Nguồn: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7009345t (OCR ALTO của BnF, chưa hiệu đính) Tải về: 2026-07-17 Tựa đề: Le Paria — 01 mai 1922 1922 Lưu ý: Văn bản OCR máy tự động từ Gallica; sai sót OCR chưa sửa — đối chiếu PDF ảnh cùng tên khi trích dẫn. ### [Trang 1] Première Année — N° 2 , / ) Le Numéro : VINGT-CINQ centimes Lundi 1er — 7 7 Niai 1922 4 DMINISTRA TION : 16, Rue Jacques-Callot, 16 PARIS (5%) Téléphone : GOBELINS 11-60 Paraissant le 1 er de chaque mois TRIBUNE DES POPULATIONS DES COLONIES Abonnement, Un an : 3 francs Des Droits politiques pour les Indigènes Le voyage du Président de la Ré- publique en Afrique du Nord aura eu î. moins pour résultat de poser ement la question de savoir dan quelle mesure les pouvoirs publics serait 4 disposés, le cas chéant, à accueillir la revendication par les in digènes des droits complets de ci toyen. et, en particulier, la possibi lité pour eux d’élire des représen- tants aux assemblées parlementaires nationales. En effet, le 20 avril 1922, au cours d’une visite faite par le Chef de l'E- ia t à la mosquée d'Abd-Er-Rhaman, M. Khaled, porte-voix des revendica- lions des indigènes de l'Afrique du Nord, a demandé à M. Millerand ce qu’il pensait de l’extension du corps électoral et du nombre des élus in- digènes dans les scrutins relatifs au recrutement des diverses assemblées algériennes et du droit de représen tation au Parlement. La réponse du Président de la Ré- publique, comme la question qui lui avait été posée, fut nette, précise et ne laisse plus aucune espèce de dou te Il s’agit de procéder par étapes, de ménager l’avenir... il serait dan gereux pour la souveraineté de la métropole qu'une semblable reforme fin instaurée. Nous savons ce que ce- la > ut dire et point n’est besoin de li ntre les lignes pour comprendre gi nos camarades algériens ne sont -P/vr). tr‛1 ) • ficu de ce qu'on est convenu d’appe ler leur loyalisme. A plu forte raison, la bataille me née sur ce terrain de l’octroi des droits politiques aux indigènes des colonies, n’est-elle pas prête de pren dre fin. Nos camarades des vieilles colo nies, qui ont l’air de s’endormir dans une béate torpeur, ne seront-ils pas eux-mêmes obligés de se réveiller un de ces quatre matins pour accomplir un effort décisif d’autant plus péni ble qu’ils se seront désintéressés de l’offensive menée par les populations des colonies appelées jeunes. Les déclarations officielles de M. Sarraut, sur l’intangibilité de la re présentation coloniale, ne sont point faites pour nous rassurer, quand nous connaissons la proposition de loi dé posée, par M. Charles Bernard et à laquelle M. Georges Barthélemy et d'autres de leurs collègues ne sont point hostiles. Pour notre part, nous ne pouvons que nous féliciter de ce que la situa tion se déblaie. Nous ne* cesserons de sonner le ralliement des prolétai res indigènes, pour que, d’accord avec leurs frères de la métropole, ils tentent enfin de réaliser le régime de justice qui doit les affranchir tous. Le Paria. EIIATA Dans notre premier numéro, le type est seul responsable des deux erreurs qui se sont glissées : 1° Dans notre « Appel » où il faut lire « le mode d’apparition », etc. 2° Dans l’article relatif à Hunkanrin, dont la dernière phrase doit être réta blie comme il suit : « Avec Louzon et El-Kafi, llunkan- rin vaincu... » Nous tenions à la rectification pour que li méchant blanc ne nous accuse pas d’écrire en petit nègre. La Rédaction. Pourquoi jeni suis pas antimilitariste I D’abord en raison du chômage: cer taines bandes de fainéants qui ne peu vent ou ne veulent rien faire se trou veraient sans emploi si on supprimait le militarisme; ensuite, paria, je ne peux pas être antimilitariste, car le ré giment est la seule « boite » dans la quelle on ne refuse pas les parias. Je le prouve. Un de mes compatriotes posait, l’an née dernière, sa candidature à un em ploi de secrétaire à la Compagnie des chemins de fer du P. O. Le candidat fut reconnu apte à remplir l’emploi qu’il sollicitait; mais lorsqu’on a exa miné son dossier, on a vu qu’il était indigène. Le candidat fit voir son li vret militaire attestant qu’il avait servi pendant la guerre dans l’armée fran çaise. « — Mais, Monsieur, dit le chef, le fa t d’avoir servi dans l’armée française ne signifie pas que vous soyez Français. Nos règlements intérieurs ne nous per mettent pas, en raison de votre natio nalité, de vous accorder un emploi. — Il n’en était pas de même, Mon sieur, lorsqu’on nous admettait au ré giment pendant la guerre, répondit le pauvre indigène. Mais ça... c’est au ré giment. » Il résulte de cette anecdote que le régiment est encore le meilleur patron. Quand vous y entrez, il ne vous de mande pas si vous êtes Français ou non. Lorsque vous y êtes, au lieu de vous f.... dehors, le patron vous f... de dans. Ce qui fait que vous n’êtes ja mais victime du chômage. Que mes amis communistes veuil lent bien, dans ces conditions, m’ex cuser de ne pas être antimilitariste. Jean Râlai MONGO. 