Nguồn: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k70093482 (OCR ALTO của BnF, chưa hiệu đính) Tải về: 2026-07-17 Tựa đề: Le Paria — 01 septembre 1922 1922 Lưu ý: Văn bản OCR máy tự động từ Gallica; sai sót OCR chưa sửa — đối chiếu PDF ảnh cùng tên khi trích dẫn. ### [Trang 1] Première Année — Nos 6 et 7 Le Numéro : VINGT-CINQ centimes ADMINISTRATION : 16, Rue Jacques-Callot, 16 PARIS (6) atUs 4.). 1 Segtembse, T Octobre 1922 8 LEGAL s Téléphone : GOBELINS 11-60 .9 )4) 1A Demie 2. de ■ G, JL JL 6 bJe Paraissant le 1er de chaque mois TRIBUNE DES POPULATIONS DES COLONIES Abonnement, Un an : 3 francs Prolétaires de tous les pays unissez-vous Le mot d’ordre par lequel Karl Marx invitait les travailleurs à se grouper au sein de l’Internationale pour mener l’action commune con tre la société capitaliste a longtemps été entendu par les seuls exploités ouvriers et paysans européens. Ins crite sur les rouges bannières de l’ar mée révolutionnaire la devise évoca trice fit le tour du monde dit civilisé. Mais avec le dévelopement du capi talisme colonial, les temps sont ve nus où le sens des profondes paroles qu’elle comporte se répercutera plus loin encore. C’est la vieille et sécu laire forêt africaine qui va bientôt en retentir, c’est tout le vaste continent asiatique qui se pénétrera de sa force et de sa puissance. Et comme la pierre lancée dans l’onde provoque des remous infinis, l’appel prophéti que soulèvera chaque jour les mas ses, dressant contre leurs tyrans les damnés de la terre. C’est la même trinité oppressive : le prêtre, le sabre, le juge, qui sou tient en Europe, comme aux colo nies, comme partout, le despotisme de la bourgeoisie capitaliste, c’est à toutes trois qu’il faut livrer une guerre sans merci. C’est leur prestige usurpé qu’il faut s’attacher à dé truire pour permettre la libération de pensée de nos camarades et frères indigènes et par là les amener à réa liser leur émancipation intégrale par la contribution qu’ils apporte ront à l’avènement du régime com muniste. Le premier acte de cette contribu tion est la destruction chez la bour geoisie de l’illusion nourrie par elle que les populations noires et jaunes de l’empire colonial consentiront à œuvrer militairement contre la classe ouvrière métropolitaine en lutte contre ses exploiteurs. Leur manifestation à cet égard doit être telle qu’aucun doute ne puisse désormais subsister sur leur volonté de n’être point dorénavant les agents des nationalismes impé rialistes, mais au contraire des élé ments coopérateurs de la transfor mation sociale universelle que pour suit le prolétariat mondial sous l’é gide de la 3 e Internationale. Frères indigènes des colonies, il est indispensable que vous vous ren diez compte de cette vérité qu’il n’est pour vous aucun salut possible en dehors de la conquête du pouvoir politique en Europe par les masses laborieuses. L’instauration du com munisme peut seul vous soustraire à l’effroyable et double écrasement que vous subissez tant au point de vue politique qu’économique. Ce que vous devez toujours avoir présent à l’esprit, c’est que si en 1792-94 d’a bord, en 1848 ensuite, l’esclavage corporel fut aboli, sa suppression fut chaque fois l’œuvre de grands bou leversements révolutionnaires. La bourgeoisie de ces époques était pé nétrée d’un souffle d’idéalisme et de grands principes humanitaires aux quels le capitalisme contemporain est moins que sensible. De plus il était admis que les races assujetties ayant voulu comme les hommes de la Révolution briser leurs fers, il fal lait leur accorder le même bienfait. Enfin il s’agissait d’une population infime en comparaison de ce qu’est aujourd’hui celle de l’empire colo nial. A notre époque, au contraire, les sentiments d’égoïsme et d’indivi dualisme régnent en maîtres, la co lonisation a pour but de conquérir LES TROIS ORDRES Avant 89, il y avait en France trois or dres : le Clergé, la Noblesse et le Tiers- Etat. Cet état de choses fut aboli par la Révolution, il n’y a depuis en France que des citoyens français. Si la fameuse devise : Liberté — Egalité — Fraternité avait un sens, ce ne serait que dans la France métropolitaine. Dans les colonies françaises, les trois ordres subsistent encore... Pour ne citer que Ma dagascar, il y a dans cette colonie : 1° les citoyens