Nguồn: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k70093467 (OCR ALTO của BnF, chưa hiệu đính) Tải về: 2026-07-17 Tựa đề: Le Paria — 01 juillet 1922 1922 Lưu ý: Văn bản OCR máy tự động từ Gallica; sai sót OCR chưa sửa — đối chiếu PDF ảnh cùng tên khi trích dẫn. ### [Trang 1] Première Année — N° 4 Le Numéro : VINGT-CINQ centimes Samedi 1 r Juillet 1922 ADMINISTRATION : 16, Rue Jacques-Callot, 16 PARIS (6) Téléphone : GOBELINS11-60 - 0 le Paria 4(8 eys Paraissant le 1 er de chaque mois TRIBUNE DES POPULATIONS DES COLONIES Abonnement, Un an : 3 francs LA QUESTION NOIRE Nous sommes heureux d’offrir à nos lecteurs un prédieux article de notre ami, M. Louis MORPEAU, un des puis remarquables enfants de la race noire, auteur des Pages de Jeunesse et de Foi et de l’Anthologie haïtienne des Poètes conlemporaias (1904-1920), parus à Port-au-Prince, s Elle soulève d’abord le problème de l’égalité des races. La Révolution fran çaise l’avait affirmée et, en 1793, le conventionnel Southonax, commissaire de la Première République à Saint-Do mingue, la future Haïti, accordait la liberté à tous les esclaves que courbait encore la matraque du commandeur. En 1848, sur la proposition de Victor Schoelcher, le Gouvernement provisoire abolissait le servage dans toutes les co lonies françaises. Sous le Second Empire, vers 1854, je crois, le comte de Gobineau crut juste, utile et sage de se livrer, à nouveau, à une hiérarchisation des races humaines. (Il n’y a pourtant plus de races pures, songez-y !) Et quelques années après, l’aristocratisme d’Ernest Renan édictera que « les noirs ne sont destinés qu’à exécuter les grandes choses conçues par les blancs ». Dans certains milieux savants, la cra- nicmétrie était très en honneur, et « l’in dice céphalique » à l’ordre du jour. Les dolichocéphales, à cause de leur crâne long, étaient jugés les hommes supé rieurs ; les brachycéphales, en raison de leur crâne rond, de leur crâne court, les hommes inférieurs. Tout cela s’é tayait plus ou moins sur le transfor misme de Lamarck, l’évolutionnisme de Darwin qui a posé deux principes essen tiels, la sélection naturelle et l’hérédité des auuiiOs of des défauts tcguis. D’après Darwin, l’homme descend du singe, et les nègres seraient le chaînon qui relie le singe à l’homme. Les récents travaux de la science ne permettent plus des affirmations aussi tranchantes, et, comme la craniométrie, la céphalomé- trie ayant fait faillite, la question de couleur entra en ligne de compte. Or, vous savez que le climat influe beaucoup sur la coloration des hommes. Et puis que nous ne devons pas confondre quan tité et qualité, nous nous remettrons en mémoire avec l’histologiste allemand Virchow, que « sous le microscope, il n’y a ni noir, ni blanc, m jaune, tout est brun ». Mais il y a les lois psychologi ques, pour parler au moins une fois comme le docteur Gustave Le Bon. Que M. le docteur Le Bon, se basant sur le tempérament et le caractère irréducti bles des peuples, ait divisé les races en quatre groupes qui seraient le groupe des races primitives, celui des races in férieures. le groupe des races moyennes et enfin celui des races supérieures, il n’a fait qu’user d’un droit, celui d’é mettre sa pensée. Mais, me souvenant d’un mot de M. Paul Deschanel que « les peuples s’ignorent plus que s’ils habitaient des planètes différentes » et me remémorant les conclusions de Jean Finot — cette haute valeur philosophi que et littéraire —, sur « le mensonge aryen » et « le préjugé des races », je persisterai à croire que M. le docteur Gustave Le Bon n’a été qu’injuste, mais très injuste envers les deux cent mil lions de nègres et descendants de nègres qui peinent, travaillent et se perfection nent dans le monde. L’un des deux hommes qui ont exercé la plus grande influence sur la généra tion de 1880, je veux dire Hippolyte Taine — l’autre se nomme Ernest Renan — a émis un jour cette forte considéra tion que « les objections théologiques ou sentimentales n’ont pas de prise sur un fait . Entendez l’enseignement d’Herbert Spencer : « Si l’homme des cend de l’animalité inférieure, il ne forme plus dans l’univers une espèce à part, il ne vaut que par la réussite hé- réditaire qui lui a donné, avec des orga nes mieux différenciés, un cerveau capa ble d’unifier plus fortement toutes ses fonctions. Riche de toutes expériences accumulées à travers les siècles par les plus lointains ancêtres, depuis la pre mière monère ou la première amibe, ce cerveau ne peut anticiper l’expérience future que grâce à l’expérience passée. Quand il semble prophétiser, il relit. Et pour ne pas se tromper, il doit toujours se maintenir au ras de l’expérience, ob server les faits, se soumettre à eux. » Voilà le langage de la raison. Eh bien ! à propos des noirs, mainte nons-nous « au ras de l’expérience », observons les faits, et surtout obéissons- leur. « Songez, disait l’année dernière M. Paul Reboux, qu’en 1860, il était inter dit aux Etats-Unis, sous peine de fouet, d’enseigner les nègres, de leur apprendre à lire, à écrire, à compter. Or, à présent, la seule ville de Philadelphie compte plus de cent médecins et dentistes, trente avocats, onze notaires, trois cents comptables-sténographes qui, tous, sont gens de couleur et travaillent comme des blancs. Dans cette ville, une banque nègre fait pour plus de cinq millions de dollars d’affaires par année. Les nègres de Philadelphie possèdent onze hôpi taux, quatorze édifices publics, et pour plus