaux d’un parc séculaire qui n’avait jamais connu tant de gaieté et surtout tant de peuples, les étudiants orientaux chantaient, tandis que d’autres, couchés sur l’herbe, dévoraient la littérature marxiste. Dans la ferme modèle, ceux qui suivaient les cours d’agronomie pratique bêchaient, semaient dis que hectares, marades de leurs cassé et d’autres ? N'EMFECUE QUE SI, MOYENNANT QUEL QUES MUA E FRANCS, ON PEUT S'ATTACHER Dl- LA SORTE LA DEPECHE, IL FAUDRAIT LE FAIRE. Mais il faudra causer avec M. Sar- raut. Votre Ezcellerce sait eu au risque d’une impopularité personnelle parfois gênante, je dé fends les intérêts du Trésor contre l’avidité des gens de plume. On a raconte qu’un M. Rénier, derrière le quel il y a un consortium de gens du monde, a affermé 8 bulletins financiers : Petit Parisien, 600.000 franc- : Echo de Paris, 300.000 francs ; Gaulois. 300.000 francs ; le Siècle, YAction Française, la Libre Parole, etc. Il gagne cette année beaucoup d’argent, mais il recommande toutes les saletés imaginables (caoutchouc, pé trole. etc.). Quelles mœurs bizarres ! Votre très obéissant serviteur, A. Raffalovitch. retentit d’une voix puissante, poussée par cent poitrines d’hommes et de femmes ré solus, un magnifique chant révolutionnaire turc. Puis viennent des Caucasiens avec leurs bonnets de fourrure astrakan, puis des Chinois, des Hindous ; ils ne finissent pas de défiler, tout Moscou les applau dit. C’est l’Orient qui se réveille ; c’est cette jeunesse qui abattra l’impérialisme. Et quand leur cortège s’est éloigné suivi des clameurs de h foule, leur musique m’envoie encore les accents de i'Interna- tionale. De loin- ils me remplissent d’un bien-être indescriptible ; comme des ondes bienfaisantes ils vibrent, et je ne peux m’empêcher d’admirer l’œuvre grandiose accomplie par la Russie révolutionnaire : cette union des raies, qui sera le genre humain. Puis je ire révolte d’indignation contre cette note Curzon qui qualifiait de propagande la sublime solidarité de classe, le secours porté par les ouvriers et pay sans russes à leur ères encore exploités : les travailleurs des peuples d’Orient. A côté des merveilleuses espérances qui résultent de tout c que nous venons de dire, pourquoi nos camarades noirs afri cains permettent-ils chez nous une impres sion d’inquiétude et de tristesse ? Seuls ils n’avaient pas de représentant à l’Univer sité. A côté des Hdous, des Annamites, des Arabes, on remarquait l’absence de délégués noirs. N’y aurait-il plut de descendants de Boulai ? Les noirs qui sacrifièrent aux Antilles, leur vie à la liberté, pendant les luttes épiques de la période esclavagiste ? Tous ceux qui tombèrent pendant la con quête du continent noir, entreprise par le capitalisme européen ? Tous ces morts connus ou anonymes, sont-ils disparus sans postérité ? eu les fils seraient-ils moins grands que es pères ? Nous posons cette question à nos frères noirs. Qu’ils se hâtent de rejoindre tous les autres exploités : « Ceux qui vont dans la vie épris d’un but (sublime, « Avant devant les yeux, sans cesse nuit et [jour, « Ou quelque saint labeur ou quelque grand [amour. » ALIBABA. ou conduisaient la charrue, tan- dans le lac grand de plusieurs plus de cinquante de leurs ca se baignaient, emplissant l’air rire s et de leurs jeux bruyants. Le soir, après leurs travaux, les pay sans russes des villages voisins venaient par bandes pour danser et fraterniser avec les « Bostotchmis )) (en russe « Orien- Oh les aimait' tant ces « Orien- taux »). tau hourras templer. m plus de leur affabilité cou- ntéressaient par leurs dis- tes et ge -o rues issan"os qu’ils is de --- - --iUi ib de Moscou, ue la foule accourue pour ils défilaient dans quelque Pauvre Guadeloupe! Les élections ‘atives s’annoncent, se déchaîne. La camarilla 10 La