français, Réunionnais pour la plupart, auxquels il y a lieu d’adjoindre les indigènes naturalisés Français, quel ques unités d’ailleurs ; 2° les indigènes exempts de l’application des peines disci plinaires de l’indigénat, et appartenant à des classes diverses; 3° enfin les indigè nes tout court, la masse du peuple. Je vous dis que c’est comme avant 89; et comme avant 89, tous les indigènes sont, sans exception, taillables et corvéa bles à merci. Mais qu’on y prenne garde : les esprits se réveillent, on a trop usé du mot « li berté » durant ces dernières années pour que les indigènes, enfin réveillés à la réa lité présente, ne commencent pas à la comprendre et à en apprécier la valeur. Moi qui suis un de ces malheureux, je vais résumer en un mot notre situation et nos doléances, en me servant de cette for mule très française de Sieyès et je dis : — Qu’est-ce que l’indigène aux colo nies ? — Tout. — Qu’a-t-il été jusqu’ici ? — Rien. — Que veut-il être ? — Quelque chose... FRANK-NIVEL. AVIS IMPORTANT Nos camarades se doutent bien des ! difficultés de toutes sortes qu’on ne manque pas de nous créer pour évi ter la diff usion du Paria, le seul or- gane de défense des indigènes par eux-mêmes. Nous les prions donc de se conformer scrupuleusement aux indications suivantes : 1° Adresser sous pli recommandé toutes leurs communications à l’a dresse de Stéfany, Edition Clarté, 16, rue Jacques-Callot, Paris (6 e ); 2° Le service d’expédition du jour nal et des correspondances étant très régulièrement assuré, prière de les ré clamer avec insistance à ceux qui sont chargés de leur distribution ; nous avertir en cas d ’insuccès, dans la forme ci-dessus, avec avis de ré ception; 3° Acquitter exactement le mon tant des abonnements. • Le Paria. des débouchés nouveaux à la pro duction capitaliste, de fournir à celle-ci les matières premières neces saires à son fonctionnement et de constituer d’énormes réserves hu maines destinées à la politique de guerre et d’impérialisme. Ces diffé rents objectifs ne peuvent être réali sés que par la soumission des popu lations, leur maintien dans un étroit assujettissement caractérisé par d’extrêmes violences et d’odieuses spoliations. Elle contribue ainsi à renforcer les positions de la bourgeoisie en face du prolétariat. Pour tenir en échec, dans leur in térêt mutuel, les manifestations du capitalisme, les travailleurs euro péens ne doivent point abandonner leurs frères indigènes. Ceux-ci doi vent placer leur confiance dans le peuple ouvrier et paysan de la mé- i tropole. Les uns et les autres doivent | former l’indissoluble chaîne de ré- ! sistance en répondant à l’appel. Travailleurs de tous les pays, | unissez-vous ! I 'Max CLAINVILLE-BLONCOURT. Humanité Coloniale Ceci se passe en Indo-Chine, et pas plus longtemps que pendant la période bénie de la guerre du droit et de la jus tice. C’est par ces moyens que: « l’ad ministration française a pu inculquer aux peuples la conception d’une civili sation autre que la civilisation chinose immobile depuis des siècles ». C’est par ces moyens que les cours martiales ré priment « par de sévères exemples les mouvements insurrectionnels ». Après avoir glorifié en ces termes les répres sions sanglantes, notre confrère Scien ces et Voyages avoue honnêtement que « là-bas, c’est comme en France; les malfaiteurs sont encore trop nombreux et la justice doit toujours sévir ». Et nous croyions naïvement jusqu’à ce jour qu’il y n’avait en France que des gens civilisés qui, une fois sortis de chez eux, deviennent automatique Hutre forme de loyalisme (fusillade en masse). D’après Sciences et Voyages tuelle et complexe de ces assassinats légaux : « Le poteau et les douze balles du peloton ne sont plus réservés qu’aux condamnés militaires ou aux pirates, pris les armes à la main. Dans ces con ditions, il s’agit presque toujours d’exécutions multiples, et il n’est pas rare de voir quatre, six et même dix condamnés tomber simultanément sous le même feu de salve... Les pelotons 1 sont mixtes, c’est-à-dire qu’ils com prennent six soldats indigènes placés au premier rang et six soldats ou gendarmes français qui sont au second rang. » A noter, sur ce dernier point, comment on entend apprendre aux in digènes la Fraternité, cette chère vertu qui est la base de toutes