de dix millions de dollars de pro priétés foncières, et il existe actuelle ment trente-huit universités nègres aux Etats-Unis. » Quelques détails supplémentaires. A la Howard University, en 40 ans, ont pris leurs grades, plus de 2.000 étudiants noirs, dont 200 pasteurs, 700 médecins, 200 avocats, etc. A la Fisk University, une seule année a vu délivrer 400 di plômes à des médecins, des instituteurs, des pasteurs, des ingénieurs, etc. Quant à la République d’Haïti, la belle petite « France Antiléenne », in dépendante le 1er janvier 1804, à la pointe de l’épée, pour se défendre elle présente les résultats de son effort : Une population de 2.500.000 âmes, plus que doublée en un siècle, et ne vivant que sur 28.250 kmq de territoire ; une importation se chiffrant en 1919 à 20 millions de dollars ; une exportation comportant 90 millions de livres de ca fé, 70 de campêche, 8 de coton, 9 de su cre, 6 de cacao, 4 de ricin, 6 de gaïac, 2 de miel, etc., etc. Dans un autre ordre d’idées, elle pré- sente 1.000 écoles primaires, profession nelles, secondaires et supérieures, fré- que mi • as nor 100.000 étudiants et éco- liers. L’enseignement ne se donne qu en français, notre langue officielle et litté raire. Enfin, elle s’enorgueillit à bon droit d’une pléiade de poètes et de pro sateurs remarqués, d’avocats et de mé decins compétents, d’ingénieurs et d’ar- chitectes habiles, de musiciens et de sculpteurs talentueux. Et après on entendra des gens sou tenir que sur toute la surface du globe, les noirs ne travaillent pas et ne sont pas dignes de considération. Louis MORPEAU, A vocat, Sous-Inspecteur des écoles de l’arrondissement de Port-au-Prince (Haïti, Grandes-Antilles') peuple de l’antique Cambodge a atteint un degré de civilisation élevée, et, par bonheur pour lui, il ne paraît pas avoir connu les longues décadences. Un jour est venu où il s’est relâché dans son labeur, où il is’est cru trop complètement victo rieux, où peut-être le culte de l’art lui a fait négliger le culte de la force, nécessaire à qui veut la sécurité et l’indépendance. Il a dû, lui aussi, écouter les rhéteurs, ces avant-coureurs de la chute des empires. Et son affaiblissement a commencé. Mais pour les nations plus acore que ..pour les.tion (Journal officiel, 28 avril.) hommes, la punition ne se fait pas attendre UN ÉDIFIANT JUGEMENT M. Doumer qui a exercé, ainsi que cha cun sait et les Annamites plus que per sonne, les fonctions de Gouverneur géné ral en Indochine, a publié en 1905 un im portant ouvrage duquel, pour l’édification des Parias, nous extrayons les lignes qui suivent. Puissent-ils, en les relisant, les méditer et en tirer tout l’enseignement qu’elles comportent. Le Gouvernement français qui fait figu rer en ce moment même, à l’Exposition coloniale de Marseille, une reconstitution de l’art Khmer redonne à ce passage du livre de M. Doumer un renouveau d’actua lité. LE PAYS DES KHMERS Des différents pays qui constituent l’In dochine française, le Cambodge est la terre préférée des archéologues, des artis tes, des curieux. C’est que la race Khmère a marqué sur elle sa forte empreinte, y a laissé des souvenirs nombreux et admira bles de sa civilisation; de son art abolis. Le peuple cambodgien, qui nous est apparu si pauvre, si faible, si veule, a eu des an cêtres, des prédécesseurs plutôt sur le ter ritoire qu’il occupe, qui furent grands, à la taille de la puissante nature qui les en tourait. Ce n’est pas en vain que le gigan tesque fleuve, que l’eau épandue en masses immenses, que la forêt dont les cimes al tières se perdent dans le ciel, ont donné à l’homme, à travers les âges, des leçons de beauté et de grandeur. Un peuple s’est trouvé pour les comprendre et en profiter, pour édifier une œuvre en harmonie avec l’œuvre de la nature. Les Khmers furent les fils légitimes de la terre cambodgienne, dignes d’elle, forts et nobles comme elles, ayant dominé pendant les siècles où ils ont vécu, imposant aux siècles qui ont suivi et qui suivront, le respect pour leur mémoire, l’admiration pour leurs travaux. Les édifices que les Khmers ont construits et qui nous parlent d’eux disent ce que fut leur glorieux règne sur ce coin de la terre.. Race forte, courageuse, artiste, le à qui perd le courage et la saine raison. Les peuples abâtardis sont condamnés et méritent leur sort. Les Khmers ont trouvé près d’eux des justice L'invasion est venue qui a détruit, en un jour, dix siècles de civilisation et de gloire. De cet empire puissant, ordonné, dont le juste équilibre, la sage administration se lisent encore dans l’amas des pierres bouleversées, il n’est resté que des ruines ! La race a-t-elle survécu, a-t-elle assisté à sa déchéance ? Les Cambodgiens actuels, les Siamois, sont-ils ses enfants ? — Non pas. Les vainqueurs ne se sont pas conten tés de la déposséder, ils l’ont écrasée, rayée de la liste des vivants. La preuve en est qu’aucune tradition, aucun souvenir de la langue khmère ne subsiste chez le Cam bodgien. Nous les avons trouvés, specta teurs indifférents et ignorants devant les merveilles de l’architecture ancienne, in capables de rien comprendre des carac tères gravés sur les pic rres de ces ruines fameuses, aussi étrangers que nous aux hommes qui avaient vécu là, avant eux, d’une vie supérieure. Aucun peuple, sinon aucun individu, ne pr ut se vanter de des- cendre des Khmers. Il en est de ceci en Asie, comme des Grecs et des Romains en Europe. La mort a fauché les hommes en même temps