5 = c %e-a $2, - * v 6.. w" ! -- — v k * « A % A “ -• » 4 4 * - , « M S Le Comité exécutif des Syriens et des Palestiniens, qui a dû se réfugier au Caire, expose la situation dans l’appel suivant : A l’opinion française ! « La situation de la Syrie est rendue intenable par les impôts exagérés et le gaspillage des deniers publics. La po pulation de Damas profita de l’occasion ( qui lui était offerte par le départ de M. Crâne, ancien président de la commis ion américaine, pour manifester son mécontentement et exposer ses griefs contre le gouvernement occupant et ré- clamer l’indépendance. Les autorités françaises arrêtèrent les Leaders natio nalistes et les déportèrent dans des lieux inconnus, provoquai!*' de grandes manifestations populaires pour l’indé pendance et contre le mandat. « Les troupes françaises attaquèrent les manifestants avec des tanks, des mi trailleuses. On signale un grand nom bre de victimes et de blessés. Tout tra fic et tout commerce sont suspendus. L’agitation continue depuis huit jours. La loi martiale a été proclamée. Le Co mité exécutif du Congrès syrio-palesti- nien, représentant tous les partis de l’indépendance syrienne, proteste éner giquement contre ces atteintes aux droits des peuples et contre la suppres sion de toutes libertés par les autorités françaises. Il prend le monde civilisé à témoin des souffrances endurées par la Syrie. Il réitère sa demande de dénon ciation du mandat, celui-ci étant con traire aux vœux unanimes du peuple. Et il fait appel à votre conscience pour soutenir sa juste cause et éviter l’effu sion du sang. « Pour le Comité exécutif: ’ Rashild Rida. » sorIDARITE Nous prions instamment tous les origi naires des colonies, patrons ou chefs d’en treprise, de nous communiquer toutes les offres d’emploi dont ils peuvent avoir con naissance. C’est une des formes de la soli darité qui rendrait de grands services et aux patrons et aux ouvriers et employés. AVIS IMPORTANT Toutes les correspondances concernant Le Paria doivent être adressées à Stéfany, au bureau de l'administration du journal, 16, rue Jacques-Callot, Paris-6'. C o « Plus on apprend, moins on sait », tel est le proverbe asiatique qui, con trairement à l’habitude, n’est pas une chinoiserie, mais une vérité universelle. Ainsi, M. Joseph Caillaux, ancien pré sident du Conseil, financier hors classe, écrivain qui n est pas nul, relativement nul, comme dit Einstein, et qui, après avoir gouverné du millions de Français, jonglé avec de millions et des milliards, écrit des livres et des bouquins, s’est mis, un beau matin. à se gratter furieu sement — non pas les cheveux parce qu’il n’en a pas — mais les oreilles, en se demandant et en demandant aux au tres: Où va l’Europe? Où va la France? Si simple que puisse paraître la ques tion, elle n’a pas encore eu de réponse jusqu’ici. Et elle peut l’attendre encore longtemps, à moins que... Eh! bien, Monsieur le président, di- tes-moi où sont leurs pieds, et je vous dirai où clles tend Darwin, le savantissime Darwin, sa vait que la prunelle d’une grenouille au vergnate est plus ronde que la prunelle d’une grenouille de Nottingham, et que la queue d’un pigeon mexicain a trois duvets de plus que la queue d’un pigeon de Suède, mais il ignorait complète- ment l’existence d’une espèce animale très nombreuse et bien connue de nos jours, et qui peut — aussi bien par sa quantité que par sa qualité — se clas ser au premier rang dans le monde zoo logique. Puisque le phénomène est assez intéressant, ous allons donc essayer de le présent r aux amis du Paria. Le résulta de sérieuses recherches nous permet l'affirmer que l’origine de cet animal remonte aussi haut, si non plus, que celle de l'homme. Sa constitu tion physique est extrêmement curieuse: chez tous e animaux, la production