les Républi ques et que l’on voit gravée en gros ca ractères sur tous les monuments et sur toutes les portes des... prisons. En ce qui concerne le qualificatif pirates, et les exécutions multiples, voici ce qu’a écrit un officier colonial, F. B., qui pos sède moins de « science » peut-être, mais qui a certainement plus de cœur et d’impartialité : « Par une fiction Autre forme de civilisation (décapitation en masse). D’après Sciences et Voyages ment civilisateurs ! De plus, par la lo gique la plus simple, on ne peut ni ne doit donner aux autres ce dont on manque chez soi, surtout la civilisation. Pour disculper l’ignoble façon d’ap prendre aux gens « à bien vivre » en les massacrant, notre grand confrère dit qu’il importe que l’opinion publi que soit frappée et intimidée... Voilà pourquoi apparaît quelquefois encore cette jurisprudence spéciale des commissions extraordinaires ou cours martiales dont le tragique et décisif ap pareil est indispensable. Il n’y a là ni sévérité, ni cruauté. Bien sûr, couper la tête aux gens ou les fusiller, ce n’est ni de la sévérité, ni de la cruauté, mais c’est de la douceur toute pure. Mais si les « Boches » avaient prodigué les mê mes « douceurs » à nos frères d’Alsace et de Lorraine, que diriez-vous, alors, cher confrère ? En connaisseur de bel les choses, notre confrère nous ap prend, entre autres, la hiérarchie ri- identique à celle qui fait assimiler par les Anglais les Boers acharnés à la ré sistance à des rebelles hors la loi, nous considérons les patriotes annamites comme des brigands. « On fait tout ce qu’on peut pour ar mer l’Annamite contre les siens et pro voquer les trahisons. On déclare les vil lages responsables des désordres qui se passent sur leur territoire. Il faudra qu’ils guident nos colonnes, qu’ils li vrent les insurgés. Quiconque n’obéit point est déclaré coupable. Tout village qui donne asile à un patriote est con damné. Pour obtenir des renseigne ments, le procédé, toujours le même, est simple : on interroge le maire et les notables, celui qui se tait est exécuté sur-le-champ. En deux semaines, un inspecteur de milice a fait exécuter soixante-quinze notables. Pas un ins tant, on ne songe à différencier les pa triotes qui luttent en désespérés pour l’indépendance de leur pays et la ra caille des villes. » Nguyen Ai Quac. Contre une Iniquité Jean RALAIMONGO expulsé de Madagascar La réputation de M. Garbit n’est plus à faire. Comme la plupart des gouverneurs coloniaux, il est tyrannique et partant ne tolère pas la critique. Il va quitter ITle. Il a donc voulu achever dignement son mandat et finir comme il avait com mencé dans l’arbitraire. Cette fois, c’est notre ami J. Ralai- mongo, tant aimé de ses frères indi gènes, et qu’il a dévoué toute sa vie, qu’il vient de frapper. Cette affaire mérite d’être contée en détails ; la voici : Le 5 juillet dernier, le gouverneur général signait la décision suivante : « L’indigène J. Ralaimongo, originaire de la province de Fianarantsoa, sera mis en résidence fixe de 5 ans à Ma yotte. » Les motifs invoqués ? « Cet indigène a publié des articles signés de lui dans des journaux métro- politains dont les termes sont injurieux pour le chef de la Colonie. » Crime de lèse-majesté! Donc, sans jugement, et par une sim ple délibération d’un conseil d’adminis tration, à la dévotion du gouverneur sacro-saint, et se référant à des décrets dont il ne donne même pas la teneur, Ralaimongo, fils de Madagascar, est expulsé, sans autre forme de procès, par un étranger à qui il n’a jamais de mandé de venir troubler la paix de son pays. Etudions un peu les articles incri minée. Ils ont paru dans l’Action Colo niale du 10 février et du 10 mars et dans Le Paria du 1 er avril. Dans le premier papier, Ralaimongo cite une lettre du Docteur Ramisaray, Malgache naturalise Français, à M. Gar- bit et démonire leur indéniable canail- lcric. La vérité n’offense que les coupables, dit-on. Dans le second, qui mériterait d’être reproduit en entier ici même, il com pare le despotisme de Ravalona l re , à l’égard des chrétiens d’alors, à celui de M. Garbit vis-à-vis des Malgaches qui veulent devenir des citoyens. Les fonctionnaires de 1835 ne vou laient plus adresser leurs prières aux esprits des douze grands princes, à la terre, au ciel, au soleil, à