Nguồn: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7009349g (OCR ALTO của BnF, chưa hiệu đính) Tải về: 2026-07-17 Tựa đề: Le Paria — novembre 1923 1923 Lưu ý: Văn bản OCR máy tự động từ Gallica; sai sót OCR chưa sửa — đối chiếu PDF ảnh cùng tên khi trích dẫn. ### [Trang 1] Novembre 1923 ADMINISTRATION : 3, Rue du Marché des Patriarches PARIS (5 e ) Paraissant mensuellement TRIBUNE DES POPULATIONS DES COLONIES Abonnemnet, Un an : 3 francs Un Appel de I’Internationale paysanne aux Paysans travailleurs des Colonies L'Internationale paysanne, réunie dans son premier Congrès, qui a eu lieu der nièrement à Moscou, a tenu à marquer l'in térêt qu'elle portait aux paysans travail leurs des colonies en leur adressant l'appel suivant ; Aux paysans travailleurs des colonies ! Paysans des colonies, esclaves modernes qui, par millions, dans les champs, sava- ones et forêts des deux continents, souffrez sous le double joug du capitalisme étranger et de vos maîtres indigènes, La Conférence Internationale Paysanne, réunie pour la première fois à Moscou pour élaborer l'organisation de lutte qui manquait jusqu’à présent aux travailleurs de la terre, fait appel à votre conscience de classe et vous demande de venir grossir ses rangs Plus encore que vos frères paysans des métropoles, vous souffrez des longues jour nées de travail, de la misère et de l'insé curité du lendemain. Vous êtes souvent contraints au travail foncé, au portage meurtrier et aux corvées interminables. Vous êtes écrasés d’impôts. Le capitalisme exploiteur vous maintient dans l’obscurantisme,, vous opprime idéo logiquement et décime votre race par l’usage de l’alcool et de l’opium. L’odieux régime de l’indigénat, imposé par l’impérialisme capitaliste, vous prive de toute liberté individuelle, de tout droit politique et social, vous plaçant ainsi au rang inférieur des bêtes de somme. Non content de vous réduire ainsi à la misère et à la ruine, le capitalisme vous arrache à vos foyers, à vos cultures pour faire de vous de la chair à canon et vous jeter, dans les guerres fratricides, contre d’autres indigènes ou contre les paysans et ouvriers de la métropole. Parias des colonies, 1 Unissez-vous ! Organisez-yious ! Joignez votre action à la nôtre ; luttons ensemble pour notre émancipation com mune ! W’ixo ]‘sfrevalissamant deg indigènes des colonies ! Vive l’Internationale des Travailleurs ! Vive le Conseil du Paysan International ! s De Siki à la Révolution Mondiale Le sixième congrès de l’Internationale Boxing Club, se prononçant sur le cas des deux boxeurs Carpentier et Siki, vient de dé clarer le premier forclos et de proclamer le second déchu de ses titres de champion d’Eu- rope et du monde. Parions que la déchéance de Siki lui sera moins préjudiciable que celle où le capita- lisme et l’impérialisme tient les millions de prolétaires indigènes. >**•< L’indigénat en Algérie Où M. Steeg a le nez dans sa.. . son œuvre Notre confrère « Le Trait d’Union » d’Al- ger publie avec une heureuse opportunité, au moment où le régime odieux de l’indi- génat sévit avec une brutalité accrue, un article de M. Steeg, gouverneur général de l’Algérie, publié dans l’ « Action » du 24 février 1909, alors que M. Steeg n’était que simple député. Cet article était un rapport qui mettait en lumière tous les méfaits de l’indigénat, et M. Steeg plaidait la cause des indigènes ; à son avis, la France ne devait plus continuer à appliquer cet odieux régime qui est digne de la féodalité du moyen âge. Nous invitons tous les indigènes et amis des indigènes à rechercher et lire le « Trait d’Union » d’Alger du 30 octobre 1923 ; quant à nous, qui observons depuis longtemps les hommes qui sont le déchet du parti radical, l’article de M. Steeg, député, ne nous avait pas enthousiasmés. Par con séquent, l’attitude actuelle de M. Steeg, gouverneur, ne nous étonne pas davantage. Nous savons très bien que depuis que ce parti est en décomposition il n’a plus au cun principe ni politique ; depuis qu’il s’est assis sur son programme, ses membres dispersés ne cherchent qu'une chose : une sinécure, un emploi honorifique et lucratif. Or, depuis longtemps, la question coloniale est une question gênante pour tous les par tis et principalement pour les partis qui se sont partagé alternativement le pouvoir. Ce qui fait que cette question, est devenue la pierre de touche; Tous ces messieurs, qui ambitionnent un séjour agréable au Palais d’Etat à Alger ou bien au Palais de la Dy nastie de s Ranavalos à Tananarive ou ail leurs, n’ont qu’à ouvrir la bouche sur la question coloniale, même s’ils ne la con naissent pas, et immédiatement on la leur boucle avec la place ambitionnée. D’ail leurs, on pourrai! citer bien des exemples à cet égard : MM. Messimy, Augagneur, Jonnart et bien d’autres. Alors, il est tout à fait normal que M. Steeg, après avoir critiqué les méthodes de colonisation né fastes à la France et aux pays colonisés, une fois lui-même gouverneur d’une colo nie, non seulement n’ait rien fait pour at ténuer les rigueurs de ce régime, mais qu’il les ait cyniquement aggravées. ELGHADAOUL La Carence de la Ligue des Droits d e l’Homme Chacun sait que la‘Ligue des Droits de l’Homme a fait faillite sur de nom breux points de son programme démo cratique, et qu’elle s’entend à merveille à bourrer les crânes, avec ses campa gnes contre la guerre, pour l’amnistie, etc-.-, etc... Mais la question coloniale est une de celle où elle réussit le mieux à faire des dupes. Elle avait créé,, il y a quelque deux ou trois ans, une commission coloniale, à côté de son comité central. Avez-vous jamais entendu parler des travaux de cet organisme fantôme et des résultats obtenus par lui ? Je n'hésite pas à dé clarer qu’il n’en est jamais rien sorti. Et, cependant, c’est par centaines que les demandes d’intervention sont adres sées à la, Ligue des Droits de l’Homme, par des malheureux indigènes victimes die l'arbitraire administratif, de l'ex- ploitation la plus éhontée et qui lui accordent encore quelque crédit. Les requêtes dorment dans des cartons poussiéreux ou des chemises éventrées, car la Ligue des Droits de l’Homme a bien d’autres choses à faire- Elle agit d’autant moins, que son opinion, sur le problème indigène, ne diffère pas sensiblement de celle que professent les pires réacteurs. : il ne faut rien anti ciper, il faut être prudent, procéder par étape, chaque chose arrive à son heure, les indigènes ne sont pas mûrs pour l’accession aux droits politiques etc..-, etc.