filiforme s trouve généralement à la f eue : " ietion Se troue, chez celui-ci, piani sUr a ié io , ic u que sur la tête ct non pas sur E cou comme les crinières du cheval. Elle est laineuse et rousse ou raide et noire, suivant le climat sous lequel vit l’animal. L’action limatérique influe très fortement sur son derme qui passe du jaune au noir, rarement blanc. Malgré ces bizarreries, sa physionnomie est quelquefois assez sympathique. Il est bipède. Mais, d’après des observatic ns faites dans des contrées asiatiques, il passe des fois pour être un quadrupède (1). D’une façon générale, on peut le classer comme bimane. Ce qui permet à cette espèce d’avoir un grand nombre d’individus et de pouvoir vivre sur une grande étendue de la surface du globe, c’est la facilité extraordinaire avec laquelle il s’accommode des substances alimentaires les plus variées. Il est car- ivore, herbivore, rizivore et même bud- gétivore. A remarquer que l’individu passant au stade budgétivore est généra lement considéré comme dégénéré parce qu’il perd tout le caractère moral de son espèce. (1) Espèce mandarinale dans la posture de Sala malek. (2) Connues également sous le nom de capitalistes. L’intelligence imitative est très déve loppée et elle n’est pas superficielle com me chez le singe ou le perroquet, car on constate que son imitatisme atteint sou vent la perfection et parfois surpasse même ce qu’il imite. Quelques-unes de ses qualités utili taires sont supérieures à celles de nos bêtes domestiques. Une fois apprivoisé, l se laisse tondre comme un mouton, charger comme un âne et envoyer à la boucherie comme un veau. Il est d’une fascinabilité extrême : si on prend un individu, le plus grand ou le plus fort du troupeau, et lui accroche au cou une substance brillante, une pièce d’or ou une croix, par exemple, il devient tout à fait docile, alors on peut lui faire faire n’importe quoi et marcher n’importe où, et les autres le suivent... bêtement, si nous pouvons nous exprimer ainsi. Les savants de la B. L Z. A. (British impérial Zoologicai Association; vien nent de signaler que l’espèce aborigène de la rive de l’Océan Indien et de la Côte Lybique, sur la mer Rouge, commence à manifester une évolution sensible, elle ne se laisse plus prendre facilement et fuit la domesticité. Ce fait nouveau ne manquerait pas de jeter de l’inquiétude dans les milieux industrielo-scientifi- ques du monde, et particulièrement dans ceux de la Cité ; car, si la chair de l’ani mal n’est pas comestible, parce que non frigorifiable, son sang et sa sueur sont devenus indispensables pour l’engrais sement des machines à boudins (2). Pour résumer ce court exposé, disons que cet animal-phénomène est connu sous le nom générique d’Indigène des colonies (Cotoniæ Indiyend) ; mais, selon es contrées, on le nomme diversement : nnamite, malgache, algérien, indien, etc., etc. Nguyén aï quâc. P.-S. — Nous venons de recevoir de notre collègue, le savant naturaliste De Partout, un rare spécimen qui paraît avoir une certaine parenté avec le phé nomène de notre étude. Ce spécimen se nomme, d’après notre collègue: le Pro létaire. Nous étudierons prochainement ce nouveau phénomène du Prolétaire de Partout. SOUSCRIPTION (Suite) Précédente liste .......... 50 » Gouttenoire de Toury 50 » Desprès 40 » Chilot . 5 » X... (17 e ) 7 » Thuyet 5 » Total 157 » 18 Guuvariisui de Mlaülagascar en veut aux fonctionnaires malgaches Les revendications des Malgaches ne sont plus un secret pour personne; elles se résument en l’accession aux droits de citoyen français. Cela parait bizarre aux yeux des non initiés aux choses coloniales, et pourtant ces re vendications font trembler de fureur certains colons et fonctionnaires, ha bitués à jouir seuls de tous les droits à Madagascar. Pour anéantir les efforts des Mal gaches tendant à réaliser leurs aspi rations, ces messieurs les privilégiés — je nomme certains fonctionnai: es et certains colons — sont allés jus qu’à inventer un truc singulier : ils ont simplement fait publier une pré tendue déclaration des Malgaches qui seraient les plus heureux du monde sous le joug de l’indigénat. Mal leur en prit, car une déclara tion, réellement malgache cette fois ci, fit connaître à tout le monde, y compris des parlementaires, que nos compatriotes de la grande île sont dé cidés à réclamer la Liberté, l’Egalité, la Fraternité pour eux-mêmes et non pas seulement