Nguồn: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k70093504 (OCR ALTO của BnF, chưa hiệu đính) Tải về: 2026-07-17 Tựa đề: Le Paria — décembre 1923 1923 Lưu ý: Văn bản OCR máy tự động từ Gallica; sai sót OCR chưa sửa — đối chiếu PDF ảnh cùng tên khi trích dẫn. ### [Trang 1] DEUXIEME ANNEE. — N° 21. Le Numéro: VINGT-CINQ centimes DECEMBRE 1923. ADMINISTRATION : 3, Rue du Marché-des-Patriarches PARIS (5 e ) le Paria* Paraissant mensuellement Tribune du Prolétariat Colonial Abonnement, Un an : 3 francs LA SITUATION DU PAYSAN ANNAMITE Les Annamites, en général, sont écra sés par les bienfaits de la protection française. Les paysans annamites, en particulier, sont encore plus odieuse ment écrasés par cette protection : ils sont opprimés comme Annamites ; ils sont volés, spoliés, expropriés, ruinés, comme paysans. Ce sont eux qui font tous les travaux pénibles, toutes les cor vées. Ce sont eux qui produisent pour toute la bande des parasites, des pa resseux, des civilisateurs et autres. Et ce sont eux qui vivent dans la misère quand il y a abondance chez leurs bour reaux ; et meurent de faim quand il y a mauvaise récolte. Cela est dû à ce qu’ils sont volés de tous les côtés, de toutes les manières, par l’Administration, par la féodalité moderne, par l'Eglise. Au trefois, sous le régime annamite, les terres étaient classées en plusieurs ca tégories, suivant leur capacité de pro duction. L’impôt était basé sur cette classification. Sous le régime colonial actuel, tout cela est changé. Lorsqu’on veut trouver de l’argent, l'Administra- tion française fait simplement modifier les catégories. D’un trait de plume ma gique, elle transforme une terre mai gre en une terre fertile, et le paysan annamite est obligé de payer pour ses rizières plus que ce qu’elles peuvent lui rapporter. Ce n’est pas tout. On augmente arti ficiellement la superficie des terrains en réduisant l’unité de mesure. Par ce fait, l’impôt est automatiquement augmenté d’un tiers dans certaines localités, deux tiers dans d’autres. Cela ne suffit pas à apaiser la voracité de l’Etat protecteur qui augmente les impôts d’année en an née. Ainsi, de 1890 à 1896, les impôts ont doublé. Ils ont encore augmenté de moitié de 1896 à 1898, et ainsi de suite. Les Annamites se laissent toujours ton dre, et, encouragés par le succès de ces opérations, nos protecteurs continuent leur agiotage. Souvent, l’arbitraire se mélange à la spoliation. En 1895, par exemple, l'ad- ministrateur d’une province du Tonkin a dép uillé un village cte plusieurs nec- tares au profit d’un autre village, ca tholique celui-ci. Les dépossédés se sont plaints On les a mis en prison.Ne croyez pa. que le cynisme administratif se soit arrêté là. On obligeait encore les mal heureux dépouillés à payer jusqu’en 1910 les impôts des terres qu’on leur avait enlevées en 1895 ! Après l’Administration voleuse, vien nent les concessionnaires voleurs. On donne à des Européens qui ne possè dent, pour toute notion d’agriculture et de technicité, qu’un gros ventre et la peau blanche, des concessions dont l'é- tendue dépasse souvent 20.000 hectares. Ces concessions sont fondées, pour la plupart, sur des vols légalisés. Pendant la conquête, les paysans annamites — comme les Alsaciens en 1870 •— ont abandonné leurs terres pour se réfu gier dans la partie du pays restée libre. Quand ils sont revenus, leurs terres étaient « concessionnées ». Des villages entiers ont été ainsi spoliés, et les in digènes ont été réduits à travailler pour les seigneurs de la féodalité moderne qui s’approprient quelquefois jusqu’à 90 0/0 de la récolte. Sous prétexte d’encourager la coloni- sation, on exempte un grand nombre de gros concessionnaires de l’impôt fon cier. Après avoir obtenu gratuitement le sol, les concessionnaires obtiennent gra tuitement, ou presque, la main-d’œuvre. L’Administration leur fournit un certain nombre de forçats qui travaillent pour rien, ou bien elle emploie son influence à leur recruter des travailleurs auxquels on donne un salaire de famine. Si les Annamites ne viennent pas assez nom breux, ou s’ils ne sont pas contents, on a alors recours à la violence ; des con cessionnaires saisissent les maires et les notables des villages, les bâtonnent, les torturent jusqu’à ce que les malheu reux aient signé un contrat les en gageant à fournir le nombre de tra vailleurs demandé. A côté de cette puissance temporelle, il y a des sauveurs spirituels qui, tout en prêchant aux Annamites la vertu de la pauvreté, ne cherchent pas moins à s’enrichir avec la sueur et le sang des indigènes. Rien qu’en Cochinchine, la Sainte Mission Apostolique possède à elle seule le 1/5° des rizières de la con trée. Bien qu’il ne soit pas enseigné par la Bible, le moyen d’acquérir ces terres est très simple : c’est l’usure et la corruption. La Mission profite des mau vaises récoltes pour prêter de l’argent aux paysans en les obligeant à engager leurs terres comme garantie. Le taux des prêts étant usuraire, les Annamites ne peuvent pas s’acquitter à l’échéance; alors toutes les terres engagées tombent ainsi en possession de la Mission. Les gouverneurs plus ou moins gé néraux, à qui la mère patrie a confié les destinées de l’Indochine, sont générale ment des ignares ou des crapules. Il suffit à la Mission de posséder quel ques-uns de ces papiers secrets, per- LaFêleNationaleannamite — Sans blague, les Annamites ont aussi leur fête nationale ? Et depuis quand ça ? Quelle est donc la Bastille qu’ils ont dé truite. — Parfaitement, les Annamites ont mainte nant leur fête nationale à eux. C’est une ins titution mémorable, monumentale, dont le gouvernement protecteur, qui n’a cessé de jurer ciel et terre de les conduire dans la voie du progrès, les a dotés officiellement. C’est une conception véritablement sublime et géniale. Il n’y a pas eu ici de Bastille dé truite. La Bastille n’existait pas en Annam. Mais, à propos, on peut considérer aujour d’hui tout le pays des Annamites comme une immense Bastille ; en ce sens qu’aucun d’eux ne peut en sortir ou y (rentrer sans une au torisation spéciale du gouvernement protec teur. Or il ne s’agit de rien moins que de modifier ce régime du bon plaisir, il s’agit, au contraire, d’en commémorer le point de départ, la naissance du premier germe, la cause primordiale, par l’anniversaire d’un fait, historique si vous voulez, mais d’un fait ayant une signification historique diamétrale ment opposée à celle que comporte la des- -ruction de la Bastille. Devinez. Je vous le donne en mille et en million. — ??? — Vous n’y êtes pas. Eh bien ! c’est tout simplement le fait d’ériger officiellement en fête nationale pour les Annamites l’avène ment au trône de Gia-Long, fondateur de cette exécrable dynastie qui végète aujourd’hui dans la triste situation que l’on voit et que, par pitié, nous nous abstenons de qualifier par des épithètes plus expressives. Il est tout à fait remarquable qu’alors que tous les peuples