que les nations. Pourtant, il est deux villages reculés du Cambodge, perdus derrière le rempart inviolable de la grande forêt, qui renferment des habi tants d’une race différente de la race cam bodgienne, lesquels parlent la langue des vieux monuments, enlaidie, défigurée, mais parfaitement reconnaissable. Ce petit grou pe d’hommes a-t-il our ancêtres les grands Khmers? Une "mille deux trois peul- être, auraient < pi a la destruction accomplie il y a cinq ou six siècles, et, réfugiées dans des contrées sauvages, au raient survécu, se perpétuant dans la mi sère et l’abjection d’une constante frayeur. Ces misérables sont-ils les fils des fiers guerriers, des grands artistes du royaume disparu ? Cela est possible. Mais si cela est, quel châtiment, quelle douleur pour leurs pères, qui les voient du haut du paradis bouddhique ! Comme ils aime raient mieux que le massacre n’eût épargné aucun de leurs enfants, plutôt que d’avoir permis qu’il restât sur terre un tel souvenir d’eux-mêmes, une telle leçon aux peuples qui s’abandonnent ! L’affreuse chose, quand on y pense, quand on sait comprendre l’histoire de tous les temps et de toutes les régions de la terre, l’affreuse chose que la défaite pour une race qui fut une des éducatrices, un des guides de l’humanité aux prises avec les forces destructives de la nature. Quand tout en elle s’est affiné, ses sentiments, sa sensibilité surtout uand se sentant supé rieure, par son intelligence développée, ses mœurs douces, son goût sûr, à ceux, qui l’entourent et la menacent, elles est frappée, violentée I ar eux, elle en souffre, comme les barbares ne savent pas souffrir, elle a toute l’amertume, la révolte et la haine des victimes ’ une destinée injuste. Le tableau de l’effroyable tragédie se pré sente aux yeux comme un cauchemar. Ces hommes, qui fuient dans la défaite, voient leurs foyers détruits, les êtres chers et faibles confiés à leur force défaillante, parents, femmes, enfants, abandonnés à la merci du vainqueur, massacrés, tortu rés ou subissant un sort pire que la souf- fi ance et que la mort même, réduits à être les esclaves. la chose d’un maître violent et sauvage. Quelle horreur et quelle honte dans l’âme du vaincu qui déserte la bataille ou la vie, qui se cache ou qui meurt ! Si dans ses yeux enténébrés quelque clarté luit tout à coup, il doit voir sa faute, son crime envers les siens, broyés par le cata clysme ; il doit se sentir coupable d’avoir cultivé seulement en lui les qualités de l’intelligence, les facultés aimables, négli geant les vertus viriles bien autrement nécessaires, le courage devant le dur la beur, le combat et la mort. Il s’est amolli, abandonné à la douceur de vivre sans fati gue et sans danger . il a délaissé l’austère devoir pour le plaisir : sa fin était mar quée; elle est nécessaire et juste. Tout grand peuple qui fut fort et vaillant, qui se montra capable de jouer un des pre-. miers rôles et qui, un jour, s’abandonne par manque de courage ou de foi, qui se dérobe à sa destinée glorieuse, est indigne et incapable de vivre. La mort le guette, elle sera le fait de la décomposition inté rieure, qu’une intervention brutale achè vera au nom de la salubrité humaine, à moins que l’invasion ne se soit produite au début et n’ait donné à la nation en déca dence un trépas plus digne, sinon plus honorable. Ainsi a fini le peuple khmer. Paul Doumer. (Indochine française, 1905) Législation coloniale Documents législatifs promulgués du 15 avril au 10 mai 1922, publiés par le “ Journal officiel ” de la République Française. Algérie. — Décret du 12 avril portant extension à l’Algérie de la législation sur les sociétés coopératives de consomma- ** Algérie. — Décret du 20 avril réglemen tant les syndicats professionnels et asso ciations coopératives des planteurs de ta bac en Algérie. (Journal officiel, 5 mai.) Tunisie. — Décret du 24 avril accor dant l’admission en franchise ou des trai tements de faveur à certains produits tuni siens à l’entrée en France. (Journal offi ciel, 30 avril.) * ** Nouvelle-Calédonie. — Décret du 28 avril prorogeant le délai pour la vérification des déclarations souscrites par les contribua bles assujettis à la contribution des béné fices de guerre. (Journal officiel, 4 mai.) Nouvelle-Calédonie. — Décret du 4 mai 1922, prorogeant pour une nouvelle pé riode de 5 ans le décret du 27 mai 1917 sur l’indigénat en Nouvelle-Calédonie. (Journal officiel, 9 mai 1922.) Afrique Equatoriale. — Décret du 4 mai 1922, fixant le régime du travail. (Journal officiel, 9 mai.) UNION INTERCOLONIALE La prochaine réunion mensuelle de l’Union intercoloniale aura lieu dans le local habituel, 16, rue Saint-Séverin, le di manche 23 juillet, à 15 heures. Les camarades sont instamment priés d’en prendre note, aucune convocation in dividuelle ne devant être envoyée. Le Secrétaire, MONNER VILLE. REPRÉSAILLES IMBÉCILES Nous apprenons avec une vive indi gnation que le Gouvernement, qui n’a pas encore pris les sanctions qu’impo sent les scandales du Togo, a saisi la Chambre d’une demande de levée d’im munité parlementaire à l’endroit du ci toyen René Boisneuf, député de la Gua deloupe. Il s’agit, pour tous ceux qui savent comprendre, de représailles contre la courageuse attitude prise par lui ces temps derniers. Nous nous associons à l’ensemble de nos compatriotes pour flé trir cet acte de basse vengeance et nous promettons de revenir plus amplement sur ce sujet. SOUSCRIPTION Listes précédentes 179 » X. de