-. Il y a belle lunette que nous sa vons ce que cela veut dire- C’est une théorie d’indifférence, d’abstention ou même de régression. Au cours d’une des réunions de la fameuse commission coloniale dont nous parlons plus haut, s’est passée la petite scène suivante : les indigènes, de je ne sais puis quelle coronie, avaient saisi, le secrétaire général de la Ligue, d’une réclamation au sujet des vexations et des brigandages dont ils étaient l’objet. Il s’agissait de pren dre une décision- La demande d’inter- vention était transmise et appuyée par le président de la section locale de la Ligue, dans la colonie- On commença par déclarer que la relation des faits incriminés était très probablement exa gérée. Et quelqu’un ayant rappelé que le, président de la section locale sem blait les confirmer, cette flatteuse ob servation fut émise : sans doute, mais c’est lui-même un indigène ! Ainsi donc,- lorsqu’un président d’une sec- thon coloniale de la Ligue est un indi gène. ses déclarations sont sujettes à caution- Qu’en pensez-vous camarades d’Asie et d’Afrique, qui consentez en core à donner dans le piège de la dé mocratie républicaine de la Ligue à laquelle appartiennent MM. Théodore Steeg et autres ? Je me 'souviens aussi de lalccueil moins qu’empressé que fit M.A Aulard, du Comité Central de la Ligue, a une demande de participation à un meeting que lui adressait autrefois la « Ligue pour l’accession aux droits de citoyen, des indigènes de Madagascar ». Après cela croyez, si vous voulez, au succès qu’aurait remporté la motion que M. Gouttenoire de Toury se propo sait de soumettre au Vote du dernier Congrès de la Ligue des Droits de l’Homme- La motion tendait à ce qu’un vœu fût émis pour que : « en atten dant de Voir s’améliorer la législation concernant les indigènes de nos colo nies en matière de naturalisation, celle- ci fut appliquée dans un large esprit d’équité et de fraternité humaine ». A remarquer d’abord que le, Congrès se sépara sans attendre d’être saisi de la motion. Celle-ci eût-elle été discutée n’aurait pas été votée. Eût-elle même retenue, elle n’aurait rien signifié et rien changé. Ce sont des mots ! des mots ! L’atroce situation des indigènes ne sera pas transformée par les formules impuissantes des rhéteurs. Seule Fac tion révolutionnaire libérera les parias coloniaux, en même temps que les eX- ploités de partout- Max CLAINVILLE ELONCOURT. ,e*e-4 SOUSCRIPTION POUR LE « PARIA » Listes précédentes 1.040 50 Huynh Van Tron Des camarades du groupe J. Jaurès de La Martinique 8 » T. Th. Dien 20 » Des camarades du Dahomey 8 » Deux camarades de l’Océanie 14 » Un grand écrivain indigène, pour l’éman- cipation des hommes de couleur 30 » Total 1.124 50 UNE VISITE A RENE MARAN René Maran est à Paris. Nous avons eu le plaisir et l’honneur de le voir au Quartier Latin. L’auteur du fameux Ba- touala (prix Goncourt de l’avant-der nière année) nous a accordé un entre tien très cordial. Il nous a donné quel ques-uns de ses articles, publiés par des journaux avancés de la métropole, en particulier « La Griffe », dont nous extrayons les lignes suivantes : I. — Il y a France et France « En effet, la France que connaît l’étranger n’est pas la France de tous les Français. C’est une France de paco tille, une France d’exportation, celle des journaux, des politiciens interlopes, des financiers transhumants et des fonction naires pérégrins ; celle de ce monde décadent, superficiel, malade et mêlé, où tout n’est que luxe et luxure, et où on essaie, par habitude, de s’amuser per pétuellement. C’est une France « parti culière », qui n’a jamais été et ne sera jamais la vraie, mais qui, hélas ! bien qu’elle ne soit que l'ignoble caricature de celle qu’on doit aimer à la passion, est parvenue à imposer au monde son faux visage, et à faire exécrer le Fran çais en tous lieux. « Car, à l’heure actuelle, par le vaste monde, le beau nom de Français est sy nonyme de stupre et de perfidie, signifie dureté de cœur, avarice, duplicité, sou lève la risée, le mépris ou la haine. Cela, on ne le sait pas assez, la grande presse, depuis toujours, ayant accoutumé de dresser entre la vérité et leur pays, le pays qu’elle prétend représenter, hono rer et servir, les murailles de l’insolence canaille et du mensonge vénal. » II. — Mesquineries ; bassesses de la clique coloniale « La Société des Nations a confié à la France la gestion du Cameroun. De ce fait le Cameroun est désormais colonie française. Un de mes camarades de ly cée, Servius Pindard, qui était, en 1919- 20, employé à la Compagnie d’Orléans, à Bordeaux, fut mis, sur sa demande, à la disposition de l’Administration des Chemins de fer de Cameroun. Pindard. iaujuuds. -aru, - ai ia suorie ik son devoir dans un régiment métropo litain. Né à Cayenne .Guyane Françai se), une des rares colonies qui aient un député, il est par conséquent « assimilé européen ». C’est donc un Français. « Eh ! bien, ce Français de couleur, à cause de la pigmentation de son épi- derme, a été chassé d’un des cafés de Douala, chef-lieu du Cameroun, colonie française ou gérée par la France, com me on voudra. « Qu’on se renseigne, qu’on pape rasse, qu'on enquête : il sera aisé à qui voudra, de voir que je me tiens volon tairement en deçà de la vérité. » « Est-ce tout ? Que non pas ! Depuis tantôt treize ans, malgré les énergiques réclamations des intéressés,* les Fran çais de couleur n’ont pu obtenir ni de ('Administration Centrale ni de l’Admi nistration locale qu’elles trouvent le moyen de supprimer les avatars qui les assaillent chaque fois qu’ils ont à tra verser le Congo Belge, par nécessité de service. En effet, au cours du long et pénible trajet Matadi-Kinshassa, on leur refuse l’accès des hôtels, lorsqu’on ne les injurie pas avec grossièreté. « Pareille façon d’agir est scanda leuse. Elle l’est d’autant plus que ceux qui ont à la subir sont non seulement des sous-officiers de l’infanterie colo niale ou des Agents des Services Civils de l’A.E.F. mais encore des sous-inten dants, des administrateurs, voire des magistrats chargés par intérim de la direction du Service Judiciaire du Con go Français. » III. — Pas de bluff, s. v. p. ! « D’ailleurs, pourquoi s’en prendre aux Belges, qui sont maîtres chez eux, alors que toute la responsabilité des incidents signalés incombe à la seule administration coloniale française ? Elle abuse continuellement de ses droits, et ne remplit aucun de ses devoirs. Elle se dérobe avec une prudence en secret hilare et narquoise, derrière le petit amas de correspondance infime qu’elle a échangée pour la forme, le parfait fonctionnaire n’en étant plus à ignorer qu’une lettre administrative n'est qu’un document sans valeur, un chiffon de papier. Maintenant, qu'un agent consu laire, directeur d’un hôtel-restaurant français sur lequel flotte le pavillon du consulat de France, refuse, à Matadi, de loger un fonctionnaire français de cou leur, sous prétexte que les lois belges s’y opposent, — le Ministère des Colo nies et le Gouvernement Général de l’A.E.F. s’en f..., comme le paveur de la chanson. Non seulement ils s’en f..., mais encore ils s’en réjouissent. Je me garderai bien de tirer la mora lité de tout ce qui précède, tant il est hors de doute que la France coloniale 'est en opposition foncière et constante avec la France tout court. Aussi, affir mer des nègres, comme on le proclame aux quatre vents, qu’ils aiment leurs conquistadors, serait mensonge. En vé rité, vaguement résignés à leur destin obscur, ils les observent, curieusement, en cachant autant que possible leur pen sée profonde... « En cette période troublée où la dé- Amnistie