pour les monuments et les Européens. Des catholiques, des protestants, des libres penseur., des ouvriers, des patrons, des riches, des pauvres, tous ont signé une protestation contre laf- firmation gratuite de La Tribune, or- gane des indigénophobes. Logiquement le gouverneur géné- ral dovail au Toins rester neutre au- dessus du conflit entre les exploiteurs et les indigènes. Il n a pu résister à la tentation créée par les colons. Par mi les signataires de la véritable dé claration malgache, se trouvaient beaucoup de fonctionnaires. Plusieurs de ces derniers étaient inscrits au tableau d’avancement du 1" janvier 1922. Le gouverneur général a fait rayer tout simplement leurs noms du tableau ; d’autres ont été déplacés, d’aucuns plusieurs fois en quelques mois. Ainsi donc, ces fonctionnaires per dent leurs droits parce qu’ils veulent devenir des « Français-citoyens » en quittant la triste place de « Français- sujet ». Nous laissons l’opinion pu blique de France apprécier les actes des fonctionnaires de la République. Il peut se faire que le Peuple Souve rain finisse tout de même par distin guer les bons des mauvais serviteurs. Pourquoi désespérer ? Quant à nos compatriotes fonction naires, nous leur disons simplement qu’ils ne sont pas les premières victi mes de la mauvaise politique. Qu’ils jettent un petit coup d’œil sur les mu tilés et anciens combattants, autour d’eux ; ceux-là ont tout risqué pour servir le Droit et la Liberté et ils sont encore sous l’énorme poids de l’indi génat qui les étouffe. Mais les droits de ces Victimes de la guerre, les droits acquis par les fonctionnaires sont, comme tous les droits de l’homme et du citoyen, im prescriptibles. Il est peut-être utile de rappeler au gouverneur général de Madagascar et Dépendances cette petite vérité élémentaire. Le Paria y pensera constamment. Stéfany. Les annonces sont reçues à “Clarté”, 16, rue Jacques-Callot, Paris (6 e ). Compatriotes des Colonies, ILE PARIS” est votre journal; lisez-le et faites-le lire. ### [Trang 2] 2 h Démobilisation des Troupes Coloniales La mobilisation des troupes de couleur n’avait pas créé de difficul tés. Les '« volontaires » indigènes, chargés de chaînes, étaient conduits aux ports d’où le premier convoi les emmenait en ligne. On n’entendait que les éloges dithyrambiques des of- ficiels, on ne lisait que les mensonges de la presse ministérielle. Tout cela a bien changé! Le gouvernement a trop apprécié la bravoure et parfois, il faut le dire. la passivité des troupes coloniales pour ne pas regretter de laisser partir ces instruments si mer veilleux de domination. Aussi le gouvernement oppose-t-il obstacle sur obstacle à la démobili sation rationnelle des indigènes. No tamment, une circulaire interminis térielle du 4 avril 1919 interdit la dé mobilisation en France des indigènes incorporés. Le cas Hunkanrin a prou- vé que l’administration coloniale avait intérêt à ce qu’ils fussent libé rés dans leur colonie. Mais la loi a des indulgences. Admirons-les: pourra être démobilisé en France, tout indi gène marié à une Française, tout in digène ayant eu ou conçu un enfant d’une union légale ou illégitime avec une Française; tout indigène posses- 6eur d’un certificat de travail; tout indigène préparé a suivre les cours d’enseignement supérieur en France. Ces clauses sont naturellement inhu maines ou absurdes, étant le, fruit d’une décision prise par les autorités coloniales et militaires. Pourquoi un indigène, marié à une Française, a- t-il plus de droits à être démobilisé sur le territoire métropolitain ? On dira que la femme peut avoir des in- térêts en France, mais, à tort ou à rai son, notre droit ne subordonne-t-il pas les intérêts de la femme à ceux du mari ? Pourquoi avoir fait une excep tion ? Quant à la seconde condition, elle enco rage absolument la création d ‘enfants naturels, ce qui va encore à l’encontre des principes fondamen- thas do antre droit I s dewz o Gnen conditions se conçoivent mieux, mais la pratique détruit ce que la théorie a de bon. car l’aptitude des indigènes à suivre les cours d’enseignement supé rieur est contrôlée par des officiers ui n’ont pas même leur certificat d études primaires. Ne vaudrait-il pas mieux prendre des soldats brevetés ? D’ailleurs, les conditions une fois remplies, les autorités exigent des in digènes une longue liste de pièces, dont certaines au moins paraissent peu à