la lune, aux douze collines et aux idoles. Ils furent persécutés. Ceux de maintenant protestent con tre la tyrannie des administrateurs et réclament des garanties contre, leurs exactions, plus odieuses encore que cel les des roitelets de jadis. Ils sont cassés ou déplacés. L’île Sainte-Marie a connu et connaît malheureusement encore ces pauvres gens dont l’unique crime a été de vou loir agir et penser librement. Dans le troisième article, paru dans le premier numéro du Paria, Ralai mongo prétend qu’il eût mieux valu accrocher la médaille de sauvetage sur la poitrine de M. Garbit que la croix de guerre, puisque pendant les hostilités son plus grand soin fut d’embusquer ses amis et de les sauver ainsi de la mort. L’ironie, si chère aux gens d’esprit, est fort peu goûtée par le Gouverneur général. Voilà tout le crime de notre ami. On protesta à la direction des Affai res indigènes. M. Berthier, sur les or dres de M. Garbit — car ce dernier n’a même pas le courage de signer une let tre délicate — écrivit aussitôt à Ralai mongo que les dispositions envisagées contre lui ne seraient pas appliquées s’il quittait immédiatement la Colonie pour la France, car il s’y était engagé (sic !) et cela dans l’intérêt de l’ordre public. Or jamais il ne s’était engagé à quit ter Madagascar. Seule la perspective de 5 ans de résidence fixe à Mayotte le contraignit à revenir en France essayer de faire annuler cet arrêt inique. On, lui paya son voyage jusqu’à Marseille. Il fut abandonné sans ressources loin de sa femme restée à Tananarive sans soutien. C’est ainsi que les affaires se passent à Madagascar sous la domination fran çaise. L’impérialisme omnipotent ne res pecte même pas les principes élémen taires de la justice métropolitaine. ### [Trang 2] 3 -693, 2 LE PARIA e comment des Car n au- Vérité en deçà, menson gol aed - Parfois on se déniai millions d’individus to esclavage sans se révo pouvons affirmer que l'esclav trefois était moins pénible que l’assu- jettissement d’aujourd’hui. L’esclavage ne relevait que de son maître. Le roite let lui-même ne pouvait rien contre lui et il ne lui devait même pas le salut. Maintenant l’indigène qui ne soulève pas son chapeau ou qui ne s’incline pas devant un blanc, fût-il même un An glais, un Allemand ou un Russe, est mprisonné pendant cinq jours ; s’il proteste, sa peine est triplée. La censure, que tous les esprits libres exècrent, règne en maîtresse à Mada gascar. M. Ponton, le fidèle exécuteur des basses œuvres du Gouverneur, use de son mandat de directeur des Postes pour violer la correspondance. Moi-mê me j’ai à protester contre cet individu d’une lettre ouverte et d’une autre non parvenue à destination. Je ne veux pas énumérer ici toutes les exactions commises par les fonc tionnaires dans la grande île. Je tiens simplement à citer cette infamie récem ment commise. La Ligue pour l’accession des Mal- gâches aux droits de citoyen français ublia dernièrement en brochures les omptes rendus de voyages à Madagas car de Ralaimongo. 7.000 exemplaires furent expédiés dans la Colonie. Ils furent confisqués, semble-t-il. Et l’on dira après cela que les militants trou blent l’ordre public, alors qu’on ne laisse pas parvenir leurs écrits aux in digènes ! Prenez garde, Messieurs ! Craignez la patience de vos sujets d’aujourd’hui. Et vous, Monsieur Garbit, n’entendez- vous pas la complainte qui s’élève des bagnes où croupissent nos frères de la V. V. S. que vous condamnâtes injus tement ? Comme l’a dit Karl Marx : « Vous travaillez à creuser votre propre fosse.» Un jour, très prochain, je l’espère, les nuages que vous avez amoncelés durant des années de règne cruel et que vous voyez déjà tourbillonner à l’ho rizon se crèveront. Ce sera l’heure de la délivrance pour les opprimés. Ce sera aussi celle du châtiment pour les coupables. Lapologue. MIADASASOAL& Nos amis de Madagascar liront avec inté rêt le document suivant extrait du Journal Officiel de la République. M. André Berthon, député, demande à I. le ministre des Colonies s’il peut faire connaître : 1° Quels textes autorisent à Madagascar l’administration à contraindre, comme cela se pratique habituellement, les indigènes à aller travailler par périodes d’un mois à des salaires imposés, sur les chantiers ou plantations des Européens ; 