pour les Indigènes Aux jours sombres de 1914, la France capitaliste était en danger, la jeunesse coloniale, bernée par les vendus au ca pitalisme colonial, s’est jetée dans la fournaise avec la jeunesse ouvrière et paysanne de France. Après cinq ans de guerre, beaucoup de morts, très grand nombre de mutilés, la plupart privés de leur maigre pen sion sont réduits à la mendicité. Mais tous les Musulmans espéraient, la guerre finie, que cet ignoble code de l’indigénat disparaîtrait à jamais et que désormais l’indigène serait un ci toyen au même titre qu’un Européen. Hélas ! les événements ont déçu les plus patriotes des Musulmans. Répression féroce des faits politiques, interne ments, emprisonnements arbitraires, impôt forcé, etc... Voilà la récompense de Mariane III e pour ses « enfants adop tifs ». Dans l’Afrique du Nord, les indi gènes sont morts de faim dans les fos sés ou étaient décimés à coups de fusil par les colons « civilisateurs », chaque fois qu’ils tentaient de dérober quelques kilos de blé pour calmer la faim de leurs petits enfants ; car il y a eu des petits enfants et des femmes morts de faim dans les vastes plaines de l’Afrique du Nord et il en meurt encore, n’est-ce pas Monsieur Steeg ? Au Sénégal, les blancs « civilisés » faisaient boire du caoutchouc liquide aux indigènes du pays pour les punir de quelques peccadilles, n’est-ce pas Monsieur Sarraut ? Au lendemain de la fin de la guerre, les soldats du droit se retrouvaient au bagne, ils se sont quittés au front, ils gémissent ensemble à Biribi. Parmi ces milliers de malheureux, nous avons connu un homme, un ancien soldat sénégalais à la prison civile d’Al ger, condamné par le Conseil de guerre de Dakar à la détention et à la dépor tation perpétuelle sur le seul témoi gnage d’un mouchard, pour propagande nationaliste au cours de sa permission dans son pays ; il se nomme Cheik Ahmed ben Aboulek. Sr Avec lui. cinq jeunes Syriens con— udilalito: auA iaaus iVlÜUS a pÜL P c vülu par le Conseil de guerre de Beyrouth pour avoir protesté contre les méfaits du militarisme français dans leur pays. D’autres Syriens arrêtés et jugés dans les mêmes conditions sont tous à la Guyane. Ohé ! les hommes de la Ligue des Droits de l’Homme, qu’avez-vous fait des principes de cette malheureuse li gue ? Nous vous attendons à la besogne pour libérer ces malheureux. Ohé ! les politiciens qui chantent le dévouement des indigènes à tous les vents. Songez que des mères pleurent leurs gars, partis pour défendre une cause qui n’est pas la leur, et qui se meurent tous les jours un peu dans les prisons de cette belle garce : Ma riane III, prisonnière de Daudet le Roya liste, ayant comme geôlier Théodore Steeg, de la Ligue des Droits de l’Homme ! ! ! Il est honteux de laisser mourir ces malheureux indigènes, victimes des souteneurs de la République, dans les bagnes et les prisons, alors que des voleurs sont comblés d’honneurs et oc cupent des fauteuils dans les ministères. La jeunesse coloniale est fixée sur la civilisation de la France impérialiste. C’est par la fraternisation internationale de tous les esclaves qu’ils obtiendront leur libération définitive. La Révolution est inévitable, fatale ; nous, jeunes coloniaux, unissons nos efforts aux jeunes Européens pour en assurer le succès. AHMED LAGHOUATI. =*e-<— -= ÉCHOS =:= ••• Alexis Desbranches, un camarade noir de la Guadeloupe, est expulsé sans congé de la chambre qu’il occupait dans l’hôtel meublé, 4, villa Kellerman, Paris-13 e . Gothon Lunion, encore un camarade noir de la Guadeloupe, est expulsé dans les mê mes conditions de sa chambre par le proprié taire de l’hôtel meublé, 9, rue Boulard. Enfin, le même fait se reproduit contre le camarade Zioudou, originaire de la Guade loupe, par l’hôtelier, 3, rue du Petit-Pont. Inutile de dire que tous ces camarades rem plissaient ponctuellement leurs obligations de locataires. Tous ces faits se sont passés en moins d’un mois. Il y en a peut-être d’autres pareils qui n’ont pas été portés à notre connaissance. Est-ce une campagne qui s’amorce ? Dans ce cas, les combinards de la trempe de Candace peuvent continuer à roupiller, nous veillerons, quant à nous à la question. natalité française inquiète ceux qui sa vent se dépasser et prévoir, il appartient à M. Poincaré de faire non seulement respecter, en France, les nègres fran çais par les étrangers, mais encore, mais surtout par les Français eux-mêmes, dans leurs propres colonies. 3 Coquilles suspectes ! Nous avons constate, dans plusieurs n umé - ros du P(èria } des coquilles étranges qui faus sent complètement le sens des phrases dans lesquelles elles ont été glissées, volontaire ment ou involontairement, nous n’en savons rien. 7 oujours est-il qu’elles nous parais sent d autant plus suspectes que les plus graves ont été commises dans des articles qui ont été composés d’après les copies dactylo graphiées, donc parfaitement lisibles. Ainsi, dans le dernier numéro, 2 e page, sous la rubrique : « La liberté de voyage. — Lettre ouverte à M. le Ministre de l’Inté rieur », au lieu de : ... « un moyen de res treindre arbitrairement leurs droits et leurs libertés individuelles », Je typo a mis : « un moyen de restreindre leurs droits et leurs in térêts individuels ». Plus bas, dans un autre passage, il a glissé ; « fidèle à mon principe » au lieu de : « fidèle à ce principe ». De même, nous le signalons en passant, dans le numéro du 15 février dernier, 2 e pa- ge, sous la rubrique ; « Les antifrançais dans le vocabulaire colonial », le mot per sonne a été malencontreusement remplacé par le mot personnalité dans la phrase : « En un mot, est antifrançaise toute personne qui a le courage, etc. » P.-S. — Nous croyons devoir signaler à nos lecteurs que nous avons été contraints de changer d’imprimerie vu les incursions fré quentes qu’y faisaient les policiers de M. Al bert Sarraut. 1 Monsieur le Miisire d es Colonies, à Paris Paris. le 13 octobre 1923. Monsieur le Ministre, Je prends la liberté de vous communiquer ci- jointe la lettre ouverte que j’ai écrite à M. le Ministre de l’Intérieur à la date du 10 septembre Sans le fâcheux incident survenu dernière- ment dans l'affaire de ma demande de sauf- conduit pour les pays rhénans, je ne publie- rais probabiement jamais rien de l’thistoire, du complot politique dont j’ai été accusé au dé- but de la guerre. Non pas que cette histoire f fantastique puisse avoir rien de gênant pouk Wnoi personnellement, mais parce que. si mes "ennemis connus ou inconnus nom jamais cessé de s’occuper de moi, je n'ai, de mon côté, guère pensé à eux : je les ai presque toujours complètement oubliés, ainsi que tous les torts qu'ils m'ont causés. A la suite de la lettre que je vous ai écrite le % août 1923, j ai eu une entrevue avec M. le Chef Adjoint de votre cabinet. Au cours de no tre entretien, ce haut fonctionnaire m’a donné l’assurance que le département des colonies n’avait jamais donné à la préfecture de police aucun ordre, aucune instruction à mon sujet, ni pour me faire surveiller, ni pour quoi que ce soit. Il