D . - 250 » Shuyên 5 » Total 434 » UNE CÉRÉMONIE à la mémoire de Jean FINOT Ainsi que nous l’avions annoncé dans notre dernier numéro, l’Union Interco loniale est allée, le dimanche 18 juin, dé poser une couronne au cimetière de Montparnasse, sur la tombe de l’auteur du Préjugé des races. M. Louis Jean Finot, le fils de celui J dont la race noire a cruellement ressenti | la perte, avait tenu à se rendre, à cette occasion, au daveau de famille. L’Union Intercoloniale h^i en exprime ses senti- | ments de sincère gratitude. Soucieux de faire participer tous nos camarades à l’action que nous menons, nous nous faisons un devoir de placer sous leurs yeux le texte de l’émouvant et beau discours prononcé par le sympa thique secrétaire général de l’Union, notre camarade Joseph Monnerville. Mesdames, Messieurs.. L’Union Intercoloniale vous a réunis autour de cette tombe pour célébrer la mémoire d’un homme qui doit être cher aux peuples de couleur. Pour nous qu’il a si noblement défen dus, son œuvre prend la valeur d’un symbole grandiose • Syr. Lo! le la vé- rité qui disperse les calomnies et les mensonges forgés par un égoïsme fé roce et maintenus par l’orgueil; Sym- bole de la Justice qui triomphe néces sairement des odieuses préventions de l’intérêt et de l’esprit de domination. A des dates tragiques, d’autres s‘é- taient avancés du cortège des maîtres vers celui des parias : L’abbé Grégoire, Victor Schœlcher, dont le nom ne pé rira point dans le cœur des Noirs, M mo Beecher-Stove, l’auteur émouvant de la Case de l’Oncle Tom. Mais c’est à la pitié et à la bonté, c’est à la frater nité chrétienne qu’ils faisaient appel. Et bientôt, ce siècle imbu de sa scien ce a prodigué ses sarcasmes à leur phi lanthropie. Aux raisons de cœur, il veut substi tuer celle de la « Connaissance », révé lation nouvelle que la divinité a réser vée à des savants privilégiés. Et voici que paraît L’Essai de l’inéga lité des races humaines, du comte de Go bineau : hymne enthousiaste en faveur des races dites supérieures, jugement dernier des races dites inférieures, mo nument de fantaisie tout plein d’une érudition de bric-à-brac et de para doxes pour gens du monde ; ce sera l’arsenal des arguments où viendront puiser tous les « champions » de l’op pression, tous les persécuteurs et les ennemis sournois ou déclarés des races de couleur. Et c’est sur les bases de ce dogme que des savanis. chez lescuels on ôtait en droit d’espérer plus d’honnéteté dans leurs travaux, que des professeurs à qui leur sacerdoce impose la redoutable res ponsabilité de former la jeunesse, vont échafauder des doctrines nouvelles, pro pres à perpétuer les haines entre les hommes, véritables encouragements à l’extermination des uns par les autres. Pour certains, c’est la largeur du crâne, pour d’autres, c’est la couleur jaune, noire ou blanche; pour d’autres encore, c’est l’angle du visage, c’est le poids du cerveau qui constituent entre les hommes des murailles infranchis sables. Et même, pour l’un des plus célèbres physiologistes français de notre épo que, ces barrières naturelles devraient être renforcées par des prohibitions in flexibles. « Il ne faut pas, s’écrie ce physiolo giste, que le sang de la noble race blan che soit contaminé par un impur al liage d’une race, qui par suite de l’imbé- cillité de son intelligence, n’a pas plus fait pour l’Humanité que les milliers et milliers de bestiaux qui peuplent depuis des siècles les Pampas du Sud Améri que. » Mesdames, Messieurs, c’est contre de telles injures, contre ces provocations révoltantes adressées à toute une partie de l’Humanité, c’est pour dénoncer la Haine et la Passion dissimulées sous un mince vernis scientifique, que Jean Fi not s’est élevé dans ce livre, qui devrait être notre bréviaire à tous : Le préjuge des Races. S’évadant des formules vagues, répé tées sans discernement depuis des siè cles, s’affranchissant des articles de foi dictés par la passion, il a fait justice de toutes ces thèses fantaisistes ou superfi cielles qui affirment beaucoup et n’ex pliquent rien. Et après un noble et minutieux la beur, après avoir impartialement con- fronté les idées avec les faits, voici la conclusion où il aboutit : « Lorsqu’on parcourt toute la gamme des différences extérieures qui parais sent séparer les hommes, on n’y trouve litéralement rien qui puisse autoriser leur division en être supérieurs et infé rieurs, en maîtres et parias. » La science de l’inégalité est par excel lence une science des Blancs. Ce sont eux qui l’ont inventée, lancée, nourrie, soutenue, propagée. Se considérant au-dessus des hommes des autres couleurs, ils ont érigé en qua lité supérieure tous les traits qui leur étaient propres, en commençant par la blancheur de leur peau et la souplesse de leurs cheveux. ### [Trang 2] LE. PARIA aooSarid Mais c’est en vain, qu’on essaie de doter quelques variétés de l’espèce hu maine de toutes les vertus, en accablant les autres de condamnations à l’infé riorité éternelle. Ironiquement, la réalité détruit ces classifications puériles, et souvent elle élève les derniers au rang des premiers. Quoi qu’en dise « l’Illustre » physio- logiste. Les gens de couleur ont produit plus que le néant. Longue serait la liste de ceux qui, soit dans les lettres, soit dans les scien ces, soit dans les arts, ont occupé ou occupent la place la plus élevée. Si, comme J’affirme M. Charles Richet, les « Dictionnaires » ne donnent pas le nom d’un seul noir éminent, com me