2° Quel texte permet de punir administra tivement ou juridictionnellement les indi gènes qui se refusent à travailler dans ces conditions. (Questions du 23 mai 1922.) Réponse. — 1° L’emploi de la main-d’œu vre à Madagascar est actuellement régle menté par deux arrêtés en date du 20 août 1920. Le premier institue dans chaque chef-lieu de province une commission de travail pour fixer le taux des salaires pro pres à chaque espèce de travail et pour déterminer, selon les usages locaux, les (conditions normales d’exécution du tra vail à la journée, à la tâche ou au rende ment. Le second organise le contrôle des contrats de travail passés entre em ployeurs européens ou indigènes et travail leurs indigènes, contrats qui devront être visés par l’administration, celle-ci devant s’assurer du libre consentement de l’em ployé. Un décret en date du 10 juin 1921 a réorganisé les conseils d’arbitrage, qui connaissent des contestations individuelles ou collectives entre les ouvriers et emplo yés indigènes et leurs employeurs que ces contestations se rapportent à des contrats passés en vertu de l’arrêté du 20 août 1920 ou qu’elles soient nées à la suite d’engage ments verbaux ou de l’usage des lieux, L’ensemble de ces textes semble être de nature à garantir complètement la liberté du travail à Madagascar. Ils mettent fin à des mesures exceptionnelles qui ont pu être pratiquées à la suite de la perturbation ap portée par la guerre en vue de venir en aide à la métropole par une production intensifiée des matières nécessaires à l’ali mentation ou à la défense nationale. Elles consistaient à imposer aux indigènes des corvées payées dans les entreprises publi ques ou privées de la colonie ; 2° La ques tion posée ne peut s’appliquer qu’aux me sures prises en vue de réprimer le vaga bondage en soumettant à certaines péna lités les indigènes sans moyens d’existence avouables ou sans domicile certain. Ces dispositions ont fait l’objet du décret du 28 août 1921. A nos camarades de Madagascar de véri fier. NOUS OFFRONS GRATUITEMENT à tout lecteur qui adressera au Paria une liste de vingt-cinq-abonnements accompagnés de leur montant un su perbe agrandissement photographi que de 30x40, travail artistique de notre camarade Nguyen Ai Quâc. RIBUNE DE L’INDO-CHINE Une Récompense bien méritée Le boycottage du " Paria " Par la plus touchante des attentions, on (qui?) a voulu décorer notre très déco ratif ministre des colonies. Chatouilleux ou jaloux, ou l’un et l’au tre, M. le député Barthélemy a déposé, derechef, une demande d’interpellation; il veut savoir pourquoi le ministre des colonies serait décoré. Non! Mais des fois! Est-ce que cela le regarde ? Il faut croire que le bon Dieu a fait des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre; autrement, comment pouvez-vous, monsieur Barthé lemy, ignorer que sans M. Sarraut, qui est-ce qui aurait amené en France les chefs noirs et le roi jaune pour chanter à l’auguste oreille du grand peuple fran çais le loyalisme le plus pur de nos indi gènes, sujets, protégés ? Sans M. Sarraut, qui est-ce qui serait foutu de transporter à Marseille les palais d’Angkor, les mina rets du Maroc, les mosquées de Tunisie, les « filanzana » de Madagascar qui, par leur patriotique présence dans cette ville fran çaise, prouvent combien est indéfectible l’attachement que nos indigènes, sujets, etc., ont pour nous; et qui prouvent aussi que notre bienveillante politique de rap prochement n’est pas un vain mot; et qui prouvent encore que... Mais passons. En qualité d’Indochinois reconnais sants, nous protestons de toute notre éner gie contre l’interpellation inopportune de M. Barthélemy. Mieux que personne, nous connaissons tous le bien que notre mi- nitre a fait pour les indigènes, et cela même avant son arrivée à la rue Oudinot; et nous disons, sans crainte d’être dé menti, que Son Excellence mérite la plus ’ haute récompense de la République, comme il a mérité la plus profonde grati tude des populations des colonies. | Pour aider M. Barthélemy à compren- | dre, nous publions ici une lettre de notre i cher ministre. C’est un chef-d’œuvre qui a été fait lors de son passage, trop bref, hélas ! au gouvernement général de l’In- dochine, et qui sera un véritable monu ment dans notre glorieuse histoire