est cependant certains faits authenti ques qui prouvent que des manœuvres inadmis sibles ont tété exercées contre moi par des agents de votre administration. Sans doute — je m’empresse de le dire en raison de l’assurance que m’a donnée à cet égard M. le Chef Adijoint.de votre cabinet — ils ont agi à votre insu et à l’insu de leurs supérieurs thiérarchiiques ; en tout cas, j’ignore aux instructions de qui ils ont obéi. C’est donc moins pour moi que pour l’administration dont vous êtes te chef suprême que je vais porter a votre connaissance quelques faits qui sont de nature à vous édifier sur les intrigues dont j’ai été victime. Que le gouvernement me sur veille pour voir si je ne conspirais pas, je n’y verrais aucun inconvénient, et pour cause ; mais que mes ennemis envoient constamment des agents secrets à mes trousses pour me nuire dans mes intérêts personnels, vous estimerez certainement comme moi que ce sont là de agissements intolérables. Or, voici, à ce propos, trois questions précise entre tant d’autres : 1° Si en décembre 1920, un jour que je sor tais pour aller, avec une dame du nom de Mme Hanauer, voir du côté de Vincennes, un de mes clients qui se trouvait à Paris, en trai- tement dans une clinique, un inspecteur de la Sûreté, attaché au ministère des Colonies, ser vice du contrôle des Indo-Chinois, ne m’a pas filé ; si, ensuite, il ne s’est pas présenté, à deux reprises, à lhôtel Terminus-Nord, 12, boulevard Denain, où étaient descendus mon client et ladite Mme Hanauer, pour demander à parler à cette dernière ; et si, reçu par mon client et questionné sur le but de sa visite. il n'a pas répondu, avec un air, manifestement gêné et en bredouillant, que la police secrète avait vu la veille Mme Hanauer avec un mon sieur Chinois ; 2° Si, à la. même époque, le même fonction- nuire ne s’est pas présenté chez une de mes clientes à Paris, boulevard Voltaire, pour lui dire textuellement ceci ; « Pourquoi avez-vous confié votre aifaire à Me Phan-Van-Truong : Vous ne saviez peut-être pas qu’il avait été im- pliqué dans un complot politique contre la France » ? 3° Si, en la même année 1920, lorsque, étant de passage à Toulouse, j'avais été vOur une fa mille dans cette ville, au numéro 58 de la Côte Pavée, un agent de la Sûreté ne s’y est pas présenté, après mon départ pour rentrer à Paris, pour demander, en déclinant sa qualité de policier, si je n'étais pas effectivement parti pour Paris. Il importe d’ajouter que cette ma- nœuvre d’intimidation pour détruire mes rela tions a eu lieu chez bien d’autres personnes qui ont reçu ma visite. Sans doute les agissements que je vous si gnale vous étonnent, et peut-être vous deman derez-vous quel en 'pouvait être le but. Eh bien i la tactique me semble claire et nette -, ces manœuvres avaient tout simplement pour but de rendre la vie impossible à la bête noire en détruisant sa clientèle et ses relations pour l’amener par là à se soumettre et à faire amende honorable. Je sais que je peux être indéfiniment en butte à de nouvelles intrigues, à de nouvelles persécutions : mais je les attends avec la cons cience tranquille d’un homme qui ne désire que le bien de ses semblables. Tant pis. Ce sont des mœurs de notre siècle. Veuillez agréer. etc... Phan-Van-Truong. Avocat à la Cour. ### [Trang 2] La voie de la délivrance Souvent, j’ai eu l’occasion de m'entre- tenir avec des indigènes de diverses colo nies, qui se posent en patriotes et parlent de libérer leur pays sans avoir une juste idée du monde actuel, où règne partout le régime de l'exploitation de l'homme par l’homme. Regardons un peu de près leurs desseins. Voici un Annamite bien connu parmi nous, qui me dit un jour : « Lorsque notre pays sera délivré du joug de la France impérialiste, il faudra le doter d’abord d’un régime absolutiste. » Là, c’est un Malgache qui préconise pour sa pairie un gouvernemenu purement na tionaliste. Je ne voudrais douter en aucune façon de la bonne foi de ces patriotes et natio nalistes ; mais ils ont oublié de d'appren- dre comment ils débarrasseront leur pays de la domination étrangère. Tant qu'ils ne font que bavarder au lieu d’agir, ils sont, selon moi, et peut-être sans le savoir, ou des farceurs, ou des charlatans. A l’époque où nous sommes, la politique est, pour beaucoup de gens, un véritable commerce, et il ne manque pas de mar chands de politique. Pour moi, il n’y a que l'union interna tionale des prolétariats de toutes les races qui puisse libérer le monde du joug capi taliste, dont le colonialisme n’est qu’une forme spéciale. C’est du jour où toutes les victimes de l'oppression capitaliste auront la conscience nette du sens de la lutte des classes,, que commencera effectivement leur émancipation. Et alors, ces opprimés verront, clair corne le jour, que ce que leurs bourreaux appellent la patrie n’est qu’un truc dont se servent leurs oppresseurs pour les faire marcher dans de louches combinaisons. A bon entendeur, salut ! VILAIN METIER Il n’y a pas de sots métiers, dit-on. Soit- Mais il y a des métiers dégoûtants, et le plus sale, parmi ceux-là, c’est celui de mou chard. Soit dit entre nous, parias indigènes de toutes les colonies, méfions-nous ; les mou chards blancs nous suivent partout comme des petits chiens. C’est leur métier (il faut que tout le monde vive). Mais qu’il y ait des natifs des colonies qui fassent cette besogne pour l’odieux gouvernement colonial et contre leurs compatriotes, c’est le comble de l'ignominie. Si ces espions indigènes avaient encore quelque reste de pudeur, de sentiment hu main, pour penser au pays qui les a vus naître et où reposent leurs ancêtres, ils se raviseraient et préféreraient la mort à ce triste métier. Et pourquoi la clique coloniale a-t-elle chargé ces espions de nous filer ? Tout simplement pour savoir si le Paria vit en core. Eh bien oui ! le Paria vit, comme l’on voit, en dépit de tout et malgré toutes les manœuvres de M. Albert Sarraut, gaspil- ‘ant, pour l’entretien des fainéants de sa clique, l’argent sué par les malheureux contribuables nha-que. Attention ! Chers parias et compatriotes, . ne vous laissez pas attraper par des four beries coloniales. SYSTEME D... Je crois devoir mettre sous les yeux des lecteurs du Paria comment le gouverne ment de requins dont M. Merlin est le chef a fait un geste généreux en faveur de la population japonaise, avec l'argent des pauvres prolétaires in do-chinois. Voici l'article, extrait de la Voix Anna mite : « Pour les sinistrés indo-chinois. — Le geste d ugouvernement général de l'Indo- Chine en faveur des sinistrés du Japon ne peut être qu'interprété favorablement par toute la population française et indigène ide la colonie. Mais, par une coïncidence malheureuse, il se trouve qu’au même mo ment l'Indo-Chine subit des désastres tels, par suite des inondations, que des milliers et des milliers de sinistrés, des milliers de miséreux sont à soulager, et pour lesquels le gouverneur général n’a pas encore dit ce qu’il comptait faire. » « C’est très beau de venir en aide aux amis et alliés japonais ; ce geste spon ané et magnifique est tout à la louange de M. Merlin (ce geste est bien dans la ma nière française) ; mais il faut aussi penser aux nôtres, et nous attendons avec impa tience un même geste pour les malheu reux nha-que qui, par milliers, sont main tenant dans la misère noire. Il ne faudrait cependant pas les oublier. Que diriez-vous si l’on vous demandait une partie de votre fortune pour sauver un ami dans la débine, alors que la même somme pourrait sauver votre sœur à l’agonie ? Indobitablement, vous iriez d’abord à votre sœur. « Les 100.000 piastres données au Japon, plus le riz envoyé, proviennent bien, nous semble-t-il, des sommes versées au Trésor par tous les contribuables qui ont été à la peine et qui ont sué pour garnir les caisses de l’Etat, et tous ont approuvé le geste du gouverneur général. Mais, dès lors qu’à leur tour ils se trouvent dans le même cas que les amis japonais, c’est la moin dre des choses qu’ils soient soulagés les Qui paye la Mosquée de Paris? Le gouvernement français trompe l’opinion européenne et mystifie le monde musulman La presse à tout faire à la solde du Bloc national et des requins coloniaux a an noncé pendant et après la guerre, avec grand fracas, que la France, pour récom penser ses sujets musulmans, allait leur construire une mosquée en plein Paris pour permettre à ceux d’entre eux qui croient de pouvoir pratiquer leur culte dans un pays où, jusqu’à présent, ce culte est im praticable. Si l’opinion européenne et celle des Mu sulmans qui ne sont pas sous la domina tion de la" France sont peut-être dupes de ce grossier mensonge, aucun khamès ou fellah de l’Afrique du Nord n’en est dupe ; car, en réalité, ce sont eux qui payent les millions de ce monument inutile par un impôt forcé, une véritable réquisition. Depuis le commencement de la construc tion de cet édifice, une souscription est ou verte dans le bled parmi les indigènes de l’Afrique du Nord, je répète, une souscrip tion forcée et voici comment : Les administrateurs, sur des instructions venue s certainement de hauts lieux, ont réuni les caïds et ont dit à chacun d’eux : « Toi, tu as tant d’administrés, tu dois imposer chacun d’eux de 20, 30, 40 ou 50 francs », suivant la richesse supposée de la contrée administrée ; ordre formel de faire rentrer les sommes ainsi fixées. Tous les indigènes doivent cracher, c’est pour- la mosquée de Paris. Pour ceux qui ne peu vent pas... je vous fais grâce des sanctions administratives qu’ils encourent. Je dis plus haut « monument inutile », je me permets d'insister sur cette inutilité, : car tout le monde sait que les Musulmans pratiquants ne viennent pas en France ou si peu que cela ne compte pas ; d'ailleurs, une simple mosquée dans Paris ou en France ne suffit pas en elle-même pour pratiquer les rites musulmans ; si vous ne me croyez pas, consultez les Oulamas, les vrais Oulamas, ceux qui restent dans leurs gourbis et qui dédaignent les honneurs de F Administration, ce sont ceux-là les vra is savants musulmans, ce sont ceux-là qui sont restés fidèles à leur culte et à leurs traditions ; mais si vous consultez les Ben Ghabrit et ses pareils qui sont vendus à l’Administration et qui se moquent autant de leur religion que de leur première che mise et qui sont traîtres à leur race, alors je suis 'fichu. Voilà pourquoi nous ne cesserons pas de dénoncer devant l’opinion mondiale les pra tiques d’une Administration et d’un gou vernement se disant démocratiques (bien due nous ne nous fassions aucune illusion sur le mot « démocratie », devenu depuis longtemps un mot vide de sens). Voilà pourquoi nous disons aux indigènes de tou tes les colonies : « Vous n’avez rien à espé rer, ni de vos mauvais bergers, vos compa triotes, qui vivent en parasites entre vous et l’Administration ; peu leur importe la mission qu’ils doivent accomplir, une mis sion d’émancipation et de civilisation de leurs frères de race, en même temps qu’ils aident à vous exploiter et à vous persécuter, ils trahissent la France qu’ils prétendent servir car, malgré tout, le prolétariat in- tdigène se réveille et ne se laissera pas tou jours tondre. Inutile de souligner la gravité des conséquences qui résulteront de ce ré veil. Vous n’avez rien à espérer non plus d’une Administration dont la plupart des fonctionnaires sont corrompus et à la merci du capitalisme colonial qui exploite les ri- chesse s de vos différents pays. (( Tout ce monde est d’accord pour ex ploiter votre misère et vous repousser de plus en plus vers les montagnes arides où vous finirez par mourir de faim. C’est le sort des Indiens d’Amérique qui vous at tend, c’est-à-dire votre extermination com plète. Votre émancipation sera votre œuvre ou ne sera pas. » ELGHADAOUI. premiers, devant le désastre qui les ac cable. (( En supposant que la caisse-réserve pou • vait disposer de 100.000 piastres, il semble qu’on aurait pu couper la poire en deux : 100.00 i unes pour le Japon, par exemple, et > reste pour les sinistrés indo-chinois. » (La Voix Libre.) Telle est la bienveillance de la mère- patrie, protectrice envers ses enfants. Au fur et à mesure que je lis cet article, je ne peux n empêcher de verser d'abon- dantes larmes en pensant au sort miséra ble de la population ouvrière japonaise, ainsi qu’à celui de mes malheureux com patriotes Dân. Le gouvernement criminel, dont le chef est un sieur Mer...fin, complice de M. Al bert Sarraut, empoisonneur, n’a pas en core envisagé des mesures de secours né cessaires ; ou, peut-être, la bande des re quins a la naïveté de croire que les mal heureux indigènes de l'Indo-Chine ont seu lement les droits de payer lourdement les impôts de toutes sortes et de souscrire à l’emprunt forcé, ou encore de boire beau coup d'alcool, ou de fumer beaucoup d’opium au lieu de manger. Qu’en pensez-vous, Monsieur Merlin ? Qu’en dites-vous, Monsieur Sarraut ? TRAN-XUAN-HO. Un Procès à la Colonisation Française Qu’a donc fait encore la clique coloniale au Togo, pour que l’Angleterre et l’Amérique l'aient traînée devant la S. D. N. La Commission permanente des mandats procède, à Genève, à l’examen des rapports des gouverne ments auxquels est confiée l’administration des territoires des anciennes colonies allemandes. Un certain Bonnecarrère, commissaire français, a donc reçu l’ordre de bluffer comme on s’y at tend, dans un « important travail » au dire du « Figaro ». « Dans le domaine de la législation socrare, une lutte méthodique se poursuit contre les formes d’esclavage détourné, l’alcool et Les stupéfiants...» Et le brave commissaire de conclure que la co lonisation française, au Togo comme ailleurs, s’inspire des principes humanitaires posés par M. Sarraut dans sa « Mise en valeurs ». Malheureux disciple ! Ignores-tu donc que l’agent propagateur de ces stupéfiants n’est r ien autre que ton seigneur et maître, son Excellence A. Sarraut ! Le « Figaro », lui, renchérit. Oyez ses plaintes amères « Les journaux américains, surtout ceux appar tenant à une dénomination religieuse quelconque — et il y en a — font depuis quelques