civilisés ont supprimé leur monarque ou l’ont rélégué à un rôle pure ment décoratif, les représentants de la Répu- blique Française en Indo-Chine se crampon nent à leur roi d’Annam et s’ingénient à maintenir le prestige imaginaire d’un prince à tout -faire qui n’est, en réalité, qu’une es pèce cL’homme entretenu pour les besognes que nos lecteurs devinent. Mais revenons à cette fameuse fête natio nale annamite. Elle a été célébrée pour la ' première fois en juin dernier. Dans la petite ville de Phan-Thiêt, elle a eu lieu avec le concours de 500 jeunes Anna mites façonnés dans les fabriques de loyalis tes, nous voulons dire les écoles du Protec torat. Pour ce coup d’essai, nos braves ap prentis en loyalisme se sont, par hasard, heurtés à quelques tracasseries de la police. Ils ont véhémentement protesté pair une let tre que La Tribune Indigène de Saigon a pu bliée dans son numéro du 26 juin dernier, et dans laquelle nous relevons les deux ques tions suivantes : La Fête Gia-Long est-elle une fête natio nale ? nous nous le demandons. Si c’en est une vraimentj l’administration française, qift. est la justice même } laisserait- elle un de ses représentants profaner ainsi les mœurs du peuple protégé ? Parbleu ! chers compatriotes, la fête Gia- Long est bien votre fête nationale. Qui est-ce qui émet des doutes là-dessus ? C’est le gou vernement du protectorat lui-même qui vous en a fait royalement cadeau. Et pourquoi cette autre question infâme ? L’administration française, qui est la justice même, comme vous le proclamez, n’a jamais nue nous sachions laissé profaner vos mœurs. ,11e les a toujours scrupuleusement respec tées, même — vous en souvenez-vous ? — quand elle faisait ouvrir le cercueil de Tu- Duc pour voir si on n’y trouverait pas de tré sors cachés. Vous fêtez un mort, c’est bien. Peut-être, ce mort n’en a cure, et il se peut que, du fond de sa tombe, il aime mieux que vous gardiez le silence complet sur son règne et tout ce qui s’en suit. Mais que ne fêtez-vous, en mê me temps, de s vivants comme Ham-Nghi, Thanh-Thai, Duy-Tân, trois de vos rois qui, sans être encore dans l’autre monde, ont été cependant très éloignés de vous par la même administration qui incarne, selon vous, la bonté et la justice. PHAN. COLONIAUX ! « LE PARIA » EST VOTRE JOURNAL. LISEZ-LE ET FAITES-LE LIRE. sonnets, compromettants pour pouvoir les effrayer et pour obtenir d’eux tout ce qu’elle désire. C’est ainsi qu’un gou verneur général a concédé à la Mission 7.000 hectares de terre riveraine appar tenant à des indigènes qui sont con damnés, du coup, à la mendicité. Par ce bref aperçu, on voit que, sous le masque de la démocratie, l’impé rialisme français a transplanté dans le pays d’Annam tout le régime maudit du moyen âge, y compris la gabelle ; et que le paysan annamite est crucifié, par la baïonnette de la Civilisation capitaliste et par la croix de la Chrétienté nrosti- tuée. NGUYEN Al QUAC. Un personnage: M. Henry Bérenger Une des causes de l’isolement où se tien nent, nos camarades des colonies, par rap- port au mouverment ouvrier et prolétarien international, est leur ignorance des hom mes et des choses. C’est par l’instruction et par la lecture de la presse communiste, qu’ils pourront ar river à s’évader de l’obscurantisme, dans lequel le capitalisme entend les maintenir. Le Paria se doit, certes, de révéler à l’opinion publique métropolitaine l’immense misère qui pèse sur eux, mais il doit aussi les renseigner, pour les aller et au besoin les déterminer à l’action libératrice. Tout effort entrepris au profit des prolétaires co loniaux, soit par l’Internationale commu niste, soit par sa Section frençaise, soit par l’organe central de celui-ci l'Humanité. leur est soigneusement tenu caché par la bourgeoisie spoliatrice aidée des parlemen taires, pirates et fourbes, mêmes issus de leur sein. C’est parce que nous savons que la. lu mière projetée dernièr ment sur la person nalité du sénateur Bérenger, élu de la Gua deloupe, risque de rester ignorée de nos ca marades de là-bas. que nous revenons, ici, sur ce qu’est l’homme dont ils ont fait un parlementaire après qu’ils eussent, d’ail leurs, été odieusement trompés. Depuis le 5 décembre, l'Humanité a en trepris de publier la correspondance échan gée, il y a quelques années, entre M. Raf- falovitch, représentant de la Russie à Paris et son ministre à Saint-Pétersbourg, relati vement à l’abominable vénalité de la presse. Cette correspondance appartenait aux archives de la Russie tsariste, détenus aujourd’hui par le gouvernement soviéti que, d’où elle a été extraite, pour l’édifica tion des honnêtes gens. Elle révèle toutes les manœuvres de chantage, toutes les opé rations malpropres, les grandes lignes de l’organisation ou de là corruption auxquel les recouraient en 1906, 1907, 1908, les jour nalistes et parlementaires bourgeois, pour obtenir des subsides du gouvernement russe. Un des premiers noms qu’on y trouve est précisément celui de M. Henry Bérenger, à cette époque directeur du jour, nal l'Action. Et maintenant reproduisons, avec le com- Tnciliailt qui Tas.oiigic, it uocdliciit in séré dans Y Humanité du jeudi 6 décembre 1923 : Paris, le 5 mars 1908. Monsieur le Ministre, J'ai l'honneur d'envoyer à Votre Excel lence quelques coupures de journaux con cernant les bruits de l'emprunt russe. Il y a tout d'abord un entrefilet de F Action, journal socialiste, qui veut faire croire qu'il est en relations avec M. CAILLAUX. Cet en trefilet se donne des allures officieuses qu'il n’a pas. Etant donné le caractère malveil lant de ses insinuations sur les vues de Votre Excellence à l’égard des intérêts du commerce et de l'industrie français, je me suis rendu au ministère des finances... M. CAILLAUX m'a fait dire qu’il était ab solument étranger à cette publication ; il avait dit, il y a assez longtemps, à Béren ger, qu'il n‘y avait pas d'affaires d'em prunt ; depuis lors, il ne s’est entretenu avec lui que de l'impôt sur le revenu... J'ai insisté sur l'impression fâcheuse de l’article, QUI VEUT FAIRE UNE SORTE DE CHANTAGE ET LE PRESSION sur la Russie, en parlant du mauvais état, de l'in solvabilité russes. , J’ai porté l'article à la connaissance de l'ambassadeur, afin qu'il en touche un mot, s'il le juge convenable, à M. Pichon. Enfin, j'ai assisté à une réunion de NOETZLIN, BÉNAC et LENOIR, de laquelle il est sorti un démenti infligé, par l’intermédiaire d’Havas, aux assertions de l’Action par NOETZLIN lui-même. Faire donner un démenti du Ministère russe lui-même aurait été faire le feu de Bérenger, c'est aussi pour cette raison que je n'ai pas télégraphié sur l’Action. BERENGER EST UN MAITRE-CHAN TEUR NOTOIRE, qui a voulu vendre des photographies de papiers relatifs à une af faire de torpilleurs chez Rothschild (Baron Taub, etc.) et que j'ai éconduit en 1905. Votre très obéissant serviteur, A. RAFFALOVITCH. « M. Raffalovitch ne mâche pas ses ex pressions ! M. Bérenger, maître-chanteur notoire 