artiste, comme savant, comme pen seur, c’est, hélas ! qu’on ne fait état de la race d'un homme noir que lorsqu’il y a quelque grief à formuler contre lui. On ne lit pas, en regard du nom de Pouchkine, le grand poète russe, de José Maria de Hérédia, dont la gloire n’est point contestée, qu’ils avaient du sang nègre dans les veines; il en est de même pour les Dumas, il en est de même pour Lé thière, peintre célèbre, né aux Antil les; il en est de même du savant ma- thématicien Lislet-Geoffroy ; et com bien d’autres mériteraient d’être cités : c’est toute cette étincelante pléiade de littérateurs, d’hommes de sciences, de compositeurs, produite par la Jeune Ré- publique d’Haïti, ou par ces noirs des États 1 nis à peine affranchis des liens de la servitude. Que ne peut-on attendre d’une race qui donne naissance à de tels sujets malgré les entraves de toutes sortes, malgré sa pauvreté, malgré l’ostracisme dont on la frappe? Honneur à Jean Finot, d’avoir dissipé les ténèbres des préjugés et d’avoir fait luire en faveur de ces déshérités et de ces méconnus, la lumière de la vérité. Grâce à lui nous voici plus confiants et plus forts. Poursuivons donc notre route vers nos destinées. La grande lutte pour le progrès et le bonheur humain nous appelle, nous aussi. Mais un devoir supérieur s’impose à nous, pressant, impérieux : c’est l’union indéfectible des peuples de couleur, jus qu’au jour où sonnera, enfin, l’heure de la Paix entre tous les peuples et de la vé ritable solidarité humaine. N’est-ce pas l’appel qui s’élève de cette tombe, n’est-ce pas sa voix qui nous dit : « Celui qui ne fait rien au profit de la solidarité et de la fraternité des hom mes et des peuples, est un être cadavé rique, un défunt avant la lettre, malgré l’illusion apparente de la vie. » Parlabah, et M. Hon-Dou-Tré, fils de l'an- cien Toc-Bomb (vice roi) de Cochinchine, dont le courage contribua à enlever l'An- nain pour le donner à la France et dont la loyauté, en certaines heures graves, lui permit de le consei l Ces jours der iers, la délégation avait été remplir un pieu devoir, au nom du NECROLOGIE Le Paria a le regret d'apprendre que l’un de ses bons amis, Benoit Basoja, est décédé le 1 er juin dernier. Originaire de Madagascar, Rasoja était appelé comme jeune soldat en 1900 au régiment de tirailleurs malga ches. La guerre l’appelait à servir en France, d’abord dans l’infanterie, puis dans l’artillerie. Grâce à son caractère très doux, il était toujours un excellent camarade. Il venait d’obtenir la liquidation de sa pension de retraite si chèrement ac quise. A peine démobilisé, il rejoignait ses camarades qui luttent contre les in justices dont souffre Madagascar; comme nous, il était convaincu que ces maux ne seront enrayés que lors que le peuple de France prendra la défense des indigènes en faisant fi de tous les préjugés indignes de notre siècle. Aussi, le dernier mot qu’il a pu dire, une minute avant de rendre le dernier soupir, fut : « France-Ma dagascar. » A Mme Rasoja, cruellement éprou vée, et à toute sa famille, nous adres sons l’expression de nos condoléan ces émues. peuple annamite tout entier : elle s’était rendue à Origny-en-Thiérache, qui fut le berceau de Mgr Pigneau de Bihaine, évê que d’Adran, le pieux missionnaire qui sauva, en 1870, l’Empire d’Annam de l’a narchie en massacrant tous les rebelles. M. Albert Sarraut. ministre des colo nies, qui fut longtemps gouverneur géné ral de l’Indochine, et son successeur, M. Maurice Long, en organisant ce voyage de la délégation annamite en France, ont semé entre les deux peuples de nouveaux germes de confiance et d’amour qui lève ront un jour pro . hain. On le verra dès que les Annamites seront en mesure de conso lider le joug libérateur dont nous avons enrichi leurs ép mies. , (Canard Enchaîné du 21 juin 1922.) La haine des races Pour avoir parlé de lutte d’égalité entre les hommes de classes et et sous pré- Tribune de l’A. O. F. et A. E. F. Les Questions Musulmanes A PORTO-NOVO TRIBUNE DE L’INDO-CHINE texte d’avoir prêché la haine des races, notre camarade Louzon a été condamné. Voyons comment l’amour entre les races a été compris, pi .tiqué, au cours de ces derniers temps, en Indochine. Nous n’allons pas parler aujourd’hui de l’empoisonnement 4 de l’abrutissement des masses par l’alcool et par l’opium dont le gouverne at colonial se rend coupable ; nos camarades du groupe par lementaire auront à s‘en occuper un jour. Tout le 1 onde connait les hauts faits de l’administrat. assassin Darles. Pour tant, il est loin d’avoir le monopole de la férocité envers les indigènes. Un certain Pour agnon se précipite, furieux, sur un Annamite qui a eu la curio sité et l’audace de I ■ ga der pendant quel ques secondes la maison de l’Européen. Il le frappe et enfin l’abat d’un coup de revolver dans la tête. Un employé de chemin de fer frappe à coups de rotin un hef de village tonki- Les questions musulmanes relatives à la nomination légale d’un Iman ou représen tant de la religion et de l’achèvement de la Mosquée de Porto-Novo, traînent toujours en longueur par suite des intrigues du nommé Ignacio Paraiso et du mauvais vou loir du Gouverneur du Dahomey, qui pré fère prêter la main à son protégé et voir répandre le sang humain que de trancher l’affaire conformément à la justice et à l’équité. Au débarquement de M. l’Inspecteur des Colonies, Hellier, qui était accompagné de. M. Fourn, gouverneur du Dahomey, tous les musulmans de Porto-Novo se