colo- niale. Lê-Ba. « Monsieur le Résident, « Conformément aux instructions de M. le Directeur général de la Régie, j’ai l’honneur de vous prier de bien vouloir seconder les efforts de mon service l’établissement de nouveaux débits pium et d’alcool au détail. « A cet effet je me permets de adresser une liste des lieu d’installer dans mentionnés dont la ment privés d’opium dans d’o- vous débits qu’il y aurait les divers villages plupart sont totale- et d’alcool. « Par l’intermédiaire des gouverneurs cambodgiens et messoks votre infuence prépondérante pourrait heureusement faire valoir à certains petits marchands indigènes les avantages qu’ils auraient à se livrer à un négoce supplémentaire, les licences d’opium et d’alcool étant gra tuites. « Il serait également nécessaire de dé truire chez eux la crainte d’avoir des rap ports avec notre administration qu’ils ju gent souvent tracassière et processive. Vous pouvez les assurer de notre esprit de , bienveillance et de modération. « De notre côté, les agents du service- actif chercheront, dans les tournées, à ins taller des débits, à moins que vous ne pré fériez, monsieur le Résident, qu’ils atten dent que vous ayez d’abord agi auprès des autorités pour qu’elles secondent votre ac tion; auquel cas je vous prie de vouloir bien m’en informer. « Ce n’est que par une entente complète et constante entre votre administration et la nôtre que nous obtiendrons le meilleur résultat pour le plus grand bien des térêts du Trésor. » La Tribune indigène (annamite) 16 août dernier, après avoir passé revue les affaires plus ou moins sales in- du en qui risquent de compromettre la situation de l'Indo-Chine, pose la question suivante : « Le Gouvernement ne croit-il pas qu’il soit temps d’assainir l’atmosphère en pre nant des mesures préventives et répressi ves énergiques ? Nous croyons cependant que le seul contrôle efficace réside dans l’existence d’une opinion publique éclai rée et puissante servie par une presse libre. « Or, si la presse française peut à peu près se permettre de dire ce qu’elle veut, les journaux indigènes sont soumis à la plus tyrannique des censures. Si ce ré gime présente des avantages dans cer tains cas où la sécurité nationale ou la sou veraineté française peuvent être menacées, il est indéniable que le muselage des feuil les de langue indigène constitue un em pêchement majeur de toute manifestation de vérité. Les agents de l’Administration, français ou indigènes, veilleraient davan tage à leur conduite vis-à-vis du peuple, s’ils savaient que les journaux étaient à même de dénoncer leurs abus, le cas échéant, et la peur de la lumière est le commencement de la probité à défaut de conscience professionnelle. » Nous partageons l’avis de notre con frère. SOUSCRIPTION Listes précédentes Un camarade d’Aulnay-sous-Bois. Un groupe d’ouvriers annamites. Un camarade du 17 e arrondisse ment de Paris 443 5 100 2 5 Total. par l’Administration des Postes Nous nous en doutions déjà, mais l’article suivant paru dans un de nos confrères d’Indo-Chine vient confirmer nos pr somptions. Nous ne sommes point décidés à nous laisser faire. A bon entendeur, salut ! UN NOUVEAU SCANDALE La Poste cabinet noir Nous savons pertinemment que le ser vice des Postes a reçu l’ordre de retenir et de ne laisser passer, sous aucun pré texte, les plis, lettres, etc..., qui seront adressés au nouveau journal parisien : « LE PARIA », ou qui proviendront de ce journal. Il faut dire qu’en l’espèce le ser vice postal n’est pas entièrement respon sable, puisque les ordres viennent d’en haut, mais le fait mérite de retenir l’at tention du public, car un principe admis jusqu’ici est celui de l’inviolabilité de la correspondance, sauf par la justice dans des cas précis. Or, dans le cas qui nous occupe, c’est l’Administration locale qui se permet ce nouvel abus de pouvoir, et il coïncide, comme par hasard, avec l’arrivée à Saïgon de ce malfaiteur qui s’appelle Baudoin (Boisneuf, J. O. de la R. F.) et de son brillant second, le gendre de M. Sar raut. Le Service postal en l’espèce viole toutefois le secret des lettres, délit prévu par l’article 187 du Code Pénal, et commet une faute très grave que nous ne pouvons excuser. Notre intention est de provoquer une interpellation à ce sujet, car nous sa vons depuis longtemps