1 Et c’est ce gredin qui fut pendant la guerre Commissaire du gouvernement aux pétroles et aux essences. Il avait pour chef de cabinet, Bénard, fils du banquier, administraleur de la Mexican Eagle, filiale de la Royal Bulch. Et, comme par hasard, M. Bérenger est allé en Roumanie au nom du Sénat français (et de la Royal Dutch) et en est revenu partisan d’avancer des millions à l’Etat roumain, à condition que celui-ci n’empiète pas sur les intérêts des pétroliers.. » Depuis cette publication, le sénateur Bé renger, rapporteur général du budget, a fait voter un emprunt de 1.500 millions à la Pologne et à la Roumanie. Ces sommes seront converties en canons, pour de nou velles guerres au cours desquelles, les nô tres tomberont, parce que on les aura en traînés par de fallacieuses promesses. Notons, en passant, que M. Bérenger n’a encore ni protesté, ni démenti, et pour cause... Les r vélations de cette nature ne tou- ehem pas seulement l’homme qui " est mis en eau e, mais aussi les autres, ceux qui Ouvriers Algériens, Organisez-vous ! Devant la pénurie d’une main-d’œuvre à vil prix, les colons d’Algérie jettent des cris d’effroi. Cette clique de millionnaires enrichis de la sueur du burnous se plaint de l’exode des indigènes vers la métropole, et le gouverneur' Steeg, larbin de cette oli garchie, s’apprête à servir les Duraux, les Maneuh et Gie, en apliquant un décret qui interdirait aux ouvriers indigènes d’aller travailler en France. Le colonialisme ne connaît plus de bor nes, il s’acharne sur les victimes qu’il a complètement dépouillées ; il poursuit par des lois ignobles les malheureux qui se sont crus loin de sa. portée et par d'infects pro cédés d’inquisition il fait retourner, par la force, sur leur lieu de torture, les esclaves dont il veut la dernière goutte de sang. Personne parmi ces caïds, ces délégués financiers, ou autres bourgeois algériens, valets de l’impérialisme, ne protestera. Ils préfèrent s’abstenir, jouir de la quié tude qu ils trouvent dans la lâcheté, quittes à mendier quelque bout de ruban comme prix de leur trahison. En démagogues en graissés de la misère de leurs frères, ils viendront, en compagnie de leurs maîtres et de prostituées de luxe, sabler le cham- pagne à l'inauguration de quelque mosquée destinée aux cérémonies patriotardes des bourreaux de leurs compatriotes. Malgré la trahison de la bourgeoisie in digène, malgré toutes les machinations du colonialisme, la classe ouvrière française ne tolérera pas un tel crime. Camarades ouvriers algériens, vous vous unirez pour briser ce nouvel assaut du capitalisme. L’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des ouvriers eux-mêmes. Dans les usines de France, vous avez appris que votre situation matérielle ne dif férait en rien de celle de vos frères ouvriers français. Vous avez vu que le prolétaire de n’importe quelle race était accablé sous le poids de la même exploitation, réduit à la même misère. Vous avez constaté que les Pelligri, les Sidi Henni ou le® Krupp étaient des frères. Tous volent le pauvre pour s’enrichir de sa peine. Malgré toutes les haines de race qu’ils sèment entre vous, pour profiter de votre division, eux sont unis. Pour resister à leurs attaques, unissez-vous aussi ! Il est temps de vous réveiller de votre torpeur, ne soyez plus indifférents aux at taques du patronat, n'acceptez plus ses coups en fatalistes. Organisez-vous avec vos camarades ouvriers français ; adhérez en masse aux syndicats pour défendre vos salaires, pour revendiquer vos droits. Demain,, !a France impérialiste, devant une autre guerre qu’elle prépare pour étouffer dans le sang la Révolution alle mande, vous conduira encore à l'horrible abattoir humain. Seule, votre solidarité avec la classe ouvrière française empê chera ce nouveau sacrifice de votre vie. Pour empêcher 1 l’immonde colonialisme ne vous remettre à l'esclavage qui vous at- tend en Afrique, pour améliorer vos condi tions de vie en France, pour élever vos sa laires, pour empêcher qu’on ne vous jette dans la fournaise d’une nouvelle guerre ou d’une expédition impérialiste, ouvriers al gériens, solidarisez-vous avec vos frères ouvriers français, adhérez aux syndicats, organisez-vous ! >=+®-< ÉCHOS Le 17 novembre est survenue, à Alger, la mort du rédacteur en chef de La Dé-pêche Al- gériennCj M. Lys du Parc. Nos camarades de l’Afrique du Nord ne perdent pas un défenseur. M. Lys du Parc n’était point un indigénophile. >=*e- — BIBLIOGRAPHIE Ce qu’il faut lire : Pour soutenir notre foi en l’avenir et renfor cer nôtre volonté d’action, nous signalerons sous cette rubrique tout ce qui est publié comme li vres ou comme revues et que, pour notre éauca- tion, il est indispensable que nous connaissions. Le Paria se tient à la disposition de nos cama rades pour leur procurer les publications dont ‘ s’agit. Romain Rolland : Mahatma Ga dhi : 6 fr. 75. (Librairie Stock, 7, rue du Vieux-Colombier, Paris.) Louis Vignon : Un programme de politique co loniale. Les questions indigènes: 15 fr. (Librairie Plon-Nourrit, 8. rue Garancière, Paris.) Jules Harmand : Domination et Colonisation : 5 fr. 75. (Librairie Flammarion, 26, rue Racine, Paris.) ,=*e SOUSCRIPTION POUR LE « PARIA » Listes précédentes Fr. 1.124 50 Un Cochinchinois 200 » Un groupe de travailleurs havrais.... 150 » Zioudou 7 » Blanqui 2 » Prince 200 » Total Fr. 1.683 50 s’acoquinent avec lui au service du capita lisme colonial et de la bourgeoisie antil laise. Quand nos frères guadeloupéens se déci deront-ils à ouvrir les yeux, et à rejeter loin d’eux, dans un geste de dégoût, la bande d’aigrefins qui les dupe ? Max Clainville-Bloncourt. L’Impérialisme et la politique coloniale L'impérialisme moderne est lié à la dernière phase du capitalisme : la phase monopoliste qui remplace le jeu libre de la concurrence. Si dans le sens large du mot, « Impé rialisme » veut dire la subjugation éco nomique et politique d’un ou plusieurs pays par un Etat en dehors de ses frontières, l’impérialisme ancien était dans sa conception différent de l’impé rialisme actuel. L’ancienne Rome étendit son pouvoir autocratique sur tous les pays de la Méditerranée et réalisa l’empire ro main ; de même fut réalisé l’empire grec, l’empire arabe. C’était la conquête par la force, d’immenses territoires, l’asservissement brutal de plusieurs peuples. Ces empires s’évanouirent après l’épuisement de la force armée, après la décadence des conquérants. L’impérialisme du monde antique ne prenait pas des racines profondes dans la vie économique des peuples conquis ; l’organisation économique des pays les plus développés de l’antiquité s’est arrê tée dans la phase du capital commer cial. Dans le cours de l’histoire l’impé rialisme revêtit différentes formes et eut différents buts ; son activité se limitait dans la création de conditions favora bles pour le dépouillement des colonies par le capital commercial et usuraire : celui des Hollandais eut un caractère mercantile tandis que