propos, notamment le certificat de bonne vie et mœurs qui doit être : livré par le maire de la localité où cantonnent les troupes. Par quel phénomène l’autorité civile peut-elle intervenir dans les affaires militaires, ordinairement plus jalouses de leur indépendance. ? Toutes ces pièces fournies ne suffisent pas, d’ailleurs, à habiliter la demande de l’indigène. Une enquête «secrète» est ensuite poursuivie et, comme par hasard, porte surtout sur les rapports de l’in digène avec la population civile mé tropolitaine. Puis, comme si cette sur veillance n’était pas suffisante pen dant le temps de service du soldat, elle se continue encore après sa démo bilisation, s’insinue dans les plus inti mes de ses affaires et, par simple me sure admnistrative, si son attitude a déplu, le démobilisé indigène peut être renvoyé aux colonies par le pro chain convoi. Ces décisions se passent de commentaires, mais nous citerons un exemple. Plusieurs Malgaches — car c’est surtout contre les Malgaches que cette circulaire est dirigée — fu rent convoqués au Ministère des Co lonies. Ils furent sévèrement exami nés par l’administrateur Chanel, qui osa demander à l’un d’eux, titulaire pourtant de dix-huit années de ser vice, ce qui passe généralement aux yeux des autorités comme une bonne note, « de quel droit il s’était marié ». L’administration va un peu loin. Qu’elle prenne garde. Les indigènes préfèrent généralement être démobi- lisés en France. Ils sont las de subir le joug suranné de l’Indigénat. Ils aiment mieux jouir en France d’une Une proposition communiste en faveur des indigènes des colonies Le député Morucci vient de déposer une proposition de loi, contresignée de tous ses collègues du groupe parlementaire com muniste, tendant à la protection de l’hy giène et de la santé publiques dans les co lonies, possessions et pays de protectorat. Cette protection serait assurée: 1° par un organe de direction constitué par un Comité supérieur de la santé publique aux colonies » siégeant à Paris et composé le 15 membres recrutés principalement parmi l’élément ouvrier de statut indigène, les médecins ayant exercé aux colonies et les commissions parlemontairos de l’hy giène et des colonies; 2° par un organe d’exécution formé par un corps civil de médecins, pharmaciens, sages-femmes et infirmiers européens et indigènes. Le Comité supérieur aurait pour mission de préparer les directives à donner aux gouverneurs, résidents supérieurs et autres fonctionnaires placés à la tête des admi nistrations coloniales. Il formulerait des propositions en vue d’instituer ou de trans former des règlements. Lorsque la colonie ne pourrait prendre à sa charge les dépen ses qui lui incombent pour la protection de l’hygiène publique, des 'subventions lui seraient attribuées, chaque année, par la loi de finances. Morucci rappelle, dans son exposé des motifs, qu’il avait déjà saisi la Chambre, en décembre 1920, d’une proposition de résolution invitant le gouvernement à dé poser lui-même un projet de loi en vue de créer les organismes de protection qu’il réclame aujourd’hui. En, avril 1921, le gou vernement a bien déposé un projet relatif à la mise en valeur des colonies, mais ins piré de préoccupations d’un ordre plutôt matériel. Or, la proposition du groupe com muniste s’inspire principalement du souci des populations indigènes. Il est inadmis sible, dit Morucci, de considérer plus long temps « les indigènes comme des êtres créés pour tous les sacrifices et les colonies comme de nouvelles terres féodales o : « Les colonies ne doivent plus être des pays de recrutement pour des armées de métier, ni des champs d’exploitation au énéfice d’une orgueilleuse minorité de blancs, au détriment du travail de l’élé ment indigène... Avant de mettre en valeur es terres, il faut commencer par mettre n valeur les hommes qui doivent les culti ver, à condition que les profits de leur tra- il n’aillent pas à des 'conjurations d’in- rêts privés. » « Favoriser une constante ascension de civilisation », telle doit être la tâche pri mordiale des blancs aux colonies. Pour cela, « le médecin, l’architecte, l’ingénieur et l’agronome doivent marcher de pair. » ‘ a mortalité y est effroyable, faute des soins les plus élémentaires. Malheureuse- ment les praticiens et les crédits font dé- lut. Une organisation sérieuse de la pro tection de la santé publique dans nos co- ons. Des sommes