qu’on chambre nos lettres dans la colonie, mais nous n’avions pas une preuve aussi évidente que celle fournie aujourd’hui par le cas du Paria. En tout cas l’Administration supérieure pas plus que la Poste n’a le droit de se substituer au juge d’instruction et nous pensons que le Procureur général sera le premier à critiquer un tel abus d'autorité. De plus nous savons aussi que la Sû reté a donné des ordres semblables — de quel droit ? Est-ce parce que le grand Di recteur est le gendre d’un ministre ? — pour la correspondance de certaines per sonnes particulières que nous connaissons bien. On voit bien par là que le cabinet noir existe et que notre correspondance n’est pas du tout en sécurité au Bureau Central de Saïgon. C’est une chose ignoble contre laquelle nous ne cesserons de protester. Je Sais Tout. La niale prochaine aura lieu heures, 16, rue Positiviste). réunion de l’Intercolo- le 15 octobre, à quinze Saint-Séverin (Librairie » » » » » 555 » TRIBUNE LITTERAIRE La Case de l'Oncle Tom Récit de l’Esclave George au Sénateur Wilson (Traduit de l’anglais par notre camarade Moneville) Mme Harriet Beecher Stowe (née en 1814 à Lichfield, Connecticut) est l'au- teur du célèbre de Tom (1850). roman : La Case de l’on- Ce livre est un document précieux pour l’histoire antiesclavagiste, en même temps qu’un récit très attachant. Nous en reproduisons ici un passage des plus émouvants. L’esclave George, maltraité par son maî tre, cherche à gagner la frontière. Il ren contre, dans une auberge, le sénateur Wil son, sous les ordres duquel il a travaillé jadis et qui avait eu des bontés pour lui. Eh bien, monsieur Wilson, écoutez ce que je vais vous dire. Vous aviez un père — un de ces gentlemen de votre province de Kentucky — qui ne m’estimait pas suf fisamment pour éviter qu’on me vendit avec ses chiens et ses chevaux quand il mourut. Je vis mettre ma mère en vente avec ses sept enfants. Ils furent vendus devant ses yeux, un à un, à des maîtres différents, et y compris moi qui étais le plus jeune; elle vint s’agenouiller devant son vieux maître et le supplia de l’acheter avec moi, afin de garder au moins un en fant avec elle; mais il la repoussa d’un coup de pied avec sa lourde botte. Je le vis agir de la sorte et la dernière chose que j’entendis fut les plaintes et les cris de ma mère, quand je fus attaché au cou du cheval de mon nouveau maître, pour être emporté au loin. Cependant je grandis d’année en an née, sans père, sans mère, sans sœur, sans que personne prît plus soin de moi que d’un chien, ne recevant rien que des coups de fouet, des mauvais traitements et une nourriture insuffisante. En effet, monsieur, j’étais parfois si affamé que j’é tais heureux de ramasser les os qu’on jetait aux chiens; et cependant, alors que je n’étais qu’un jeune garçon et que je pas sais des nuits entières à pleurer, ce n’était pas à cause de la faim ni à cause des coups de fouet que je recevais. Non, mon sieur, c’était en pensant à ma mère et à ma sœur; c’était parce que je n’avais per sonne sur la terre pour m’aimer. Je ne connus la paix et le repos, je n’entendis un mot aimable qu’à partir du jour où je vins travailler dans votre factorerie. Mon sieur Wilson, vous m’avez bien traité; vous m’avez encouragé à faire le bien, à apprendre à lire et à écrire, à essayer d’être quelqu’un, et Dieu sait combien je vous suis reconnaissant de tout cela. Par la suite, j’ai trouvé une femme; vous l’avez vue et vous savez comme elle est belle. Quand je l’ai épousée, je pouvais à peine croire que j’étais vivant, tant j’étais heu reux, car elle était aussi bonne que belle. Mais maintenant, quel est mon sort ? Mon maître vient, me pousse brutalement loin de mon travail, loin de mes amis et de tout ce que j’aimais, me maltraite en me traînant dans la poussière! et pourquoi ? Parce que, dit-il, il ne pouvait se rappeler qui j’étais et qu’il allait m’apprendre que je n’étais seulement qu’un nègre! Enfin il se mit entre moi et ma femme, et m’obli gea à renoncer à elle. Vos lois lui don nent le pouvoir d’agir de la sorte, en dépit de Dieu et des hommes. Monsieur Wilson, considérez bien ceci : il n’y a pas une de ces choses ayant brisé le cœur de ma mère, de ma sœur, de ma femme et de moi-même qui ne soit autorisée par vos lois dans le Kentucky et nul