celui des Portu gais, des Espagnols fut la conséquence de l’exode du capital commercial ; il fut instauré sur un besoin de rapine, un commerce de dépouillement ; la décou verte d’importantes mines d’or et d’ar gent avait inspiré la convoitise suivie du rapt du continent américain. Mais en voulant parler de T « impérialisme » moderne, nous trouvons qu’il a un ca ractère tout différent. Il n’est plus la conquête imposée dans le but unique d’acquérir des territoires et du matériel humain qu’on réduit à l’esclavage ou an servage, une oxpension de pouvoir qui doit assurer une vie de puissance et de luxure à une classe privilégiée, puisque de nos jours nous voyons des colonies jouir d’une autonomie relative et cer tains pays semi-coloniaux ont une indé pendance politique complète. Sont-ils de ce fait libérés de l’impérialisme de la bourgeoisie moderne ? Les pays coloniaux et semi-coloniaux sont des sources de matières premières de produits agricoles et des champs d’investissement de capitaux L’impérialisme contemporain est la conséquence naturelle du capitalisme arrivé à son apogée, il est le résultat fa tal de la domination du marché mondial par le capital financier, lui-même né du capital industriel, et qui, par sa faculté de se concentrer, de se trustifler, subor donne à son autorité toutes les autres formes de capitaux. Les monopoles que crée le capital financier par la formation des trusts et des cartels fortifient sa toute puissance. L’afflux des immenses sommes d’argent qu’il attire par son innovation : les sociétés par actions, 16s bénéfices énormes qu’il soutire à l’in dustrie le portent au sommet de la puis- sance. Il ressemble à une formidable or ganisation féodale dont les seigneurs sont les magnats de la finance qui tien, nent entre leurs mains le sort de l'in- dustrie nationale et les destinées du globe. Une nuée de petites banques est à leur merci ; comme des vassales elles agissent sous la pression qu’on leur im prime. Le capital financier dont le volu me s’enfle démesurément, s’étouffe dans le cercle restreint du marché national, alors, il cherche d’autres espaces encore vierges pour employer son activité gran dissante. Il a besoin de pays neufs pour ouvrir de nouvelles exploitations et de nouveaux débouchés pour l’industrie qu’il contrôle. Le colonialisme est l’is sue fatale de ce formidable mécanisme de la société capitaliste avide d'exten- sion. Chaque capitalisme a besoin de matières premières pour son industrie qui croît sans cesse ; son pays devient une immense fabrique qui jettera le flot déborda it de la surproduction sur le marché colonial. Pour acquérir de nou velles sphères d’influence, sa politique coloniale agit sur le même traditionnel cliché. Ses capitalistes se créent des in térêts dans des pays africains ou asia tiques, les diplomates valets de la haute finance négocient les traités qui sont transformés en actes de tutelle écono mique et parfois militaire. Une fois en raciné, le capital envahit tout le pays et travaille pour transformer les « re lations amicales » en conflits. Tous les prétextes sont valables pour justifier l’action violente, et l’annexion pure et simple s’accomplit. Après le vol, la destruction du vieux régime économique et social se produit méthodiquement. Au nom de la civilisa tion, les capitalistes envahisseurs subs titueront aux mœurs et coutumes des colonisés des habitudes de vie se con formant à leur propre économie. Ils fe ront porter aux noirs des pays chauds. ### [Trang 2] malgré le climat, des bas de ce même coton qu’ils leur auront extorqué ; ils apprendront aux Hindous ou aux Maro cains les délices de la culture euro péenne en les inondant du poison de leurs distilleries. Ils entretiendront « respectueusement » seulement le fa natisme et l'ignorance pour donner libre cours à leur exploitation. L'insatiable production capitaliste, s'implante dans la colonie où la main-d'œuvre atteint des prix dérisoires, et cette concurrence de la force du travail a une répercussion sur le prolétariat métropolitain et ag grave sa situation. -0/ Le colonialisme engendre une nouvelle surproduction agricole ou industrielle, il occasionne le chômage, la restriction des salaires, il grossit l’armée des sans- travail. Et cette bourgeoisie angalise, fran çaise ou américaine qui s’empare par la force ou la diplomatie d’immenses ter res en Asie, en Afrique ou en Océanie, prolonge sa puissance sur toute la sur face du globe en semant des armées de prolétaires. Le fait est inévitable, c’est un phénomène brutal mais qui doit lo giquement s’exercer avec la précision d’une loi. Le prolétariat européen, avant le commencement de ce siècle, restait im passible sur cette politique de rapine que fut l’impérialisme colonial ; l’op pression des millions d’indigènes des pays exotiques avait maintenu un ni veau de vie passable à l’ouvrier euro péen. Les réformistes, agents de la bour geoisie, s’appliquent à démontrer le bien-être apporté par le développement de l’organisation capitaliste, mais ils oublient de voir que cette condition sup portable de la classe ouvrière métropoli taine n’a pu se maintenir qu’au détri ment des masses laborieuses des con trées lointaines. L’anarchique production capitaliste 'trouvait à son flot toujours grossissant un écoulement qui limitait ou retardait dans une certaine mesure les brises qui devaient revêtir la forme de cataclysme. Des énormes profits accumulés sur la table du capitalisme, les miettes qui tombaient étaient glanées par les cou ches supérieures de la classe ouvrière qui gardait une passivité envers ses frè res miséreux des colonies. La distribution accomplie du globe parmi les fortes puissances capitalistes conduit inévitablement à la guerre. Ayant considéré l’impérialisme au point de vue purement colonial nous voyons que son activité ne se borne point dans le champ des pays privés de leur indépendance; les pays possesseurs de grands capitaux les exportent dans d’autres pays politiquement indépen dants. L’Amérique introduit les siens en Chine, la France, l’Angleterre au Mexi que ou en Perse. C’est une lutte effrénée entre les grands financiers pour s’arra cher les concessions dont la plus-value viendra grossir le capital national. Cette concurrence pour de nouvelles sphères d’influence de capital provoque forcé ment des divergences d’intérêts qui se déchaînent en luttes armées. Les clas ses dominantes tiennent sous leur sou veraineté les pays dans lesquels elles ont exporté leurs capitaux, tandis que ces derniers essayent de se soustraire à cette dépendance dont on veut les accabler. Et, le capital de chaque pays, pour garder sa suprématie, ordonne à son État la création ou le maintien d’un armement formidable qui intimidera le pays qu’il exploite et éloignera tout pré tendant. Le militarisme, cette géante organi sation de violence entretenue par des budgets énormes et dont les frais retom bent sur les contribuables, est l’indis- pensable exécuteur