réjouis saient à l’idée que l’Inspecteur des Colo nies, venu en mission, mettrait fin aux abus révoltants et aux intrigues sans nom dont ils sont victimes chaque jour de la part du sieur Ignacio Paraiso, persona grata du gouverneur. Or, grande a été leur dé ception! Arrivé le 27 février, M. l’Inspec teur des Colonies s’est embarqué le 17 mars sans rien trancher des questions impor tantes qui lui étaient soumises. Nous igno rons la cause du départ inopiné, trop hâtif de ce haut fonctionnaire qui avait d’in nombrables abus devant lui à dénoncer. Mais nous ne pouvons cacher que ce dé part qui laisse la colonie à la merci des malfaiteurs, nous causera un grand pré judice qu’il est urgent de réparer. En attendant, nous croyons devoir met tre sous les yeux de toutes les honnêtes gens, qui tiennent à la bonne renommée de la France et à ses intérêts dans les colonies, la lettre ci-après que les musul mans de Porto-Novo ont adressée à M. l’Ins pecteur des Colonies, au sujet du déni de justice dont il sont victimes : « Porto-Novo, le 14 mars 1922. « Monsieur l’Inspecteur des Colonies en mission au Dahomey, à Porto- Novo. VOYAGE DE PLAISIR !... LES CIVILISATEURS nois. M. d’un M. dont Beck coup Brès il la fend le . âne de son chauffeur de poing. entrepreneur, tue un Annamite lié 1 bras à coups de pied, Ainsi le petit Empereur d'Annam Khaï- Dinh a débarqué à Marseille, et l’on ima- ginle réception chaleureuse que n’ont pas manqué de lui faire tous les officiels uis ministre des Colonies M. Al- Sous le titre « Bandits coloniaux », no- tre camarade Victor Méric nous a narré l'incroyable cruauté de cet administrateur des colonies, qui faisait couler du caout- bert Sarraut, qui a su domestiquer ce des cend. ni d une lignée de grands rois, jus- qu ai. député de Cochinchine, en passant par toutes les personnalités qui illustrent de leur présence la direction de l’Exposi tion coloniale de Marseille. Hier Kh ï-Dinh est arrivé à Paris avec toute son escorte, et même avec son fils, un enfant de dix ans, qu’il laissera en gage pour un long séjour en France, entre les m ins d’un précepteur qui fut ancien rési dent supérieur à Hué. Pour les Annamites, toujours fidèles à leurs croyances, l’inévitable est accompli. Mist en demeure de renier les coutumes et la politique de ses aïeux, en quittant son pays d’Annam, pour venir parader en France et y faire la bombe, ou bien d’être exilée dans une autre colonie, comme le fut son prédécesseur Duy-Tan, S. M. Khaï- Dinh a fait taire les battements de son cœur, s est bouché les oreilles pour ne pas . ntendre les cris de mécontentement et de colère de son peuple; l’Empereur s’est résigné à l’inertie, condamné à la docilité et il va entreprendre une assez longue « tournée des Grands Ducs ». Toutefois, devons-nous relater ici que, lorsqu ' S. M. Duy-Tan fut envoyée en exil, c'est-à-dire pendant la guerre, le Protec torat et le Gouvernement général de l’In- do-Chine excipèrent pour se justifier dans une mesure qu’ils jugeaient convenable, à leurs sens, que l’Empereur d’Annam n’avait pas, alors, la poigne nécessaire pour obli ger ses compatriotes à satisfaire aux né cessités du recrutement militaire, et le gouvernement ajoutait que Duy-Tan avait trop d’accointances avec le parti anna- nite irrédentiste et révolutionnaire. Or, si Duy-Tan est exilé à la Réunion, les mécontents et les nationalistes annamites sont toujours en Annam, et nos renseigne ments personnels nous permettent d’ajou ter qu’ils y sont plus nombreux que ja mais. Fs savent que certaine doctrine wil- sonienne tend à attribuer aux peuples le droit de disposer d’eux-mêmes, et ils ne son pas non plus sans être très renseignés si ■ le mouvement nettement révolution- na ire qui s’étend du Japon jusqu’à l’Océan Atlantique, en passant par la Chine, les Indes, la Perse, la Syrie-Silicie, l’Egypte, la Tunisie, l’Algérie, et disons même l’an cien Togo allemand, le Dahomey, le Sé négal, et enfin le Maroc. Pendant que Khaï-Dinh, oublieux des austères solitudes et des beaux ombrages qui entourent les tombeaux des anciens empereurs d’Annam, va déambuler, traî- ner ses guêtres dans tous les dancings, dans tous les beuglants, dans tous les lupa- l ies, d’autres, les Annamites, ses anciens sujets, qui le renient aujourd’hui, ne tar deront sans doute pas à reprendre l’éten dard de la révolte. Nous ne manquerons pas de suivre ces laits avec attention. — U. L. heureuse négresse. Après quoi, il lui faisait porter sur la tête une énorme pierre, en plein soleil, jusqu’à ce que la mort s’en suive. Ce fonctionnaire sadique poursuit au jourd’hui le cours de ses exploits dans une autre circonscription avec le même grade. Des faits aussi odieux ne sont malheu reusement pas rares dans ce que la bonne presse appelle la « France d’outre-mer ». En mars 1922, un agent des régies de Baria (Cochinchine) voyer de vie à trépas une porteuse de sel, sous prétexte douanes et a failli en- Annamite, qu’elle Fa ¬ vait dérangé dans sa sieste, en faisant du tapage sous la véranda de la maison qu’il occupait. Le plus beau est que cette femme a menacée d’être renvoyée du chantier elle travaillait si elle portait plainte. En avril, un autre agent des D. et où R. qui succéda au premier, s’est rendu digne de son prédécesseur par ses brutalités. Une vieille Annamite, porteuse de sel elle aussi, avait eu une discussion au sujet d’une retenue opérée sur son salaire, avec la surveillante. Celle-ci s’en plaignit au douanier. Ce dernier, sans