plus considérabies ne | sont-ell es pas. bien souvent, plus mal em- • lovées? Il s'agit d’une œuvre d'un intérêt | certain, au point de vue économique, t avant tout de haute humanité. (Humanité du 29 3-1922.) Exposition coloniale CATALOGUE : Dessin de Ng. A. {j. 1. Les chameaux. — 2. Phénomène mandarinal ou caïdal. — 3. Cangue. — 4. Lien de fraternité entre races. — 5. Clé du paradis. — 6. ? — 7. Appareil de justice. — 8 et 9. Produits pour ali- monter l'intelligence des indigènes. — 10. Moulin à loyalisme. — il. Liberté de presse. — 12. Bégonias officiels. liberté relative que rejoindre leur pays. La faute n’en est qu’à l’admi nistration coloniale elle-même. Beau coup de Malgaches, notamment, pour suivent dans la métropole des études que la guerre a interrompues, et jugent parfaitement stupide d’être obligés d’aller se faire démobiliser dans l’île pour revenir en France. D’autres encore ont profité de leur séjour en France pour créer des liens financiers ou commerciaux entre leur pays et la mère-patrie et désireraient parachever leur œuvre en demeurant en Europe plus longtemps. Tous ces projets sont brisés par la circulaire du 4 avril 1919, qui a ainsi pour résultat de creuser un fossé plus profond entre indigènes et métropo litains. Est-ce de la bonne politique coloniale ? Est-ce de la politique sim plement équitable ? Il est bien certain que non, et que les conséquences ne peuvent en être que désastreuses. Paul Dubois. LE PARIA ( \ MRS===EEGSRds . SestssasRM Législation Coloniale Documents législatifs promulgués du 8 février au 15 mars 1922 au “Jour nal Officiel " de la République fran çaise. 12 novembre 1921. — Pensions colonia les. — Décret relatif à l’attribution d’as surances sur pensions d’invalidité aux mi- litaires indigènes des troupes coloniales. (Journal officiel du 5 mars 1922.) 2 février 1922. — Algérie. — Décret mo difiant le décret du 27 décembre 1919, fixant les conditions de retraite des mem bres de la Justice musulmane en Algérie. (Journal officiel du 8 février 1922.) 3 février 1922. — Nouvelle-Calédonie. — Décret portant relèvement des soldes des greffiers de la Nouvelle-Calédonie, des Nouvelles-Hébrides, de la Côte française des Somalis, de Saint-Pierre et Miquelon. (Journal officiel du 9 février 1922.) 7 février 1922. — Télégraphes. — Dé cret relatif au nombre de mandats télé graphiques qu’un même expéditeur peut déposer le même jour dans un bureau de poste des colonies du groupe de l’Afrique Occidentale française, à l’adresse d’un mê me destinataire, résidant en France ou en Algérie. (Journal officiel du 12 février 1922.) A 8 février 1922. — Décret instituant un service d'envois contre remboursement entre la France et i'Algérie, d’une part, et les colonies du groupe de l’Afrique Equatoriale française, d’autre part. (Jour nal officiel du 18 février 1922.) 8 février 1922. — Afrique. — Colis. — Décret instituant un service de colis pos taux contre remboursement et avec valeur déclarée dans les colonies du groupe de l’Afrique Equatoriale française. (Journal officiel du 18 février 1922.) ** 8 février 1922. — Afrique. — Lettres. — Décret relatif à l’expédition des lettres et boîtes de valeur déclarée à destination, ou en provenance, des colonies du groupe de l’Afrique Equatoriale française. (Journal officiel du 18 février 1922.) 22 février 1922. — AIgér ; <\ ■ Décret re- LU ? au régi ne fisc 3 de ■ ‘identit - nds ci 1. üiad ijicrel d,‘L levries 1922.) 3 mars 1922. — Vieilles Colonie.-. — Loi portant application à la Martinique, a la Guadeloupe et à la éunion, de la loi di 12 juillet 1909, sur le bien de famille insai sissable. (Journal officiel du 7 mars 1922.) 7 mars 1922. — Martinique. — Décret rendant applicable à la Martinique la loi du 17 juin 1918, relative aux traités de gré à gré et aux achats sans marchés pas sés ou effectués dans les communes et par les établissements publics de bienfaisance. (Journal officiel du 10 mars 1922.) ** 7 mars 1922. — Martinique. — Décret portant établissement de droits de sortie, à la Martinique, sur les cannes à sucre, les sirops de batterie et les mélasses. (Journal officiel du 10 mars 1922.) 