des agressions im périalistes. Il aide à commettre les rapts de territoires, empêche l’émancipation des colonies, soutient la politique pro tectionniste et défend le monopole na tional contre les prétentions étrangè res. Son maintien est si onéreux pour l’économie sociale qu’il a accru la dé tresse financière des Etats modernes ; leur situation chaotique devait fatale ment trouver sa solution dans le terri ble cataclysme que fut la grande guerre impérialiste. Et, cette poignée de financiers qui précipitèrent l’humanité dans le plus horrible carnage, la destruction la plus 'insensée que l’histoire ait connue, cette clique de magnats de la finance ne se trouve nullement arrêtée dans ses cri minelles combinaisons, ni modérée dans la furieuse folie de son organisation. Au contraire, jamais les capitalistes ne se querellèrent avec tant d’acharne ment, redoublant d’intrigues, de violen- 'ces et d’armements pour se procurer les éléments nécessaires à leur effroyable mécanisme social. Les guerres, les transformations pro fondes produites par le capitalisme dans les pays coloniaux hâteront la fin de l’organisation capitaliste. Seul, le prolétariat mettra fin à cette anarchie, à ce chaos. Déjà, les peuples colonisés se révoltent, les pays semi- coloniaux secouent le joug du capitalis me européen et si leur indépendance (politique et économique) ne sert qu’à restaurer une bourgeoisie capitaliste in digène elle ne manquera pas cependant d’affaiblir l’impérialisme mondial. L’émancipation des colonies hâtera la mort de l’impérialisme. La structure de l’édifice capitaliste, sapé à sa base, craque, prêt à s’effondrer. Le « moloch » crèvera, faute d’aliments, assommé par le coup de grâce de la Révolution dans le continent européen. Le capitalisme, dont l’évolution avait trouvé son expression suprême dans le capital financier, ce même capital qui, par ses trusts, ses cartels, ses consor tiums financiers, avait soumis la vie économique du monde à des monopoles détenus par une classe infime de di rigeants, la clique de magnats qui par tageaient la terre entre quelques puis sances et leur soumettaient ses habi tants, toute cette horrible structure ca pitaliste et sa politique de subjugation, essence de son impérialisme, aura sa triste fin dans l’histoire. Sa fin prochai ne, certaine, aura sa synthèse dans l’a vènement d’une organisation nouvelle : la socialisation universelle pour le bien-être commun. Ali BABA. >*0-< ÉLECTION au Conseil de l’Enseignement Primaire Nous nous excusons auprès des délégués au Conseil de l’Enseignement primaire de la Guade loupe, de n’avoir pu publier plus tôt leur lettre ci-dessous. Les élections ont eu lieu depuis, mais le document vaut quand même d’être connu, car il révèle à quelles difficultés se heurtent ceux que la confiance de leurs collègues a appelé à défendre leurs droits auprès de l’administration, quand ils ont conscience de la tâche qui leur incombe. N. D. L. R. Pointe-à_Pitre, le 20 octobre 1923. Les Délégués sortants des Instituteurs au Conseil de l’Enseignement Primaire à leurs Collègues. Messieurs et Chers Collègues. Le mandat de vos représentants au Conseil de l Enseignement primaire vient de prendre fin. Le Collège électoral se prononcera bientôt — du 6 a n 10 novembre — sur le choix des candidats qui brigueront l’honneur de représenter le person- net au sein de ce Conseil. Un compte rendu succinct mais sincère, s’impose à vOS délégués pour établir, d’une art, et déga ger, de l’autre, les responsabilités. Et ils manque- raient an devoir le plus élémentaire de l’équité et à la probité, s’ils essayaient de se dérober à cette obligation sacrée Nous ne parlerons que pour mémoire de nos multiples interventions auprès des autorités supé- mieures (Instruction ubligne Gouvernement local. Gouvernement central) nour obtenir l’amélioration de traitements à laquelle nous avons droit. Les résultats n’ont pas répondu à nos espérances • l’arrêté local du 2 juillet dernier, en nous sup primant nos allocations de 25 15 et 10 pour 100, a considérablement diminué nos traitements : il constitue un véritable acte de récression et un incontestable déni de instice à l’égard du person- nel enseignant primaire. Erne mis de l’arbiim ire et de l’atoritarisme, nous avons toujours niidé, hélas ! sens succès, la cause des camarades tradu’ts devant le Conseil de discrnline et contre lesquels on demandait une peine en disproportion avec la faute commise. La nestion des vacances. .W» résolue par l’an cien chef du service de l’Instrnotion publique, l’honorable M. Langlois, est revenue à l’ordre du jour : et le personnel aurait vu l’année scolaire se prolonger i’smi’s fin iuillet, malgré l’avis con traire du Conseil de renseignement primaire si des épidémies n’avaient forcé la main à nos diri_ géants. La liste des candidats proposés en 1921 pour une distinction honorifique s’est égarée dans les bu reaux. Vos délégués ont, d’accord avec le bureau de l’Amicale, adressé une protestation au dénarte- ment. Nous attendons avec confiance la décision du ministre. La question de collaboration n’a pas été erdue de vue nar vos délégués sortants. Dans le but de faire naître la confiance et de la maintenir entre le personnel et l'administration, de renseigner celle-ci on de compléter an besoin sa documenta- tion, nous avons demandé à nos chefs d’écouter par notre voix les doléances de nos collègues, c’est-à-dire de collaborer avec eux sur des matiè res iu’ils désigneraient, nous nous sommes heurtés à un refus catégorique de leur part. Donc pas de réunion, nas d’entente préalables entre le service de l’instruction publique et les délégués de l’enseignement primaire pour le clas- sement du personnel, l’avancement au choix et les récommenses honorifiques à accorder aux maîtres et aux maîtresses. Et les nombreuses protestations que nous avons toujours reçues à propos des Té- compenses et de promotions au choix, ne disent que trop cruellement combien la grande maiorité de nos collègues est navrée de l’état de choses existant. Que dire des mutations de septembre-octobre cou rant. parues en artie au « Journal Officiel » du 11 de ce mois, qui ont jeté dans le corps un désar roi et un mécontentement inconnus jusqu’ici ! Et nous en passons. Le Conseil de l’Enseignement primaire est de venu tout simplement une assemblée d’entérine- ment, dont les avis ne comptent pas, où tout se fait suivant la maxime : Tel est notre ben nlaisir. Cet ensemble de faits que nous avons exnosés verbalement à un grand nombre de collègues et amis dont les suffrages nous étaient acquis. méri taient d’être consignés et connus de tous. Froissés dans notre dignité, nous avons décliné leur offre amicale et désintéressée de reprendre nos places au Conseil départemental, préférant nous retirer que de jouer le rôle de « muets du sérail » ou de « marionnettes inconscients ». Au personnel de décider s’il doit s’abstenir aux prochaines élections, ou se faire représenter par des