Compagnie Gcuerale Transatlantique s’enrichit aux frais de la Princesse, qui paie les déplacemens de la plupart de nos politiciens. Tous affolés d’orgueil, tous aveuglés d’ambition, tous assoiffés d’or, ils pren nent le courrier et viennent ici augmen ter le nombre de ceux que l’un d’entre eux, sans réfléchir, a appelée : « Ces Messieurs de Paris. » C’est à qui mieux mieux 19 combinaison. Le peupie, tromipe, bafoué, ne veut pas voir clair dans le jeu de nos démagogues. Il reste plongé dans un sommeil léthar gique. Pendant ce temps, nos impitoyables ven- deurs sont au mruché. Les prix se débat- TA1nr aumire s sous les j les con- ma- nifestations du 1 er mai ou de l’anniversaire de la commune de Paris, rangés par qua tre et sur une longueur interminable. Ils passaient la tête fière, moulés dans leurs parueesus militaires comme ceux ue Yar- mée rouge, disciplinés et arborant leurs traditionnels étendards rouges. Ceux-ci sont des Turcs ; je les reconnais à leur haute taille, à leurs bannières recouvertes d’inscriptions arabes, d’une calligraphie décorative. En lettres d’or et se détachant du drap couleur de sang, je peux lire l’universel cri de ralliement : la Çaâalik Djamiâ el-Aalem Ethahaddau (4). Et tout mon être s’enflamme, quand près de moi (1) Prolétaires de tous les pays, unissez-vous. s. les comt- ' 31- derme pur le in p oe trafic électoral X... dire . « Mulâtres, debouts ! » Y... dira ; « « Blancs, Nègres, en avant ! » Z... dira sachons bien manœuvrer! » La Servilité de la Presse coloniale indigène J’aurais voulu que tous mes frères co loniaux- suivissent dans T Humanité les ré vélations publiées sur l’immonde vénalité de la presse bourgeoise. Ils se feraient une opinion sur tout ce que le métier de jour naliste contient de plus malpropre et de plus corrompu. Combien d’intellectuels coloniaux croient à l’honnêteté de ces 1 journaux « libres », qui trompent les masses par leurs tribu- nes i libres » et leurs campagnes huma- nitaires. ’ — • / Dans la société actuelle où tout est mar chandise, où pour de l’agent on fait com mercé'de Di eu, de la Patrie, de l’Honneur, de la Pensée, de toutes les idéologies et préceptes moraux dont on se sert pour contenir les masses exploitées, la presse n’est qu’une fille publique qui se donne à tous les magnats de la finance et leurs souteneurs les parlementaires. Tous les. documents étalés dans l'Huma nité et qui sont d’une authenticité irréfu table ne lèvent qu’un coin du rideau der rière lequel s’abrite toute cette fange, cet amas de fumier que représente le régime capitaliste. Il faudrait des volumes pour exposer tous les tripotages et les crimes de cette bourgeoisie européenne qui, de vant les peuples qu’elle opprime, se pose en champion de la justice, et de la civili sation. Et, quand on voit l'abominable pres se métropolitaine se vendre à des nations étrangères, tsaristes ou autres, pour es croquer l’économie de ses nationaux, on ne s’étonne plus des campagnes menées, con tre les indigènes, par tous ces journaux que l'impérialisme répand dans les colo nies. Mais, ce qui répugne, ce sont tous ces canards, d’une certaine presse indigène, qui affichent des titres progressistes, se proclament défenseurs des intérêts des co loniaux et qui, véritablement, servent ceux du colonialisme. Cette presse est dirigée par une bourgeoi sie abjecte qui, en dépit de son rôle histo rique, se fait le bas valet du capitalisme européen qui la soudoie. A ses malheureur concitoyens opprimés, affamés, elleprche la passivité l'amour du conquérant sa magnanimité. Et quand les conditions’éco nomiques deviennent intenables pour les miséreux qu’on tient sous la botte, quand leur mouvement de colère et de révolte de vient alarmant, elle le canalise et l'étouffe par des promesses, par des projets