11 mars 1922. — Caisse des Invalides. — Loi accordant le bénéfice du régime de la Caisse des Invalides de la Marine et de la Caisse de Prévoyance entre marins fran çais, aux inscrits maritimes exerçant la navigation, à titre professionnel, sur les navires de la marine marchande ayant leur port d’attache en Tunisie et dans la zone française de l’Empire chérifien. (Journal officiel du 14 mars 1922.) VERBA VOLENT SCRIPTA MANET Nos camarades de France, lorsqu’ils ont l’occasion de formuler une récla mation relative à leur condition de tra vail, sont habitués à se voir éconduire brutalement par le patron à qui ils s’a dressent. Néanmoins, ils ne manqueront pas d’apprécier la saveur de l’anecdote sui vante: M. Vollard est un colon français de Tananarive à la tête d'une importante entreprise commerciale. Mais ses em ployés ne sont pas rémunérés en pro portion des bénéfices scandaleux qu’il réalise. L’un d’eux, ayant prié le contre maître de réclamer le paiement de sa laires qui n’avaient pas été acquittés, M. Vollard remit au contremaître en ques tion le billet dont nous reproduisons la teneur : « Dites à ce cochon de manger de la merde, c’est la seule nourriture qui lui convient. » Et nous, nous disons que M. Vollard est un salaud que nous n’oublierons pas. Guadeloupe Le gouyernement local entend-il pren dre des mesures pour que les 10.000 (dix mille) petits enfants de prolétaires qui restent sans instruction, faute d’écoles, puissent apprendre à lire et à écrire. Frères! Vive la République capitaliste et bourgeoise! * Un nouveau délit C’est celui d’attaque aux droits et pou- voirs dp la République française aux co lonies. Nos camarades de Tunisie vien nent, une fois de plus, d’en faire l’expé rience. * ** Réminiscence ‘ Dans son livre « Indochine française », M. Doumer nous parle d’une balade gu- bernatoriale à travers la campagne anna- mitique, et il nous raconte cette amusante anecdote : « Nos chevaux trottaient côte à côte. A un moment donné, surgit à une cinquan taine de mètres devant nous, sur la gauche, un grand buffle noir qui renifle l’air avec force. A peine avons-nous eu le temps d’é changer quelques paroles sur l’allure peu accueillante de la monstrueuse bête, que tout un troupeau de buffles pareils au premier sort de la broussaille. « Leurs intentions à notre égard ne sont rien moins que pacifiques, et déjà ils s’a vancent en ligne, frappant le sable du pied et baissant la tète pour nous présen ter leurs longues cornes recourbées, prêts à s’élancer. Nous enlevons nos deux che- vaux inquiets et frémissants, pour dépas- ser s’il est possible ce front redoutable avant que la charge ait pu nous attein dre. » Et ici il nous dit que le mandarin mili taire annamite qui raccompagnait se mit à taper sur les bouviers. Grâce à ce cha meau de mandarin, furent sauvés M. le Gouverneur général et son aide de camp. Et il continue : « Les buffles sont les animaux les plus doux et les plus maniables du monde avec les indigènes; les petits enfants les con duisent et les font obéir. Avec les Euro péens, il en va tout autrement. De loin, ils les éventent, s’inquiètent, se mettent sur la défensive, prêts à passer à l’attaque si l’on s’approche d’eux. Pas de doute qu’ils ne nous craignent et ne nous tiennent pour des ennemis. Les Annamites ont coutume de dire entre eux: « Les buffles n’aiment pas les Européens et les dépistent de loin parce qu’ils s ntent le cadavre. » * Le Mutin, qui sait tout, est pris enfin en fi ran 'élit d'ignorance. Sa manchette « La France ne produit pas la vingtième partie de la laine qu’elle consomme. Qu'at- tendons-nous pour transf rmer Madagas- car t le Soudan en d'immenses berge ries ’ Comment le Matin n’est-il pas informé que cela est depuis longtemps ? La bergerie comporte même les moutons et les indi gènes, ainsi qu’on l’a bien vu en 1914. On va commémorer prochainement la contribution des troupes de couleur à la boucherie mondiale. A cette occasion, 'Avenir de l’A. O. F. nous bourre le crâne ivec une poésie style pompier : alut, 0 soldats noirs, fils bronzés de l’Afrique, Dahoméens, Mossis, Toucouleurs ou Lébous, Bambaras, qui chargiez en cohorte héroïque, La flamme aux yeux, poignards aux dents, ivres et [fous! Ça c’est vrail fous et ivres de la gniole- réglementaire! Vous avez, de vos corps, avec un soin pieux, Fait un rempart vivant à la France assaillie Des Teutons apeurés, la horde s’est enfuie, Et sur un sol vainqueur, donnent vos morts glo- [rieux!... MOIS DE MAI 1922 Relations Maritimes (Renseignements donnés sous toutes réserves . LIGNES NAVIRES PROVENANCE PORTS D’ARRIVÉE DATES approximatives d’arrivée Extrême-Orient Extrême-Orient