délégués qui auront pour mission de former nombre et d’obéir au doigt et à l’œil. Emile VILA, Délégué sortant non candidat. A. BOURGAREL, Délégué sortant non candidat. La Russie et Nous Nous recevons d’un de nos camarades l’article suivant que nous ne pouvons nous empêcher de communiquer immédiatement à nos compatriotes, tant notre émotion est grande en 1* lisant. Alibaba connaît la Russie. Le gouverne ment des Soviets a créé, en mêmr temps que l’Université des Peuples d’Occident, l’Université des Peuples d'Orient. Celle-ci est destinée à nos compatriotes ; nourris, logés, traités en frères et en hom mes libres, ils y reçoivent, comme Alibaba lui-même, l’instruction qui leur est ailleurs défendue. Hélas ! chers compatriotes que la clique coloniale tient dans les ténèbres et le mu tisme, regardez ! comparez ! jugez ! agis sez ! Allez à Moscou ! N. D. L. R. L’UNIVERSITÉ DES PEUPLES D’ORIENT En plein Moscou, sur la place de Stras- noï, longeant les boulevards, et juste en face la statue de Pouchekine, se dresse un immense bâtiment blanc dont l’archi tecture, à l’instar de la majorité des édi fices construits par le fédéralisme russe, tient du grec et du romain. Entre ses colonnes gigantesques, qui s’élancent vers le ciel, sont encastrées d’immenses baies vitrées, d’où s’échappe, pendant la nuit, la lumière lancée par une profusion de lampes électriques. Sous Le fronton, en forme de triangle, juste au- dessus des colonnes, scellé sur toute la longueur du bâtiment, court un énorme panneau d’où se détache, en lettres rouges, cette inscription, en langue russe : « Uni- versité Communiste des Travailleurs' de l’Orient. » En effet, sur un côté de la maison, de plainpied avec le trottoir, s’ouvre une de ces petites portes russes dont la mar- quise s’avance, comme un dais, jusque sur le bord de la chaussée. De cette porte, comme d’une fourmilière, c’est un conti nuel va et vient d’étudiants de tous les âges et des deux sexes. Tous portent le même uniforme : une vareuse * serrée à la taille par une ceinture, des culottes en drap gris-bleu et de ces magnifiques bot tes russes qui vous chaussent jusqu’aux genoux. Pendant toute la journée, et jus qu’à une heure avancée de la nuit, c’est un flot ininterrompu d’élèves affairés,. Les bras surchargés de livres, et qui représen- tent tous les types des races orientales. (Plus de 64 nations sont là représentées.) Ils forment tout ce que l’Orient a trouvé de plus avancé dans sa classe proléta rienne. Ils ne ressemblent plus à ces êtres dé primés, à ces malheureux découragés, ployant sous le joug du conquérant euro péen. Ce ne sont plus ces hommes exoti ques que les touristes bourgeois regardent avec curiosité, comme d’une race infé rieure et créée pour la servitude. Ceux que j’ai vus sont bouillants d’ardeur ré volu! tour aire. C’est une armée de combat tants munis de marxisme et résolus à abattre l’horrible impérialisme. Ils De forment plus qu’un peuple, qu’une seule race ; ils sont tous confondus en une seule nation, une seule classe qu’on exploite et qui vient aiguiser l’arme idéo logique qui tuera toutes les hypocrisies de la propagande impérialiste. C’est une foule d’Orientaux rieurs, débordant de vie et de gaîté, qui nous rappellent cet Orient charmeur et qui nous réchauffent comme s’ils avaient transporté une partie du so leil qu’ils ont laissé chez eux. Par groupe, ils passent, unis comme des frères, jettant dans l’air les notes so nores des langues, les plus diverses. Voici des Chinois, au teint d’ivoire ; des Turcs robustes, les visages énergiques d’expres- sion ; des Persans, aux yeux langoureux ; une Arménienne, les sourcils en arcades, le regard charmeur, vous rappelle une mi- niature d’une délicatesse exquise. Voici une Turque, d’une beauté troublante, qui donne le bras à un Caucasien dont la taille pincée et les formes vous révèlent un chef- d’œuvre d’anatomie humaine. Voici des Japonais, au regard intelligent ; des Mo- gols, aux pommettes saillantes. Voici des Géorgiennes, merveilles de grâce ; un Ma rocain, une Egyptienne, des Indous. Tout ce monde s’interpelle, discute science ou politique. Une jeune Coréenne, véritable bibelot de porcelaine, les cheveux d’un noir d’ébène, appelle malicieusement, en syllabes mouillées, « Ouldach » (1) un de ses camarades turcs. Toute heureuse de prononcer ce mot, elle rit de si bon cœur que les prunelles de ses yeux disparais sent entre les plis des paupières. C’est toujours dans une telle atmosphère d’affection, de charmante camaraderie que vivent ces habitants de contrées parfois aux antipodes. Ce monde de prolétaires des races les plus diverses, venus de Fez ou de Yokohama, et parlant plus de cent langues ou dialectes différents, ne forme plus qu’une même famille vivant en com mun, mangeant à la même table, tous unis pour la lutte contre le capitalisme et pour l’émancipation de leurs frères de misère. Leur camaraderie est éternelle ; elle n’est (1j En turc : camarade. pas de celle qu’on contracte dans les uni- versités bourgeoises, où, à leur sortie, suivant les positions ou la hiérarchie que crée la société bourgeoise, les étudiants verront se refroidir ou même s’effacer les sentiments d’une amitié dont les liens leur semblaient indéchirables. Ici, c’est une seule classe, une classe d’exploités, une avant-garde consciente, n’enviant au cun privilège social, que celui qui amé- liorerait la vie du prolétariat tout entier’. Leurs études terminées, ils seront semés dans les coins les plus reculés du monde. Mais leur tâche sera la même : la lutte pour leurs frères de misère, la lutte con tre l’impérialisme immonde, l’édification, sur les ruines du capitalisme, d’une so- ciété nouvelle qui sera pour le bien-être commun. Quant on visite l’Université, on est émer veillé de l’effort prodigieux qu’a dépensé la Russie révolutionnaire pendant ses ins tants les plus critiques ; on ne peut qu’ad mirer l’œuvre grandiose réalisée par les ouvriers et les paysans russes pour se courir leurs frères lointains opprimés. Ceux que l’impérialisme tient dans l’obs- /curantisme pour mieux les exploiter, re çoivent ici, à l’Université d’Orient, la lu mière qu’on leur cache et qui éclaire la face du colonialisme avec toute son hypo crisie. Ici, dépouillés de sentimentalisme, ils connaîtront l’imperfection de la société /capitaliste, sa production anarchique, qui pousse fatalement aux crises, à la de mande de nouveaux marchés, à la colo nisation faite au nom de la civilisation. Dans des salles spacieuses, munies de tout le confort moderne, où l’air et la lu mière entrant à flots, les « sauvages » d’Afrique ou d’Asie, guidés par des pro fesseurs marxistes des plus réputés, ap prendront toutes choses sous leur vérita ble côté prolétarien. On ne bourre pas leur cerveau d’une quantité de notions inutiles, pour en faire, comme dans les Universités bourgeoises, des hommes « bouchés » et serviles, incapables de penser. Les cours revêtent la forme de conférences