autre forme de procès, se mit en devoir d’administrer à la porteuse deux formidables gifles. Et tandis que la pauvre femme se courbait pour ramasser son chapeau, le civilisateur, non content de la raclée qu’il venait de lui infliger, lui porta un violent coup de pied au bas-ventre, provoquant immédiatement un abondant écoulement de sang. Lorsque la malheureuse Annamite fut tombée à terre, le collaborateur de M. Sar- vaut, au lieu de lui faire porter secours, fit demander le chef du village et lui or donna de porter la blessée ailleurs. Le no table s’y refusa. Alors l’agent fît venir le mari de sa victime, qui est aveugle, et lui intima l’ordre d’enlever son épouse. La pauvre vieille est à l’hôpital. Voulez-vous parier que, comme leur col- après l’avoir fait mordre par son chien. M. Deffis, receveur, tue son domestique annamite d’m formidable coup de pied dans les reins. M. Henry, mécanicien à Haïphong, en tend des bruits dans la ru ; la porte de sa demeure s'ouvre . - ne annamite entre, poursuivit nar un individu. Henry, croyant que c'est an lnnigéne qui poursuit une Cong-aî, saisit un fusil de chasse, fait feu. L’homme tombe, raide mort; c’était un Européen. Interrogé, Henry répond : « Je croyais que c'etait un indigène ». Un Français attache son cheval dans une écurie où se trouve déjà la jument d’un indigène. Le cheval se cabre, ce qui provoque chez l Français une colère folle. Il frappe l'indigène iont le sang coule par la bouche et les oreilles Après quoi, il le garrotte et le suspend dans son escalier. Un missionnaire (eh oui ’ un doux apô tre), soupçonnant son séminariste indi gène de lui avoir v lé i 000 piastres, le ligotte, le suspend une charpente, le frappe. Le pauvre . évanouit. On le des cend. Quand il revient à lui, On recom mence. L’indigène est ourant, il est peut- être mort aujourd'hui Etc., etc. Est-ce que la justice a puni ces individus, ces civilisateurs ? Les uns ont été acquittés et les autres n’ont même pas été inquiétés. Voilà. Et maintenant : — Inculpé Louzon vous avez la parole ! « Nous avons l’honneur de venir res pectueusement vous soumettre nos doléan ces relatives aux diverses questions qui di visent les musulmans de Porto-Novo et dont la solution, conformément à la justice et à l’équité, ne dépend que du gouver neur. « Nomination d’un Iman à Porto-Novo. — Bien avant l’arrivée des Français au Dahomey, il existait à Porto-Novo un chef musulman appelé Iman, chargé de repré- «enter la collectivité musulmane partout où cela est nécessaire, d’administre r les biens appartenant a cette collectivité et d’assurer la célébration des cérémonies Na YEN Al QUAC. Compatriotes des Colonies, « LE PARIA.’’ est votre journal; lisez-le et faites-le lire. « Selon les coutumes et la moralité, l'Iman doit être élu par un corps électoral parmi les musulmans dévots reconnus par leur moralité et qui ont rempli les fonctions d’adjoint pendant longtemps. De plus, avant la mort de l’Iman au pouvoir, il est de cou tume qu’il donne préalablement son avis sur l’adjoint qui réunit les qualités re quises pour le remplacer. « L’avis donné par l’Iman à cette occa sion est irrévocable. « De temps immémorial, cette règle a été suivie et tout le monde s’en est bien trouvé. « Avant la mort de l’Iman Cassoumou, ce dernier désigna pour son successeur l’adjoint Saroukou que le corps électoral ainsi que la majorité des musulmans ont accepté. « L’Iman Saroukou devait être élu à la mort de Cassoumou, mais Ignacio Paraiso, fort de l’appui du gouverneur, s’y opposa arbitrairement en imposant aux musul mans le nommé Lawani Kossoko qui est son ami personnel et qui, comme lui, n’est musulman que de nom. « Voyant que le corps électoral et la majorité des musulmans étaient contre la nomination illégale de Lawani Kossoko, le sieur Ignacio Paraiso fit intervenir le chef supérieur Houdji qui est un fétichiste et qui, sous le couvert du gouverneur, élit le nommé Lawani Kossoko contre le gré des musulmans. « Ce qui est une profanation, car un Relations Maritimes (Renseignements donnés sous toutes réserves) Prévisions de Départs annonces sont reçues à 6”, 16, rue Jacques-Cal lot, | lègue, l’administrateur de l’Afrique, deux agents des douanes et régies de chinchine n’ont pas été inquiétés ? Ils même dû recevoir de l’avancement. NGUYEN-AI-QUAC. nos Co- ont LIGNES NAVIRES POINTS DE DÉPART DATES DK DÉ PART DESTINATIONS Extrême-Orient . Egypte et Syrie . . de la délégation annamite Méditerranée-Nord. Indes, Chine. Japon Océan Indien . . . Australie, Nouvelle- Caledonie . . . . Cuba, Mexique. . . Lieu! de Missiessy. Lotus Sphin Lotus Lamartine Pierre Lot . . . . Amazone Angkor Aviateur Roland Garros . . Général-Duchesne . Cépké . . . . Flandre Le Havre Marseille Bordeaux Saint-Nazaire 10 juillet 3 15 — 31 — 12 20 — 14 — 28 — 6 — 20 — 22 21 Alexandrie, Saïgon, etc. Alexandrie. Caiffa. Alexandrie. Alexandrie. Caïffa. Naples, Constantinople. Naples, Rhodes, etc. Haipong, Yokoama, Madagascar, La Réunion, etc. Melbourne, Nouméa. La Havane, Vera-Cruz, etc. Hier soir, à six heures, la délégation an namite qui visite la France à l’occasion de l’Exposition coloniale de Marseille a été re çue au Canard. Mandarins et mandarines, arrivés la veille de Valence et d’Orange, venaient apporter à notre vaillant journal les remerciements de leurs compatriotes pour l’ardeur qu’il apporte à soutenir leurs intérêts et même à les combattre. M. Lalongh-Khorn, directeur de VAvenir Annamite, conduisit cette