semaines une certaine campagne au sujet du Togoland, qui est sous mandat français. « L’administration française y est prise à partie, et certains vont jusqu’à dire que les natifs, en grand nombre, sont tenus illégalement en état d’esclavage, emprisonnés, déportés par les auto rités, ce dans de telles proportions que F « Anti- slavery and Aborigène Protection Society of Great Britain » a dû se résoudre à faire appel à la « League of Nations ». « Il serait temps que semblables allégations prennent fin. Sous le couvert de ces allégations sentimentales, poursuit son cours une propagande occulte, qui cherche par tous les moyens possibles et plausibles à entretenir une agitation en faveur d’un soi-disant désir des natifs du Togoland, à être sous la protection de l’Angleterre, parce que leur conviction est que cette puissance est plus apte à les diriger, ajoutant que si une opportunité leur avait été offerte d'exprimer leurs désirs, c’eût été vers la Grande-Bretagne qu’ils se seraient tournés. » AUX INDIGENES ALGERIENS ET NORD-AFRICAINS RESIDANT EN FRANCE Alger. — Vous qui habitez maintenant de l'autre côté de l’eau, vous avez échappé à l’infâme corde de l’indigénat, mais vos frères de misère, restés ici, le subissent toujours. Faites des démarches auprès de vos amis de France, groupez-vous, de- venez une force et aidez au soulagement de la misère et à l'émancipation de vos coreligionnaires. Le « Trait-d'Union », villa Francisco-Ferrer, avenue Frais-Vallon, Alger, est à votre disposition pour cela. LA TRIQUE POUR LES SOLDATS INDIGENES Au nom d’un groupe important de soldats indi gènes d’Algérie, un camarade est venu nous ap porter leurs doléances — trop connues, hélas ! Il faut pourtant, une fois de plus, faire entendre : la plainte de nos malheureux camarades trois fois violentés, comme prolétaires, comme soldats et comme sujets coloniaux. Il semble, en effet, qu’avec l’introduction en France des troupes et des travailleurs de couleur, l’esprit anti-indigène tende à se développer. Dans les cadres blancs des troupes coloniales, il est déjà porté à la hauteur d’une institution, et se donne toute licence aux colonies. Voici quelques anecdotes qui donneront une idée de la manière dont sont traitées les recrues indigènes de Blida (province d’Alger). Un jeune soldat n’a pas encore appris à bien faire sa cravate. Un sous-officier l'aperçoit : — C’est toi, Mohammed ! C’est comme ça que je t’ai appris à faire ta cravate ? Amène-toi ici. Gifle. Le sous-officier arrache la cravate de l’indigène et la piétine. Un artilleur n’a pas retenu la nomenclature des pièces du canon. — Attends, tu vas comprendre ! Gifle, coup de pied au c... et pour finir : —- Ce soir, tu coucheras sur la dure. Alour... (cochon). Mohammed réclame une permission à laquelle il n’a pas droit. On l’appelle au bureau : — Tu as fait deux demandes de permission. Tu n’as pas droit. On va t’apprendre le règlement... Et le chef assure lui-même la distribution... i—* Tous les mêmes, ces sales indigènes, ces « bicots ». Et l’on rigole... Un sous-officier s’est fait engueuler pour une faute de manœuvre dans la section. Le soir, il fait appeler le coupable dans la chambre. — Te voilà. Tu as mal manœuvré. Tu es la honte de ma section. A genoux, A genoux. L’indigène a peur des galons, il obéit. Et dans cette pose humiliante, il est copieusement rossé... jusqu’à ce que son bourreau ait passé sa colère. Civilisation..., — P. V. C. (De l’ « Humanité. » LES DEUX LOGIQUES Un Algérien, Khemili, furieux d’avoir été écon duit par une femme. La tue. Il tue également une passante et en blesse deux autres. L’annonce du crime provoque dans le quartier une émotion com- préhensible. La foule, indignée court sus aux Ara bes, aux Algériens, aux « Sidis » et en blesse grièvement un, Ben Mohamed qui n’a rien fait. Et voici la légende qui commence : depuis de longs mois, l'arrondissement tout entier est terro- visé par les « Arabes ». Ils ont un « repaire », un « quartier général ; ils mangent les chiens, les chats, les rats. C’est tout juste s'ils ne se nour- rissent pas de chair humaine. Qu’un crime, un viol, un vol, un attentat quelconque soit commis aujourd’hui ou demain, n’hésitez pas : cherchez l'Arabe. Cela revient à dire qu’il faut se venger sur tous du crime d’un seul. Lorsqu’un Français s’avisera d’assassiner un Algérien à Mostaganem, ne vous étonnez donc pas que les Algériens exterminent ce jour-là tous les Français d'lAgérie. Allons plus loin Lorsqu'un crime sera commis à Paris par un homme portant la barbe, il sera logique de pour, suivre tous les barbus. . La loi du lynch a déjà en soi quelque chose d'odieux à plus forte raison. lorsqu’elle exerce sur des innocents. Certes tous les Arabes ne sont pas irréprochables, mais ce ne sont pas tous (les criminels. On me dit • « Que viennent-ils faire chez nous ? » Mais il est probable qu’ils ne seraient pas venus si on ne les avait pas appelés. La France n a-t-elle pas été très fière de les enrôler en 1914 pour la guerre du droit, et les entrepreneurs d aujour d’hui ne sont-ils pas très heureux de trouver les Algériens qu’ils paient mal pour remplacer la main-d'œuvre française qu’ils se refusent à payer. Une dernière question. Qu’est-ce que nous som mes allés faire en Algérie en 1830 ? Condamnez Khemili rien de plus juste. Mais pas de Saint Barthélémy ! — C. Chennevière. Tribune de F Indochine I. — INONDATION, COLONISATION ! Les honnêtes gens de la métropole et du monde peuvent se faire une idée des méfaits (ou, comme l’on dit quelquefois, des bien faits) de la colonisation française, en lisant la requête suivante adressée à M. le Gou verneur de la Cochinchine, par un groupe de paysans, de « nha-quê », de moujiks annamites. Les ravages des éléments égalent-ils les exactions de MM. les coloniaux ? Non seu lement ces messieurs ne font rien pour se courir les sinistrés de l’inondation, mais en core ils exploitent la misère de leurs « pro tégés », et par dessus, le marché, ils font les généreux devant les Japonais, avec l’ar gent des contribuables annamites ! (cf. l’article de notre camarade Tran van Ho ; le système D). O philanthropes sublimes ! O coloniaux généreux ! Allez-vous encore lécher les pieds des Japonais comme vous l’avez fait pendant la guerre pour mendier leur aide ? Nous savons qu’ils sont puissants, qu’ils sont terribles, qu’ils sont les formidables sentinelles de l’Extrême-Orient, que, possé dant la première armée du monde, ils peu vent très bien vous souffler l'Indochine, en un quart d’heure ; nous comprenons donc que vous prodiguiez des sourires aux diplo mates japonais. Mais, dieux ! votre platitu de ! vos courbettes ! vos léchements ! ça nous donne la nausée ; « Longxuyen, le 16 septembre 1923. « Monsieur le Gouverneur, (( Vous êtes bien au courant du désastre causé par l’inondation exceptionnellement forte cette année, aux provinces agricoles de Chaudoc, Longxuyen, Rachgia, Sadec, Vinhlong et Cantho. L'immense répercus- sion de ce désastre sur la situation écono mique et politique du pays ne vous échap pe pas : la famine, la misère, les vols, la piraterie accompagnent toujours les calami tés de ce genre. M. Eu trope que vous avez envoyé sur le lieu du sinistre a dû vous si- gnaler les scènes pénibles du campement sur le Chemin public, des pauvres labou reurs en haillons avec leurs femmes et leurs gosses, souffreteux, chétifs, regardant impuissants l’eau envahissante, qui dévore les cultures, leurs maisons et qui détruit ainsi leurs labeurs, leurs économies.