où professeurs et élèves, à tour de rôle, prennent part à la discussion. Ces conférences sont toujours complétées par des excursions dans les usines, les stations de T.S.F. ou d’énergie électri que, dans les champs d’aviation, obser vatoires astronomiques, etc., etc. Et, dans la Russie nationalisée, tout leur est ouvert pour étudier l’application des notions qu’ils auront acquises. Ils connaîtront l’économie politique, la géographie économique, l’his- toire du mouvement ouvrier ou cette phi losophie prolétarienne qu’est le matéria lisme historique. Dans des laboratoires modernes, munis de microscopes, d’appa- reils et d’instruments des plus perfection nés, renseignés par des livres et des pu blications scientifiques des plus récents, ils apprendront la chimie, la physique, la bio logie. Les cours sont faits dans leurs langues maternelles respectives, à moins qu’ils ne sachent le russe, le français ou l’anglais, qu’ils peuvent d’ailleurs apprendre avec l’allemand dans les cours de langues vi vantes. Pour fortifier leur corps comme ils forti fient leur esprit, ils peuvent pratiquer tous les sports ; dans un préau immense pourvu de toutes sortes d’agrès de gymnastique, et sous la direction d’instructeurs expéri mentés, la culture physique produira des intellectuels sains et robustes, préparés à tous les combats. Pour compléter leur programme et pour les délasser de l’étude, ils peuvent goûter aux jouissances qui, jusque-là, leur étaient interdites, étant des privilèges de la (bour geoisie. Dans leur club, entièrement décoré à l’orientale, les murs couverts d’étoffes superbes et de tapis persans somptueux, de porcelaines chinoises et d’armes fine ment damasquinées du Turkestan, ils peu vent se livrer aux jeux qui reposent l’es prit et charment les sens. Après leurs cours, ils peuvent entamer une partie d’échecs ou de dames, faire de la musique, du piano, de la peinture ; certains écrivent des pièces qu’ils font exécuter par leurs camarades sur la scène de leur théâtre. J’ai assisté plus d’une fois aux soirées qu’ils donnaient dans leur salle des fêtes ; j’ai été émerveillé de voir avec quel art elles étaient organisées, ébloui par les mi ses en scène, la beauté des costumes, la variété du programme. C’était vraiment féerique. Comme sur un écran, défilaient des tableaux orientaux, où le décor, d’un goût parfait, vous transportait dans les contes des mille et une nuits. Puis ve naient des scènes révolutionnaires, des ta bleaux impressionnants où le colonialisme est étalé dans sa nudité, montrant sa face hideuse. Et ces artistes ouvriers montraient plus de talent à représenter ces scènes vécues qu’ils avaient souffert, à imiter les gestes qui leur étaient trop connus, trop familiers, que des artistes professionnels. Après, c’étaient des danses orientales, de? chants populaires qui rappeaient le pays natal, le foyer sous la botte de l’envahis- seur. On était enthousiasmé d’entendre dé clamer des vers futuristes, des poésies col lectives, émerveillé de la rapidité avec la quelle ces peuples arriérés de plusieurs siè cles ont évolué. C’est l’éclosion d’un art prolétarien, vigoureux/qui soulage des ba nalités écœurantes de la culture bour geoise. Dans l’immense salle de danse de l’édi fice, où naguère les jeunes filles nobles val saient avec les aristocrates, on a installé une bibliothèque et une salle de lecture. Deux cents têtes d’Asiatiques, d’Africains, sont là plongées dans des livres" et des journaux. • L’Université est par elle-même une com- mune, c’est-à-dire qu’elle est administrée par les étudiants, qui s’occupent de la gé rance et de l’entretien des bâtiments, de l’achat des denrées alimentaires, des four nitures scolaires, de l’habillement. A tour de rôle, ils font la cuisine, coupent le bois pour le chauffage. J’ai visité les réfectoires où plus de mille élèves viennent prendre leurs trois repas journaliers. En tabliers blancs, les étudiants de service servaient leurs camarades, passaient les soupières fu mantes et les plats appétissants. Les murs étaient couverts de fresques dues au ta lent des pensionnaires et représentant des figures allégoriques : un cultivateur se mant le grain de la vie, un ouvrier for geant le chiffre 5 (cinquième anniversaire de la République prolétarienne) ; dans un coin, la silhouette d’un pochard en haut-de- forme, traînant dans ses bras une prosti tuée, symbolise les vices de la société bour geoise. On. me présenta, parmi les « dé- journés » (étudiants de service), un fils de pacha turc et deux intellectuels hindous qui avaient fini toutes leurs classes dans une université d’Angleterre. Dans la lutte contre l’impérialisme, le communisme avait confondu les classes ; le fils de pacha ser vait le coolie, et dans cette grande famille, c’était un brouhaha où résonnaient cent langues différentes et le rire des jeunes gens et jeunes filles pleins de vie et de santé. Voici les dortoirs, tenus dans un état de propreté parfaite : petits lits de bois verni, au milieu une grande table surchargée de livres, et des petites armoires où sont ser rés les objets des étudiants. Chacun d’eux, à tour de rôle, est chargé du ménage de leur « home ». Et dans la chambrée, ce sont des soirées inoubliables ; on fait de la musique, on reçoit ses amis, on commente les derniers événements mondiaux ; on est. au courant de tout le mouvement ouvriez et de la situation politique mondiale. O1. rit de la tête que fait lord Curzon à la ré ception de la réponse du « Rajik » (I) Tchit- cherine. On sait que les termes ont dû être clairs, précis et, défendant les intérêts de la classe ouvrière, on est sûr qu’elle aura raison de toutes ces notes et ces ultima tums cuisinés par les diplomates les plus roués des nations capitalistes. Et quelle adoration ils ont pour les leaders sovié tiques ! Avec quelle ferveur ils parlent des « camarades » qui sont à la tête de l’Etat prolétarien ! Avec quelle assiduité aussi ils assistent aux « Sobraniés », où on leur ex pose la situation politique et économique de la Russie et du reste de la terre ! (A suivre.) ALIBABA. (1) Rafik (en arabe : camarade). UNE COMPARAISON EGYPTE ET INDO-CHINE L’Agence Havas annonce que 4.500 natio nalistes égyptiens ont célébré le 17 novem bre courant, avec un grand enthousiasme, f anniversaire de la visite faite en 1918 par 7 gloul pacha à la résidence anglaise, afin de réclamer l’indépendance de l’Égypte. L’impérialisme anglais n’est, certes, pas moins détestable que les autres impérinlis- mes, cependant, si jamais des Annamites se livraient à une pareille manifestation en Indo-Chine, le gouvernement colonial fran çais, qui se croit le plus libéral, et même idéaliste, ne manquerait pas de les faire mitrailler et de noyer, quelque pacifi que qu’elle soit, la manifestation dans le sang. Tous les Annamites ont encore présente à leur mémoire la répression sauvage, à coups de fusils et de baïonnettes, de la ma nifestation toute pacifique à laquelle s’étaient