de mol les réformes qu’on n’exécute d’ailleurs ja mais. Il est temps que la masse des exploités se réveille, qu’elle retire sa confiance à tous ces vendus, ces bourgeois ignobles à qui on paye la lâcheté et la trahison par des décorations et des sinécures. Il est temps qu’elle rejette toute cette clique d’en tremetteurs, de maquignons tarés, de dé magogues et qu’elle mette sa confiance en elle-même. Qu’elle exprime sa volonté dans les organes vraiment prolétariens, dans une presse où on ne fait pas de journa lisme (la besogne est trop infcts pour les honnêtes gens), une presse de classe, épu rée de carriéristes, et qui représente ce que la classe ouvrière a de plus avancé, de plus combatif : « la presse communiste ». Les plus chanceux, aidés de la corrup tion administrative, auront raison d’avoir vendu la peau de Tours avant de l’avoir tu” " - me guin. ‘ . ils sont sûrs d’être élis: Voilà où en est non pays ! Electeurs, restez Lez vous. Vous n’avez nul intérêt à suiyr aucun de ces miséra bles ! Attendez lorienation nouvelle d’une politique vierge de toutes souillures, une politique qui condira le monde du tra vail vers son émaripation totale. Le souffle régérrateur du socialisme, qui, en 1891, avait ait naître en vos cœurs tant de belles esérances, pénétrera de L’EXPORTATION DU CAPITAL Elle seule peut exprimer ses " et mettre à nu toutes le' elle est victime. dications ons dont VLB. L’exportation du capital exerce dans les pays où s’introduit le capital, une grande influence sur le développement capitaliste, puissamment accéléré. S’il peut donc, dans une certaine mesure, provoquer l’arrêt de développement des pays exportateurs, ce n’est jamais qu’en étendant et en appro- fondissant le développement capitaliste dans le monde entier. Presque toujours les pays exportateurs de capital peuvent obtenir des « avanta ges » qui jettent quelque lumière sur le caractère particulier de l’ère du capital financier et des monopoles. On pouvait par exemple, lire en octobre 1913, dans la re vue berlinoise la Bank, les lignes qui sui vent ; « Une comédie digne de la plume d'Aris tophane se joue sur le marché financier in ternational. Divers États. de l'Espagne aux Balkans, de la Russie à l'Argentine, du Brésil à la Chine, sollicitent avec une in sistance parfois tout à fait importune, des emprunts. Les marchés financiers ne sont pas aujourd'hui dans une situation très brillante et les perspectives politiques ne sont pas des meilleures. Mais aucun mar ché financier ne se décide à refuser l'em prunt, craignant que son voisin n'y con sente et n'obtienne en échange des services appréciables. Dans les transactions de cette sorte, le prêteur obtient presque tou jours quelque chose : un traité de com merce avantageux, une mine, la construc tion d'un port, une concession fructueuse^ une commande de canons ». Le capital financier a créé l’époque des monopoles, et les monopoles introduisent partout leurs mœurs : l’utilisation des re lations pour des transactions avantageu ses se substitue sur le marché à la con currence. Rien n’est plus ordinaire que de poser, avant d’accorder un emprunt, cette' condition q’zne partie en sera dépensée en achats dans les pays prêteurs, surtout en commandes d'armements ou de bateaux. Au cours de ces deux dernières décades, la France a souyent en recours à ce moyen. L’exportation des capitaux à l’étranger devient ainsi un moyen d’encou- rager l’exportation des marchandises. Les transactions, surtout entre grandes entre prises, revêtent dans ces circonstances, un caractère tel, qu’elles confinent, pour s’ex primer comme Schilder, par un euphémis me, à la corruption. Krupp, en Allemagne, Schneider, en France, Armstrong, en An gleterre, nous offrent le modèle de firmes attachées à des banques toutes-puissantes et à des gouvernements, qu’il n’est pas facile d’ « éviter » en concluant un em prunt. La France, prêtant à la Russie, obtint par le traité de commerce du 16 septempre 1905, des avantages devant durer jusqu’en 1917. Elle fit de même à l’occasion du trai. $6 de cunerce franco-japonais du i !'