ne peut s’y opposer! Appelez-vous ces lois les lois de ma patrie. Monsieur, je n’ai pas de patrie, pas plus que je n’ai de père. Mais je vais “ en avoir une. Je ne désire rien de votre patrie, excepté qu’on me laisse la paix, — pour m’en aller tranquillement d’ici; et quand je serai au Canada où les lois me défendront et me protégeront, là sera ma patrie, et j’obéirai à ses lois. Mais si quel qu’un essaie de me retenir, qu’il fasse at tention, car je suis désespéré. Je combat trai pour ma liberté, jusqu’à mon dernier soupir. Vous dites que vos pères ont agi de la sorte; si c’était leur droit, c’est aussi le mien. Mme BEECHER-STOWE. La Race noire dans la Démocratie amé ricaine. Nahon, soldat de la classe 22 assassiné à Oudjda. Louzon expulsé de Tunisie L’Officier tortionnaire Vidart en liberté. A NOS LECTEURS Je soussigné (1) demeurant à (2) déclare m’abonner au journal “LE PARIA” ; ci-joint la somme de trois francs, mon tant de l’abonnement pour un an. A. le (Signature) 192 En raison de la période de va- cances, il nous a été impossible de faire paraître en son temps le n° 6 de notre journal ; nous prions nos lecteurs de vouloir bien nous en excuser. Nous comblons cette lacune et le “ Paria ” paraît aujour d’hui avec les dates de 1 er Sep tembre et 1er Octobre. D’autres progrès seront réalisés sous peu. L’ADMINISTRATION. (1) Nom et prénoms. (2) Adresse complète. N. B. — Remplir ce bulletin et l’envoyer à M. STEFANY, 16, rue Jacques-Cal lot, Paris-6. D’OCTOLIE 1922 (Renseignements donnés sous toutes réserves) Prévisions de Départs LIGNES NAVIRES POINTS DE DÉPART DATES DE DÉ PART DESTINATIONS Extrême-Orient . . Commanda. i-Mages . . La Palhce 12 octobre Saïgon, Shanghaï. Egypte et Syrie . . Sphinx Marseille 7 — Alexandrie. — Lotus —- 25 — Alexandrie. Beyrouth, Jaffa — Sphinx — 28 — Alexandrie. Méditerranée-Nord. Lamartine — 4 — Naples, Smyrne, Constantinople. — Pierre-Loti. .... — 25 — — Indes, Indo-Chine, Japon — 6 — Colombo, Singapore, Saïgon, etc. — André-Lebon. . . . — 20 — — Océan Indien . . . Chambord — 12 = Madagascar, La Réunion. Maurice. -- Aviateur-Roland- Garros — 26 — — Australie Andromède .... — 25 — Australie, Nouvelle-Calédonie. Le Havre-New-York PaqueootsC'« Gle T. . . Le Havre t, 3. 7, 10, 14. 17, New-York. 21, 24. 28 oct. Cuba. Mexique. . . — Saint-Nazaire 21 octobre La Havane, Vera-Cruz. Bordeaux New-York. Niagara . . Bordeaux 3 - New-York. Saint-Nazaire, Cuba, Mexique Espagne Saiut-Nazaire 21 — Mexique. Les Antilles .... La Navarre Bordeaux 10 — Guadeloupe. Martinique, Colon. Saint-Nazaire, Cris- tobal. ...... Haïti Saint-Nazaire 4 — Guadeloupe, Cristobal, Colon. Arrivées LIGNES Extrême-Orient Indo-Chine, Chine, Japon. . . Océan Indien Médiserranéc-Nord Australie, Nouvelle-Calédonie. Le Havre, New York NAVIRES PROVENANCE PORTS D’ARRIVÉE Commissaire-Lecocq. . . Cordillère Amazone Genéral-Duchesne . Nera Pierre-Loti Louqsor...... Paquebôt» Cie G 1 * T. . Colombo Saigon Yokohama Madagascar Maurice Naples Sydney New York Marseille Le Havre DATES approximatives d’arrivé Fin octobre to Octobre 20 — 8 — 22 — 12 — 25 — 7, 8, ii, 15, 18, 2i, 29 octobre Petite Correspondance Le nombre considérable de lettres que nous recevons nous met dans l’impossibL lité d’y répondre individuellement. Afin de combler cette lacune, nous ouvrons cette rubrique dans laquelle trouveront les réponses aux ments qu’ils demandent. A Jonas H. Noé. — Vous êtes nos amis renseigne- abonné-à partir du 1 er septembre; envoyer 3 francs avec un bulletin d’abonnement d’après le modèle de ce numéro. ** Un camarade de Saint-Pierre-du-Vau- vray. — Lire : « Le Maroc pour Tous », librairie Universelle, 20, rue Saint-Marc, Paris. Avis très Important Le siège du Paria, de l’Union Inter coloniale, de Y Association pour l'ac cession aux droits de citoyen des Indigènes de Madagascar est défini tivement ouvert à Paris, 3, rue du Marché-des-Patriarches. Nos camara des pourront s’y adresser aux perma nences ouvertes les mardi et jeudi de chaque semaine, de 20 à 22 heures, et le dimanche matin, de 10 heures à midi. Ils y trouveront des compa triotes de toutes les colonies, les re vues, livres, journaux coloniaux. Le Gérant ; J.-B. Nfyrat. MAAQUe i J L’émancipatrice, Imp. coopérative, Bue de Pondichéry, 3, Paris TARRIANT, administrateur-délégué.