livrés, en 1908, leurs malheureux compatriotes de la province de Quang-Nom (Annam), non pas pour réclamer l’indé- pendance du pays, mais seulement pour se plaindre respectueusement des impôts écra sants qui les privaient entièrement du pro duit de leur travail et de la vénalité in croyable des fonctionnaires de toutes cou leurs qui les pressuraient sans vergogne. Coloniaux voleurs Il est des coloniaux qui ne se conten tent pas dp voler les indigènes dans les colonies, ils volent ainsi, et par habitude acquise, leurs compatriotes quand ils soin dans la métropole. Le tribunal correctionnel de Paris a juge, au mois d’octobre dernier, un haut fonc tionnaire colonial qui avait soustrait des marchandises au bazar de l‘Hôtel-de-Ville. L’avocat a plaidé le « coup de bambou », ce qui signifie, dans le jargon colonial, une certaine dépression provoquée par le paludisme, et notre civilisateur voleur a été purement et simplement acquitté. Parions que cette mésaventure n’empê chera nullement ce haut fonctionnaire co lonial de reprendre sa noble mission de conduire les indigènes dans la voie du pro grès. SEE3 Contes et Récits du « Paria » Le Vase de Chine « O manes de Cu-ong (1), très vénéré maître qui nous protégez tous contre les mauvais esprits, la maladie, la misère et le malheur ! Je vous supplie avec dix mille « lay » (2) de m’écou- ter. C’est pour notre fils, pour son avenir ; soyez bon, soyez clément ». Sur une natte de jonc, au bas de l’autel des ancêtres où trône une minuscule tablette portant le nom de son défunt mari, Cu-Ba (3) s’est pros ternée. Elle a fait les « lay » rituels et mainte nant, assise sur ses jambes pliées en arrière à la manière des oies, elle prie. Elle prie pour son fils. L’enfant étudie Fagri- culture à l’Université d’Hanoï où il double sa troisième et dernière année ; dans un mois, l’examen de sortie ; l’an passé le cher enfant a subi un échec ; non qu’il fût incapable mais parce que, elle pauvre, lui n’avait pu offrir à M. (I) « Cu-ong », c’est le nom honorifique de l’époux. (2) « Lay » • génuflexion ou prosternation. (3) « Cu-Ba » *. nom honorifique de l’épouse. le Directeur de l’Enseignement certains cadeaux indispensables et préalables tels que plateaux nacrés en bois de fer, de teck ou d’ébène, pom mes de canne en argent ciselé surmontées d’un dragon d’or, brûle-parfums en bronze antique et surtout vieilles porcelaines de Chine. Comment Cu-Ba aurait-elle pu se procurer des choses si précieuses ? Avec le lopin de rizière, son unique patrimoine, avec le paddy quelle vend deux fois par jour au marché u hameau, c’est tout juste si elle peut verser à l’Etit, l’impôt foncier ; payer pour son fils (et pour sa fille aussi, depuis peu) leurs frais d’études : acheter pour elle, un bol de riz, une botte de bétel et une robe de coton qu’elle teint elle- même au « Cu-Nâu » (1). Elle est née à la campagne et pour la cam- pagne. Elle n’éprouve aucune répu gnance à ma laxer de la lentille des marais avec du son de riz et ses mains avec aisance 'apportent aux co chons leur pâture ainsi préparée. On la voit repiquer le riz, les mollets dans la boue ; à l‘époque où la baie du paddy jaunit, Cu-Ba se lève au premier chant du coq et va surveiller les moissonneurs. Oh ! s’il ne s'agissait que d’elle, bien sûr, sa (1) « Cu-Nâu » : tubercule qui donne une cou- leur rouge brique. pauvreté ne lui pèserait point. Mais son fils, c’est autre chose. L’idée qu’il échouera encore parce qu’elle n a pas ce qu’il faut, cette idée-là lui donne le remords et la pauvre femme se reproche sa pau- vrelé ! Que faire, ô ciel ! ô terre ! Tout à coup, une lueur traverse son esprit ; effrayée, elle l’écarte vite comme un sacrilège, mais la lueur réappa raît, grandit et grandit son courage ; voici : elle songe au vase de Chine qui est là-haut sur l’autel des ancêtres, à côté du brûle-encens, auprès de la tablette de son mari. « O mânes de Cu-ong, c’est pour notre fils bien plus que pour l’étranger ravisseur que je vous demande de sacrifier l’antique souvenir de nos aïeux. Exaucez la prière d’une femme misé rable qui vous vénère, seigneur tout-puissant. » * * * Ce vase que le British Muséum, le Louvre et le Vatican eussent envié, que de fois Cu-Ba avait vu son mari caresser religieusement le galbe trapu mais viril. Il s’éloigne, il s approche il se tient à droite, il va à gauche pour regarder sans se lasser. Il s’assied et subitement déclame une poésie chinoise, mais tout en le faisant. il observe le monstre marin aux yeux de dragon, désorbités et coléreux ; l’animal est de plus flan qué décailles étincelantes et le caprice du pein tre l’a favorisé d’une superbe queue. Elle est longue cette queue, et léonienne, et coiffée d’une touffe de poils, comme d’un panache, elle surgit dans l’air en volutes arrogantes et semble fouetter le ciel. Toute la vitalité de l’amphibie reflue vers cet appendice et c’est là, peut-on dire, que l’au- dace du génie poussée jusqu’à la bouffonnerie, a placé le siège de l’âme. Puis, avec quelques vieux amis lettrés comme lui, il supputait la valeur du blanc patiné, qui forme le fond comme on dit en Occident, et qui révèle aux connaisseurs orientaux, aussi fins que les plus fins dégusteurs, l’origine, la date et l’authenticité. « Celui-ci, disait-Il, est de l’époque Kiang-Hsi, au début, vers 1665 ». Et l’on discutait même sur les nuances du bleu que l’artiste a renforcé pour le monstre, atténué pour le flot tumultueux où son être frétille, éclairci pour le ciel où se divertit la queue au guste. * * * C’est pourquoi, au milieu de sa prière, Cu-Ba ne pouvait s’empêcher de regarder furtivement le vase sacré. Que lui dirait en songe l’ombre de son mari, site vieux souvenir de famille et si l’objet cultuel tombait aux mains des étran gers ? Et quels étrangers, je vous le demande ! Hommes grossiers que son mari méprisait et qu’elle, elle haït ; « Diables exotiques » aux yeux de chat, aux crocs blancs, à la tignasse rouge, au nez nullement aplati, à la trogne enflammée, qui se baladent avec des femmes au bras, lesquelles (et c’est le comble de l’impu deur) ne se font pas laquer les dents non plus ! Tous, sauvages et sauvagesses sortent avec un chien au bout d une ficelle et piétinent bruyamment comme les pêcheurs de crevettes et jurent comme les conducteurs de buffles. Oh ! les pilleurs de son pays ! tes tortion- naires de son mari ! les éteignoirs de son fils ! Et dans le cadre d’un embrasement de « ca- gnats », elle revoit des scènes sanglantes de la conquête française : Un Blanc galonné coulant de la graisse bouillante dans là matrice d’une petite domestique, cinq notables servant de cible aux distractions meurtrières d’une peloton en ébriété, son poulailler réquisitionné... Hélas ! après la guerre, ce fut la paix ! (A Suivre.) Ng. THE TRUYEN waggyes Travail exécuté par des ouvriers syndiqués Le Gérant : Léopold MESNARD. Imprimerie Française (Maison J. Dangon) 123, rue Montmartre, Paris (2 e ) Georges DANGON, imprimeur. •