- Nous laissons M. Eutrope vous faire le tableau de la détresse de l’immense région dévas- lée par la crue de 1923. (( Nous croyons seulement devoir vous signaler un fait : (( La presse indigène, tant en langue fran çaise qu’en langue annamite, nous parle des bons sentiments bienveillants dont vous êtes animé envers nous. Nous y croyons. (( Mais, ô ironie ! Non, hostilité sourde ! On n’en sait rien ! Toujours est-il que dans cette détresse des travailleurs de la terre, dans ce malheur qui frappe la moitié de la Cochinchine, le recouvrement des impôts sous l'impulsion de l'autorité provinciale, se fait avec une âpreté écœurante par des notables, collecteurs plats devant le maître et arrogants, cruels, grossiers en présence du « nhaqué » timide et sans défense. Re couvrement d’autant plus odieux, qu’il s’agit précisément d’impôt de ces riziè- res, actuellement mortes asphyxiées, sous l'épais linceul des eaux de la crue. - « Nous, paysans, nous ne comprenons plus rien à ces sentiments bienveillants dont nous parle la presse, devant l'horrible chasse des contribuables donnée par les collecteurs. « Et nous sommes à nous demander si ces sentiments bienveillants existent réelle ment ou si les grands chefs, doués de ces beaux sentiments, n’ont pas été démentis, trahis, rendus odieux par les agissements des sous-ordres hostiles ou inconscients. « Dans certaine partie de cette région inondée, à Longxuyèn, les notables n’ont- ils pas réclamé aux pauvres sinistrés l’im pôt foncier dû depuis cinq ans, impôt res tant impayé parce que tous les ans la ré colte était détruite ! Les détenteurs du sol n’ont pas trouvé de ressouces pour satis- faire leurs obligations fiscales en temps utile. (( Et dans la province voisine Rachgia. les maires ne cherchent-ils pas, par tous les moyens de coercition à leur disposition, à faire suer les piastres d’impôt aux pauvres sinistrés ? (( Même jeu dans d’autres localités, pa raît-il. (( Nous vous serons donc infiniment re connaissants, Monsieur le Gouverneur, de vouloir bien faire examiner notre cas, or donner le sursis du recouvrement des im- pôts et accorder la remise de l’impôt dû pour les terres dont la culture a été détrui- te par l'inondation. Ce geste bienveillant ira au cœur des pauvres qui ont confiance en tière en votre bonté. H. — JESUITISME COLONIAL Les contribuables sinistrés : Do-van-Cuu et consorts, au village de Vinh-chanh, Longxuyen. « L’Action Française » a reçu d’un, de ses amis la lettre que voici : « Au mois de juillet dernier, allant à Digne, je me trouvais à la gare de Saint- Auban (Basses-Alpes), d’où part l’embran chement sur Digne. Il y a là une grande usine de produits chimiques appartenant à la Société Alais-Camargue, et qui emploie des étrangers et des coloniaux, dont des Annamites. (( A la salle d’attente, je vis, assis à côté du curé de Saint-Auban, un capucin, de belle prestance, le type classique du capu cin, et mon étonnement fut grand de voir que ce religieux ne correspondait point par paroles mais par écrit avec le curé. Je le présumai étranger, et comme il s’éloignait un moment, voulant en avoir le cœur net, j’interrogeai le curé. Il me répondit : « A vrai dire, ce n’est pas un capucin, mais un homme d’une bonne famille toulonnaise, très pieux et zélé qui a pris un habit de religieux pour faire le bien. Il n’est pas étranger ,mais sourd, d’où sa conversation par écrit. Il a été longtemps en Annam. Il connaît la langue de ce pays et c’est pour quoi le gouvernement (Intérieur? Colonies?) l’envoie à Saint-Auban. (( En effet, les Annamites qui y travail lent, reçoivent de Paris, en leur langue, un journal révolutionnaire, communiste, qui les pousse à la révolte. Il paraît que ce jour nal a de l’action sur eux. Pour la contre balancer, le gouvernement — et c’est bien dans sa manière — ne supprime pas pure ment et simplement le mauvais journal : non, il envoie, à ses frais, un religieux fai re de la contre-propagande et fonder un journal adverse ! ! Voilà à quoi aboutit — par sa propre absurdité — un gouverne ment qui se prétend strictement laïque et neutre ! » , Mais pour M. Maurras, « le procédé à l’avantage d’être pittoresque ». A nos lec teurs de juger. Nous leur demanderons, quant à nous, la permission de leur racon ter une anecdote, dont le héros fut égale ment un pseudo-capucin, frère, peut-être, de celui des Alpes (cf. « Contes et Récits du Paria). T. >**e-< L'Organisation Syndicale dans les Colonies Le Paria éprouve une foie sans pareille et une légitime fierté de publier sans. re. tard l'extrait suivant de la séance tenue le 27 juin 1923 par la troisième session du Conseil Central de l'Internationale Syndi cale Rouge : La lutte syndicale aux colonies L'impérialisme contemporain est basé sur l'exploitation de plusieurs millions de travailleurs des pays coloniaux et s emi- coloniaux. Aussi, la dislocation de l'impé- rialisme ne sera-t-elle complète et défini tive que lorsque nous aurons réussi à ar racher ces fondements de l’édifice impé rialiste. A ce point de vue, l’organi sation des syndicats dans les pays colo niaux acquiert une importance particulière ment grave. Les partisans de l’LS-R. n’ont presque rien fait en ce sens, ni en Egypte, ni en Tunisie, ni dans tous les pays qui sent sous la botte de l’impérialisme fran çais. La liaison qui existe entre les di vers -groupes ouvriers des colonies fran çaises et les syndicats français n’est que 1 effet du hasard. Nul travail systématique ù est poursuivi. Or, il est de toute evi- dence qu avant d'avoir conquis les masses des colonies, nous serons impuissants à saper l’organisme impérialiste. Ce qu’il faut,, c’est entreprendre un grand travail de propagande pour créer dans les pays coloniaux des organisations syndicales et développer les syndicats existant sous une forme embryonnaire. Il est nécessaire éga lement que nous surmontions la méfiance des travailleurs des colonies à l’égard des représentants des races dominatrices, en leur montrant la fraternité effective de classe entre les ouvriers de toutes nations et de toutes races. La liaison organique des syndicats coloniaux avec ceux de la métropole ne peut être que le résultat d’un travail très long dans les colonies. Ne pas oublier les travailleurs des colo nies, aider leurs organisations, lutter cons tamment contre lés gouvernements des métropoles qui oppriment les colonies, voilà l'un des devoirs les plus impérieux de tous les syndicats révolutionnaires, sur tout dans les pays dont la bourgeoisie as servit et exploite les pays coloniaux et semi-coloniaux. >=+e—e —. ÉCHOS Le tribunal correctionnel de la Seine, a con damné, le 18 octobre dernier, à une peine de prison avec sursis (bien entendu) le pugiliste gérant de bar qui, pour plaire à sa clientèle américaine, avait expulsé de son établisse ment, en le frappant. Kojo Tovalon Houe- nou. > • •< —- BIBLIOGRAPHIE Nous signalons aux propagandistes « La Méthode de langue écrite internationale ». par G. Espé de Metz, nouvellement parue. (Imprimerie E. Arraulti et Cie. d Tours.) t — === ==== = == miggain Travail exécuté par des ouvriers syndiqués Le Gérant : Léopold MESNARD. Imprimerie Française (Maison J. Dangon). 