>•. 1911. La lutte douanière entre ‘Autriche et la Serbie, qui a duré, après une înter ■ ruption de sept mois, de 1906 à 1911 fut en partie causée par la concurrence de l’Autriche et de la France dans le ravi taillement de la Serbie en ouruitares de guerre ; en janvier 1912, M. Pa . Descha. | nel déclara’ 1 * la Chambre que les Groie ancises anli, de 1918 * 102 . gI Langue internationale 3° Le Temps, lors de l’arrivée de Khaï Dinh a consacré 5, 6 articles élogieux pour l'empereur-paille, pour l’instrument impé rial de l’impérialisme français, et, par voie de conséquence, pour le ministre-chair, pour l’auteur de la théorique « mise en valeur des colonies », le Temps, nous l'avons dit l’année dernière, a reçu 40.000 francs. Il ne faut pas lui en vouloir, étant donnés ses précédents (ef. L'Humanité) ; 4° Un mot sur Le Figaro qui, lui aussi, a flagorné Khaï Dinh-Sarraut Albert et les ignobles hétaïres de toutes les catégories. On sait que Le Figaro a une page coloniale hebdomadaire où d’éminents écrivains exer cent leur plume et leur besogne de bour rage (M. de Pouvourville). Une remarque en passant : Tous les grands journaux de la métropole ont maintenant leur page co loniale et beaucoup d’écrivains se font cri tiques coloniaux. Exemple : lAOEuvm (Pierre Mille). 0 temps ! ô mœurs ! Sans parler de la pléthore des journaux colo niaux. Exemple : Le Trait-d'Union, de Paris qui a paru pendant le temps nécessaire pour exhiber deux portraits de M.'Sarraut Albert. Revenons au Figaro et demandons- lui ce qu’il gagnait au ministère des Finan ces russes ? Ou plutôt feuilletons L'Huma nité. Après cela, comment s’étonner que la corruption sous forme de subventions (ou vertes ou déguisées) accordées aux jour naux, est appliquée avec autant de fer veur aux colonies, à l’Indochine en parti culier ? Il y là, ma foi, un pelit cha pitre que vous, Monsieur Sarraut Albert, avec votre éloquence coutumière, vous au riez pu développer dans votre « Mise en valeur des Colonies ». « Comme chez la Mère-Patrie », disait notre camarade Nguyen aï quâc. Et moi, je proclame : « Telle mère, tel fils », la Mé tropole ne vaut pas cher, les colons, pas davantage. Donc, Révolution, viens où tu voudras. Ng. the Truyên. nouveau en vos ânes déçues. Cette fois, ce, n sera pas un homme, ni la couleur de s. peau, mais le socialis- me, au sens le pus large du mot, qui viendra apporter parmi vous un peu plus de bien-être et de liberté ! Patientez, électers ! Ce temps viendra. En attendant, tr mpés par tous ceux q ' oseront encore se présenter devant votl jury, prochainement, vous devrez leur cracher à la face otre mépris et votre dé goût ; car, pris ans un sens ou dans rui re un autre, tous ces compères se valent. Le meilleur moren est de rester chez vous. Pauvre Guadeloipe ! C’est bien triste, quatre siècls de lumière ! après Gothon-Lunion, candidq aux élections muni cipale dernières du Gosier, étudimt en Droit à Paris. Travail exécité par des ouvriers syndiqués Le Gérait, : Léopold MESNARD. On parle beaucoup, et avec raison, de la solidarité internationale qui relie les tra vailleurs de tous le. ,2ys. LGS circonstan ces actuelles montrent que les prolétaires doivent suivre avec la plus grande atten tion les événements internationaux. Ils doivent entrer en relations directes avec leurs frères, les exploités du monde entier, afin de les mieux comprendre, les appré cier, les soutenir dans leur lutte émanci patrice. Pour cela, il leur suffit de faire un léger effort, et de