délégation, qu’accompagnaient M. Outrey député du j Arrivées • LIGNES NAVIRES PROVENANCE PORTS D'ARRIVÉE DATES approximatives d'arrivée Extrême-Orient. . . . Indo-Chine, Japon Indo-Chine, Chine. ..... Méditerranée-Nord. . . . Australie, Nouvelle ‘ Calédonie. Le Havre. St-Nazaire. C lo 1. . Command'Mages . Command'-Dorise . Angkor Angers Lamartine El Puerto-Rico . . . Pérou ...... Haiti Haïphong Pukow Saïgon Shanghaï Le Pirée Nouméa Colon » » Marseille Saint-Nazaire l e Havre Saint-Nazaire début juillet juillet 2 juillet 18 — 2 — 13 — 1 — 13 — 28 - fétichiste, qui ne connaît rien des choses de la, religion musulmane, n’a aucun droit de donner un chef aux musulmans. «Encore, si Lawani Kossoko était un bon et honnête musulman, nous garderions le silence sur sa nomination, mais c’est le plus malhonnête que la terre ait porté. Voici, du reste, les preuves de ce que nous affirmons. « Lawani Kossoko est né à Lagos (Nigé- ria anglaise). C’est un sujet anglais. A la suite des meurtres et d’autres crimes odieux commis dans la Nigéria anglaise, Lawani Kossoko fut poursuivi par les autorités an glaises. « Le gouverneur de ce temps recueillir cet indésirable sujet anglais et, comme pour le récompenser, le nomma chef des villa ges lacustres: Affotonou, Aguégué, Agblan- kantan, etc., etc., où tous les habitants en ont maintenant assez de ses exactions, de ses crimes et se plaignent de lui. Il vous sera facile, Monsieur l’Inspecteur des Co lonies, de vous rendre compte de la véra cité de nos assertions en poussant vos in vestigations dans les villages lacustres que Lawani Kossoko met à sac tous les jours. « Il est impossible qu’un si malhonnête homme soit à la tête de notre religion mu sulmane. C’est l’avis de tous les grands mu sulmans, notamment les chérifs Aboudon Karime, de Médine; Mohamed, de Dakar; le bey Chita, de Lagos, dont nous avions sollicité la médiation et qui se sont tous élevés contre la nomination profane, illé gale de l’indésirable sujet anglais Lawani Kossoko que le gouverneur et le fétichiste Houdji nous imposent au détriment de no tre religion, et de Saroukou, seul digne de représenter les musulamns, seul élu sui vant les rites et les formes coutumières et seul reconnu Iman par les musulmans de Porto-Novo. « Nous refusons énergiquement le mal- i honnête Lawani Kossoko comme Iman. « Nous vous prions de vouloir bien tran cher cette affaire qui ne cesse de semer le désordre parmi nous, et dont la bonne so lution est indispensable pour la bonne ad ministration de nos biens et le respect de notre religion. « Mosquée de Porto-Novo. — Nous avions une mosquée au quartier Akpassa, à Porto- Novo. L’administration française démolit cette mosquée pour cause d’utilité publi que et nous donna en compensation une indemnité de 5.000 francs et une conces sion au quartier Lokossa, sur laquelle nous avons entrepris la construction d'une autre mosquée? « L’indemnité de 5.000 francs à nous allouée par l’administration ne suffisant pas pour la construction du ne mosquée, nous avons recueilli entre nous né mes une somme de 22.000 francs « Cette somme était dan: une malle fer- mée à clef et déposée chez Gonsallo Lopez. La clef se trouvait entre les mains de rimai' adjoint Bissiriou. « Parmi les membres du Comité nommé pour l’achat des matériaux et k paiement des ouvriers, était Ignacio Parais « À la mort de l’Iman adjoin issiriou, entre les mains de qui se trouvait la clef de la malle d’argent, Ignacio Paraiso de vint le dépositaire de la clef. Il profita de ce titre pour détourner une somme de 2.775 francs de la caisse. Le Comité fut obligé de l’exclure de son sein. « Ignacio Paraiso, courroucé, se concer- ta avec le gouverneur qui prit des mesures arbitraires contre nous et mit entrave à la construction de notre mosquée. « Maintenant, à la suite des intrigues de Ignacio Paraiso, auxquelles le gouverneur prêta la main; à la suite de la mination profane de Lawani Kossoko cou Iman, les musulmans de Porto-Novo se trouvent divisés en deux camps. Cet état de choses nuit à la bonne harmonie, au libre xer- cice de notre culte et crée de grands de sordres que nous vous prions le supprimer en rappelant Ignacio Paraiso et sa séquelle à la raison. « Nous demandons que la communauté musulmane de Porto-Novo ne soit dirigée que par un seul Iman comme par le passé, que l’Iman Sakourou, élu par la majorité des musulmans suivant les rites, les us et coutumes, soit habilité et reconnu par le Gouvernement; l’indésirable sujet anglais Lawani Kossoko, musulman de nom, dont l’immoralité est notoire, ne pouvant être à la fois chef des villages lacustres et Iman, dont il n’a aucune qualité. Nous vous se rions, en outre, reconnaissants de vouloir bien faire remettre la construction. la di rection des travaux de notre mosqué à l’Iman Saroukou pour le bien généra . du pays et de tous les musulmans de Porto- Novo. « Veuillez agréer, Monsieur l Inspecteur des Colonies, l’hommage de notre j refond respect. « Pour la Section du Comité d’Action franco-musulman, à Porto-Novo : « Le Secrétaire. « Manuel SANOUSSI. Les détenus de la prison civile de Co tonou sont condamnés à boire de l’eau corrompue. La fièvre, la diarrhée sév S sent avec intensité, on a eu à enregistre) déjà plusieurs décès. M. Martin, procu- reur de la République, est responsable de cette situation. Qu’attend-on pour le soumettre lui- même à ce régime? Le Gérant : J.-B. NFYRAT. L’Émancipatrice. lmp. coo Rue de P< ndiché TARRIANT, adminisiraie