123, rue Montmartre, Paris (2 e ) Georges DANGON, Imprimeur. Contes et Récits du « Paria » L'HABIT DU MISSIONNAIRE C’était à Toulouse, pendant la plus stupide des guerres. Etudiant, nous avons vu des milliers et des milliers d’Annamites, déportés là. Nous avons pleuré leur sort. Ils étaient presque tous, des condamnés aux travaux forcés. Sur leur dos, on plaquait deux mots, en grosses lettres : « Engagé volontaire », puis on les enfermait dans une forte resse monstrueuse où nuit et jour, sous la trique des gardes-chiourme ils devaient mélanger les acides et tourner les obus, pendant que l’armée des embusqués, au dehors, faisait la bombe. Pour surveiller clandestinement les forçats le gouvernement colonial se mit en frais ; il dépécha quatre bataillons d’indicateurs qui voletaient au tour de nos compatriotes ou s’insinuaient dans leur vie privée. Et savez-vous ce qu’on redoutait ? Non pas la désertion ni la mutinerie, — mais cette ma nie qu’ils avaient, les coquins d’Annamites, de trousser les petites Toulousaines ; car cela, aux yeux de messieurs les coloniaux, offusquait leur prestige en fouettant leur jalousie. Et comme pour repérer ce délit spécial, il fallait des mou chards spéciaux, on embaucha un jésuite. Ou plus précisément, un missionnaire. Barbe noire cheveux noirs, robe noire. Dieu ! auel ténébreux uniforme. Pas même le petit rond, blanc et luisant, au sommet du crâne. Avec cela, l’individu parlait notre langue presque sans ac cent, faisait le sourd quelquefois, tel un person nage de Balzac, et mettait, comme cela sied à un serviteur de Dieu, de la rondeur dans l'attitude et de l’onction dans les manières. Malheureusement, il avait vécu quinze ans au Tonkin. Quinze ans de colonies ! Pensez donc ! C’est plus de temps ou'il ne faut, pour réveiller la bête dans l’homme et pour faire craquer le ver nis de la civilisation. Alors, voici ce qui arrive : tout jésuite qu’on est, on ne peut jouer son rôle jusqu’au bout ; un beau jour, la tare coloniale éclate ! Oh ! quel œil percera jamais cette puissance mystérieuse, implacable comme la Fatalité : la tare coloniale? Elle est la souillure originelle de tous les conquistadors ; elle est leur châtiment immanert Combien apparaît-elle encore plus redoutable, .01s- qu’elle frappe un homme que l'éducation religieuse et le métier sacerdotal habituent à la félinné ? Celui que le gouvernement colonial investit du pouvoir d’espion, circulait alors dans la poudre rie et dans l’arsenal de Toulouse, deux endroits où les travailleurs annamites s’amassaient A la vue du personnage, les jeunes gens cli gnaient de l’œil ou pinçaient les lèvres, qui vou laient dire : « Ce calotin ! » Les femmes le trai- talent d’embusqué, sans le haïr pour cela, et le Tait est qu’il paraissait jeune, bien portant et bon vivant, malgré son accoutrement ecclésiastique. Nos compatriotes eux, l’appelaient « cô-gia 7.7 e qui signifie « le faux missionnaire » ; en réalité, c’était un missionnaire faux. Certes « cô-gtà » opérait des conversions, ra massait des quêtes, faisait la réclame pour J.-G. ; mais sa véritable besogne était plus temporelle que spirituelle ; elle consistait à tirer les vers du nez aux ouailles suspectes. Malheur, malheur aux pauvres d’esprit s’ils confessaient à cet homme, leurs fredaines anticoloniales. —• « Mon enfant, qu’avez-vous fait dimanche ? « Mon père, je suis allé au cinéma. « vous avez le droit de vous distraire, mon enfant, si vous êtes sage et si vous vous appli quez à servir très docilement la France catho lique. Elle est votre mère-patrie d’ici-bas et là- haut le bon Dieu l’aidera à tuer les sales Boches. Amusez-vous donc, mon enfant, ma s évitez tou jours, mais fuyez la compagnie des femmes, parce que les femmes, c’est le diable. A travers le judas du confessional, Ng. van Tam, le pénitent, vit le père « Cô-già » se signer ; « Dominus nobiscum... » murmuraient les lèvres charnues du prêtre. — « C’est donc un péché, mon père, que d'in- viter une jeune fille au cinéma, puis au restau rant, puis après... oh ! mon père, pardonnez-moi, j’ai péché. — « Mais, mon enfant, dites-moi d’abord le nom de la jeune fille. — « Jeanne. — « Jeanne comment ? — « Jeanne Laborde. — « Son métier ? — « Couturièrre. ' ■—. « Connaissez-vous ses parents ? — « Qui, mon père. De braves gens ! Le papa est facteur et la maman est concierge. — « Dites-moi alors une chose, mon enfant : où habitennt-ils ? — « Rue Alsace, numéro 106. Immédiatement, on entendait glisser dans l’om bre, un crayon sur du papier. C’était le père « Co-gia » qui notait l’adresse dans son calepin. — « Et depuis quand avez-vous connu Mlle La borde ? — « Depuis trois mois, mon père. — « Comment avez-vous fait sa connaissance ? — « Un après-midi, au bord de la Garonne. Il faisait beau ; j’avais congé, je voulais me payer une partie de canotage et prendre un bon bain ensuite. Au moment où je fis signe au bate lier d’approcher, je vis, près de moi, une con-gaï toulousaine qui ébaucha le même geste. Intimidée par cette coïncidence, elle s’arrêta net puis se re prit. Elle voulait, elle, rejoindre ses parents au Parc, sur l’autre rive. Je lui offris une place dans mon canot, le seul qui restât. Elle rougissait comme une tomate, balbutiait des remerciements mêlés de patois et ne refusa pas. Un mois plus tard, j’eus le bonheur de la rencontrer au Grand Rond. Dès lors, nous nous voyons toutes les se maines puis, tous les jours. Et Ng. Van Tam était heureux, heureux de ra conter sa petite histoire. Mais Cô-giâ ricanait dans sa barbe : ce rejeton d’Adam flairait quelque chose comme un fruit auquel vainement il aurait voulu mordre. Et puis sa mission secrète le tra vaillait. —। « En vérité, je vous le dis, cessez vos rela- tions avec cette jeune fille. — « Oh ! mon père, nous sommes fiancés ! et plaise à Dieu que ce soit vous, mon père, qui bénirez notre union. Alors, à travers la fente du confessional, brus quement, Cô-glâ darda son humeur coloniale : — « Laissez-la, vous dis-je ! — « Mais mon père, je vous en supplie, je l'ai compromise après tout et mon devoir... Oh non ! pour rien au monde... —- « Sacré tonnerre ! Si vous ne m’écoutez pas, je vous ferai f... en prison. A quelque temps de là, Ng. van Tam attrapa quinze jours de cellule ; sa fiancée essuya une crise de larmes ; ses futurs beaux-parents reçu rent la visite d’un « inspecteur » qui leur expli qua comme quoi tous les Annamites sont syphi litiques. Le père Cô-giâ gagna la croix de la Légion d'honneur. Ng. THE TRUYEN.