consacrer quelques soirées d’hiver à l’étude de la langue in ternationale. L’esperanto vit et se développe depuis trente-cinq ans ; ce n’est plus un projet ; c’est une langue vivante que tout travail leur peut utiliser. Au bout de quelques se maines d’études, la Fédération Espéran- tiste Ouvrière pourra vous mettre en rap port avec des prolétaires espérantistes dans tous les pays que vous lui indiquerez. Quand on sait à quel point l’esperanto est utilisé par les ennemis du prolétariat, et notamment par les catholiques, les poli ciers, les commerçants, les nationalistes, etc., on se dit qu’il est grand temps de le mettre également au service de la classe ouvrière. Ceux qui désirent avoir des correspon dants, des amis, dans tous les pays, ceux qui veulent la disparition des frontières linguistiques, éternel obstacle à la frater nité des travailleurs, apprennent et utili sent l’esperanto. Pour cela, ils se font inscrire au Cours Gratuit par Correspondance dirigé par la Fédération Espérantiste Ou vrière. Renseignements contre timbre au siège de la Fédération. 177, rue de Bagnolet, Paris (20 e ). a la Ser‘ pour F .000.000 je mater guerre. Un rapport du consul austr -hongrois à Sao-Paulo (Brésil) dit : « La co:. ^r. etion des chemins de fer brésiliens est yr icipa- lement l'œuvre des capitaux fruvia^, bel. ges, britanniques et allemands. Les pays, intéressés CuAenneni, au cours des opéra tions financières préliminaires, des com mandes de matériel de transport ». Le capital financier étend ainsi, littéra lement, ses tentacules sur le monde en tier. Les banques fondées dans les colo nies ou leurs succursales, jouent dans ces conjonctures, un rôle important. Les im périalistes allemands considèrent avec en vie les anciens pays colonisateurs qui se sont, en cette matière, bien installés. L’An gleterre avait, en 1904, 50 banques colo niales possédant 2.279 succursales (en 1910; elle en avait 70 avec 5.449 succursales) ; la France en avait 20 avec 136 succursales, la Hollande 16, avec 68 succursales, et l’Al lemagne « n’en avait que » 13 avec 70 suc cursales. Les capitalistes américains jalousent, de leur côté, leurs confrères anglais et alle mands: ». En Amérique du Sud —écrivaient- ils, navrés, en 1915 — cinq banques alle mandes ont 40 succursales et cinq banques anglaises en ont 70. L'Angleterre et l'Alle magne ont. au cours des 25 dernières an nées. placé en Argentine, au Brésil, en Uruguay, environ 4 milliards de dollars, ce qui met à lour disposition 46 % du com merce total de ces trois pays ». Les pays exportateurs de capitaux se sont partagé le monde au sens transcen dant du mot. Mais le capital financier a aussi amené à un partage concret du monde. N. Lénine. Imprimerie Française (Maison J. Dangon) 123, rue Montmartre, Paris (2 e ) Georges DANGON, imprimeur. Contes et Récits du « Paria » Le Vase de Chine (Suite) Son mari, suspecté à titre de leiré fameux, ayant eu pour condisciple, ô crime : le grand patriote Phan boi Chau. Un jour (et « Thang- Cu » (5) avait six ans), grand émoi dans le village, et rassemblement devant l’humble pail lote. Cu-Ba, elle, était au « Marché de l’après- midi » « Rentrez vite, lui-crièrent ses voisines de halle, les Français viennent arrêter Cu-Ong! te Elle accourt (et dans sa course elle perd ses sandales) ; que voit-elle ? Le tertre de sa mai son est planté de badauds immobilisés sur la pointe du pied, le menton en l’air ; le grand store lacéré, n’a plus qu’un pan resté suspendu à l’auveut. Elle entre : ses marmots brament, le nez dégoûtant ; deux hommes, portant casque blanc, bottes noires, boutons de cuivre, saisis- sent son mari aux épaules, lui retournent les bras au dos, lui mettent une serrure aux poi- (5) « Thang-Cu » : sobriquet de l’enfant. guets. Et en avant pour la prison