Indo-Chine, Chine, Japon. . . Indo-Chine, Chine, Japon . . . Océan Indien Australie, Nouvelle-Calédonie. Le Havre, Cristobal, Colon. . . Le Havre, Cristobal, Colon . . Chef-Mécanicien -Mail hol Commissaire-Ramel Amboise Cordillère . ... . A ff on Andromède . . . . Martinique Pérou Hong-Kong Saigon Shanghaï Haïphong Mayotte Sydney Colot, Fori-de-France Colon, Fort-de-France » » Marseille Marseille Marseille Marseille Saint-Nazaire Le Havre mai fin mai 9 mai 21 mai 18 mai fin mai 3 mai 9 mai Prévisions de Départs LIGNES NAVIRES POINTS DE DÉPART DATES DE DÉPART DESTINATIONS Egypte et Syrie . . Lotus Marseille 2 mai Alexandrie, Caïffa, Beyrouth, Jaffa. Port-Saïd. Egypte et Syrie . . Méditerranée-Nord. Sphinx Marseille 16 mai Alexandrie. Pierre-Loti Marseille 3 mai Naples. Le Pirée. Smyrne Cons tantinople, etc. Méditerranée-Nord. André-Chénier. . . Marseille 17 mai Naples. Le Pirée, , Vathy, Beyrouth, etc. Indes, Indo-Chine. Chine, Japon. . . Chambord Marseille 5 mai Suez, Djibouti, Colombo Singa- porc, Yokohama. Indes, Indo-Chine, Chine, Japon. . . Armand-Behic . . . Marseille 19 mai Port-Saïd, Djibouti, Yoko hama. Océan Indien . . . Maréchal-Galliéni. . Marseille 11 mai Port-Saïd, Tamatave, La Réunion, Océan Indien . . . Dumbea Marseille 25 mai Maurice Port-Sud, Tamatave, La Réunion,' Maurice. Australie, Nouvelle- Calédonie .... X Marseille 10 mai Port-Saïd .Melbourne, Sydney, Nouméa, etc. Le Havre, Cristo- bal, Colon. . . . Pérou Le Havre 28 mai Pointe-à-Pitre, Puerto- Colombia Colon. — ; Arrivées Les morts sont les seuls admis à rester en France. Quant aux autres mutilés, com battants, ils sont indésirables ce travail terminé, et on les démobilise de force dans leur pays. Mais la France n’est pas une maratle infâme Aimant tous ses enfants de son grand cœur de rem- [me Elle a penché son front vers ses fis de couleur. Je te crois, Qu’en dis-tu Hunkanrin. jeté dans les geôles dahoméennes' Qu’en lites- vous frères malgaches, qui réclamez vaine ment les droits de l’homme et du citoyen! Et c’est pouruoi, demain, image de votre ame. Va se dresser au seuil du Sahara de flamme. Fait de brome ou d’airain, un géant... Tirailleur !... Comme dirait le coq du fabuliste, assez de perle.*, le moindre grain de mil ferait bien mieux notre affaire. Mais le plus curieux, c’est que le journal qui insère ça, est celui-là même qui cha- que jour engueule Diagne, l’auteur de la triste besogne. A la suite de son grand voyage au Ma roc, le petit Alexandre a reçu du Sulta un télégramme où il est dit que le peuple marocain gardera de sa visite un souver h ineffaçable Le Sultan, pince sans rire, a-t-il 1 ou ■ faire allusion à l’inspection des 4.000 ho m- mes de troupe du général Pœymirau, qui vont se mettre en marche le mois pro chain pour une opération décisive? et de la coopération militaire franco-espagnole. Le Merle jaune. CLUB DU FAUBOURG siégeant Tous les jeudis, à 20 h. 30 précises, théâtre Printania, 127, avenue de Clic h y (nord-sud Brochant). Tous les samedis, à 14 heures précises, théâtre du Château-d’Eau, 61, rue du Châ teau-d’Eau (métro Château-d’Eau). Jeudi 4 mai. — Le Théâtre et les Mœurs par Alfred Mortier, suivi d’un grand débat Samedi 6. — Les Requins à l’œuvre au tour de la Conférence de Gênes: Maurice 1 Privât, J.-M. RENAITOUR, etc. Contradic tion par M. Bergeron, secrétaire gé néral du parti de la Démocratie nouv ‘le. Procès d’Où va la France, Où va l’Europe? de Jo seph Caillaux, avec Pozot. Jeudi 11. — L’interprétation des Songes, par le Docteur Jaworski. Débat: Pour et contre la Chasteté. Samedi 13. — La Vérité sur les théories déEinstein (III), par Ernest GIRAUIT, avec discussion, suivie d’un débat littéraire, | théâtral ou cinémalographique. euti Ie.—LoNaolevid o . a.L ; moire à la portée de tous, par le . resti digitateur Caroly. Samedi 20. — Pour et contre - bre, avec MAURICIUS, Rene VALFONT, etc.; 2 débat littéraire ou social d’aciu lite. Mardi 23. — Théâtre Printania. 20 1 30 (au lieu du jeudi 25, Ascension;. ienec et Révolution, par Antonio COEN, av eat à la Cour. I Samedi 27. — Deux grands débat d ‘ac- tualité. Mardi 30. — 22 e banquet littéraire, pré sidé par Colette. Puis : Pour et contre l’Armée rouge, avec LA- | GORGETTE; Pour et contre la Lutte des C ses, avec René SRIBER, René Vu FORT Le Gérant : J.-B. AERAT. T’Fvriancinatrice. Imp. coopérative . Rue de Pondichéry, 3. Paris. TARRIANT, Administrateur-délégué.