de Lang-Son. La cangue au cou, traînant le rouleau com presseur et poussant la brouette remplie de crottes de cheval que déchargent les écuries de M. le Résident, le brave homme mourut peu après, en silence. Pauvre Cu Ba ! Votre Calvaire n’est pas fini ; il vous reste un fils et une fille à nourrir et ! instruire. Or vous savez que le Pays n’a plus j d’écoles pour inculquer à YO3 petits les Bons i préceptes de Confucius, la piété familiale, la I politesse et la vertu ; non, des comptoirs I d’opium et des cabarets tant que vous voudrez, mais plus d’écoles, ma vieille, comme au temps de votre mari. Au temps de son mari ! Jamais il n’avait voulu laisser son fils apprendre une langue dont les mots, ricanait-il, crépitent comme les gouttes de pluie sur le toit. Langue prosaïque, bonne pour la rixe, où l’on ne perçoit pas celle len teur dans la diction qui est, selon lui, le signe de la culture, où le silence, perfection suprême । et suprême éloquence, fait complètement défaut. « Quand je les entends parler, ces Occidentaux, j’ai toujours l'impression qu’ils se chamaillent. Ah ça, mais ces gens-là n’ont pas appris les , canons de la politesse dans le « Poème aux trois caractères » ? Aussitôt II fronce les | sourcils, pousse un soupir que d’imperceptibles trémolos accompagnot ; puis, après une longue pause, murmure un soliloqe. « Tant que je vivrai, mon fils et hoi, nous n’étudierons que les lettres chinoises ». Oui, mais aujourd ui les colons français ont supprimé nos école qu’ils remplacèrent par une seule Université pour tout le pays et dix mille débits de rikii pour toutes les âmes : faul-il donc laisseï les bambins courir les champs, sans instrucion, sans métier, alléchés pour la débauche, hapés par le crime ?... D’ail- leurs, son fils à elle (et même sa fille), tout en flammé par les réci de la guerre russo-japo naise et gagné à l’ethousiasme que, stimulée par l’exemple nippon sa jeune génération voue aux sciences occideilales, son fils lui-même n’avait-il pas insisté pour qu’elle le laissât ap prendre le français ? Car de même que ses aînés, l’enfant prosékle entend se servir de la langue des conquérais comme d’un outil pro visoire destiné à pecer l’énigme occidentale. Six ans de collèg, quatre ans d’Université. « Votre fils a les cleveux coupés, madame », « Votre fils s’habille à l’européenne, madame », « Voilà Thang-Tay lui revient de la ville » : telles étaient les Télexions courantes qui frap paient ses oreilles et vibraient dans sa poitrine de mère. Elle n’existait plut que pour lui. Tous les quinze jours, quand elle entendait le sifflet de la chaloupe qui le ramènait par le Fleuve Rouge, elle quittait son paddy, elle délaissait ses co chons, elle se préparait à recevoir l’enfant, elle le voyait, ô joie ! Pauvre mère ! on vous le dit, votre calvaire n'est pas terminé. Pensez bien au cadeau que dans un mois, coûte que coûte, vous devrez offrir à M. le Directeur de l'Enseignement. Sinon, vous savez ce qui adviendra à votre fils : nouvel échec, expulsion de l'Université, avenir brisé, des années de sacrifice frustrées, et ce sera de votre faute, ma vieille ! « O mânes de Cu-Ong, si votre bonté m’ac corde ce vase sacré qui orne votre autel, dai gnez manifester votre volonté par le jeu des cinq sapèques que je place dans cette sou coupe ». Et Cu-Ba ramasse les cinq sapèques rituelles; elle les frappe du revers une fois contre le bord de la soucoupe, les lève à la hauteur du front, les laisse retomber toutes frémissantes... Silence ! quatre piles, une face : refus. O déso lation ! (A Suivre.) Ng. THE TRUYEN (6; « Thang-Tay » : l'Européen. CAMARADE TRAVAILLEUR COLONIAL, SI TU VEUX T’EMANCIPER, ADHERE AU SYNDICAT DE TA PROFESSION ! ORIGINAIRES DES COLONIES, POUR VOTRE AFFRANCHISSEMENT, ADHEREZ AU PARTI COMMUNISTE !